Le dernier des Ouïghours et les derniers des journalistes

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le dernier des Ouïghours et les derniers des journalistes

Une campagne mondiale débridée. Plus c’est gros, mieux ça passe

Voulez-vous soulever une vague mondiale d’indignation contre un pays ? Vous affirmez que les hommes y sont massivement emprisonnés et torturés, voire exécutés en catimini, que les femmes y sont stérilisées de force et qu’on y supplicie les enfants. C’est ce que vient de faire, ce que fait, ce que va continuer de faire la presse mondiale, agissant en porte-voix de quelques journaux états-uniens inspirés en sous-main par des officines de la « Maison Blanche ».

Qu’il n’y ait pas un mot de vrai dans la campagne " antichinoise " sur les Ouïghours importe peu. Il suffit de prétendre, d’affirmer. L’information circule, les journaux se lisent entre eux, les politiques s’en mêlent. C’est faux mais plausible : Chine insondable, Chinois impénétrables derrière " la fente de leurs yeux ".

Vous me suivez bien, vous qui êtes pour la plupart normaux, pardon : " blancs " ?

Bruno Le Maire et Clémentine Autain sont indignés et le font vertueusement savoir.

C’est tout mensonge, mais le mal est fait.

Ce n’est qu’après la destruction de l’Irak et après des centaines de milliers de morts innocents que toute la presse concède que les informations sur les " couveuses débranchées " au Koweit par les soudards de Saddam Hussein étaient inventées, que la fiole brandie par Colin Powell à l’ONU contenait du " pipi de son chat " ou du " sable de sa litière " ou de la " poudre de perlimpinpin " et non des « Armes de Destruction Massives » qui risquaient d’avoir raison des USA, de la « Grande-Bretagne » et (horreur !) de la France.

J’ai écrit plus haut qu’il n’y a " pas un mot de vrai dans la campagne antichinoise sur les Ouïghours ".

La prudence ne voudrait-elle pas que je nuance : " Bien des choses sont inexactes dans la campagne antichinoise sur les Ouïgours " ?

Ou : « Certes, les Chinois ne sont pas " des enfants de chœur ", mais doit-on prendre " au pied de la lettre " les articles de "Libération " ? », ou encore : « Le problème que le régime chinois appelle " les trois fléaux " (terrorisme, séparatisme, fondamentalisme) est une réalité qu’on ne saurait nier, mais cela justifie-t-il une répression d’une telle ampleur ? ».

Mais, tenez-vous bien, je persiste : " Il n’y a pas un mot de vrai dans la campagne antichinoise sur les Ouïghours ".

Non, trois fois non, un ou deux millions de Ouïghours mâles (trois d’après " Radio Free Asia ") ne sont pas internés (1), les femmes ne sont pas stérilisées de force pour éteindre l’ethnie, les enfants ne sont pas tués pour prélèvement d’organes vendus à l’Arabie saoudite, Beijing n’est pas en guerre contre cette région autonome qui fait - au contraire - l’objet de toutes ses attentions, de toutes ses faveurs.

J’ai écrit que " cette région autonome fait au contraire l’objet de toutes les attentions, de toutes les faveurs de Beijing " ?

La prudence ne voudrait-elle pas que je nuance : " Beijing gère ses régions avec l’autorité naturelle des communistes et le Xinjiang ne fait pas exception ", ou : « Même si Beijing a mis le Xinjiang sous surveillance, des efforts financiers indéniables ont été consentis pour développer cette région, point de départ de " La nouvelle route de la soie " ».

Mais, continuez à bien vous tenir, j’insiste : " Cette région autonome fait l’objet de toutes les attentions, de toutes les faveurs de Beijing. "

Je le dis aujourd’hui, en juillet 2020, avec la même assurance (inconscience ?) qui me fit écrire un livre en 2007 sur une idole alors aussi intouchable que Nelson Mandela.

Je parle d’un type qui est aujourd’hui maire de Béziers, élu avec le renfort du " Front National ".

Je le dis aujourd’hui, en juillet 2020, avec la même certitude que celle qui me fit écrire un livre en 2011 sur une idole alors aussi intouchable que Ghandi.

Je parle de l’ancien bourreau du Tibet : le " dalaï lama ".

Ça, c’est pour le passé.

Je peux aussi performer sur le futur. Par exemple, j’ai une petite idée sur le passage de Yannick Jadot et Julien Bayou dans le rang des ennemis de « l’Ecologie », lesquels ont toujours un plat de lentille à offrir aux ambitieux peints " en vert ". Mais là n’est pas le sujet, j’en parle juste pour " prendre date ", pour triompher dans quelque temps : " Qui sait-y qui l’avait dit ? ".

Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre (Marx), un " journaliste " qui ne relit pas les " infaux " de ses confrères est condamné à toujours utiliser les mêmes versions, ignorant que le truc a déjà été fait, à l’identique.

Les " journalistes " se lisent entre eux (" La circulation circulaire de l’information ". Bourdieu). Mais parfois le " psittacisme " ne marche pas, des journalistes qui ont d’eux-mêmes une opinion qui les oblige à échapper aux caquetage des perroquets, se démarquent.

Tenez, en 2010, j’étais au Tibet avec deux " grands reporters " des deux plus grands (par le tirage) quotidiens français : " le Monde " et " le Figaro ". J’en ai souvent parlé dans ces colonnes parce qu’il s’est passé un phénomène surprenant. Nous savions tous les trois (car nous lisons " la presse " et nous avons un autoradio et la télé) que le gouvernement de Beijing se livrait à un génocide au Tibet, que la culture était éradiquée et la religion férocement combattue.

Ne me dites pas que vous ne le saviez pas vous aussi. " Free Tibet ", vous ne découvrez pas en me lisant, là.

Robert Ménard (aujourd’hui maire de la ville où naquit Jean Moulin) nous avait expliqué le " drame tibétain " en perturbant à Paris le passage de la flamme olympique pour les JO 2008 de Pékin. Le type qu’on voit avec lui dans les vidéos de l’époque, en t-shirt noir portant en sérigraphie 5 menottes symbolisant les 5 anneaux olympiques, c’est Jean-François Julliard qui a succédé à Ménard à la tête de RSF avant de devenir « Directeur général » de " Greenpeace France ", fonction qui fait de lui un invité régulier des amphis d’été de LFI.

Comprenne qui pourra (2).

Donc on est au Tibet, mes deux comparses s’envoient des vannes rigolardes, l’un demandant à l’autre quel effet ça fait d’appartenir à des banquiers, l’autre répondant que le ressenti est sans doute le même que celui des " journalistes " qui sont la propriété d’un marchand d’armes.

Ils sont allés voir sur Internet qui je suis. Ils m’épargnent. Je suis là, auréolé du prestige guerrier du " Grand Soir ", média rigoureux, fiable et " qui frappe fort ".

Et sur qui le mérite.

Message reçu jusque dans les montagnes tibétaines.

Bref, tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons le Tibet avec sa religion omniprésente, les temples pleins, les monastères grouillant de moinillons, les prières de rues, les montagnes souillées par des grossières peintures bouddhistes, des chapelets de drapeaux de prière claquant au vent.

Un envahissement bigot jusqu’à la nausée pour l’athée que je suis.

Tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons les écoles où l’enseignement est fait en tibétain (jusqu’à l’université), nous voyons les panneaux indicateurs, les enseignes, les noms des rues rédigés en tibétain, ainsi que les journaux.

La télé et la radio parlent le tibétain.

Le doyen de l’université de LLassa nous montre une salle contenant des dizaines de milliers de livres en tibétain. Nous assistons aussi à des spectacles (danses, chants) tibétains.

Tous les trois, ensemble, chacun sous le regard des autres, nous voyons des couples de tibétains accompagnés d’enfants (pas d’UN enfant). La politique de « l’enfant unique » n’a jamais été imposée au Tibet. D’où une explosion démographique favorisée par le quasi doublement de « l’espérance de vie » après la fuite du " dalaï lama ".

De retour en France, tous les trois, chacun sachant que les autres vont le lire, nous écrivons ce que nous avons vu.

Le croirez-vous, aucun n’a écrit que " le régime de Pékin " se livrait à un génocide, éradiquait la culture tibétaine et réprimait les bouddhistes ?

Et puisque j’en suis aux confidences, je vous dirai que le journaliste du " Figaro " m’a envoyé son article et m’a demandé ce que j’en pensais (du bien, d’ailleurs).

Le croirez-vous, les gens avec qui j’ai aujourd’hui l’occasion de parler de la Chine doivent sûrement tous lire " Libération " parce qu’ils m’expliquent tranquillement que les bouddhistes sont pourchassés dans un malheureux Tibet " génocidé " où parler le tibétain et prier c’est s’exposer à la prison ?

Et maintenant, continuez à bien vous tenir, je prétends que si je partais au Xinjiang avec les deux grands reporters du " Monde " et du " Figaro ", chacun marquant l’autre " à la culotte ", aucun n’écrirait au retour que Beijing se livre à un génocide contre les Ouïghours, brime leur religion, éradique leur culture, charcute les enfants.

Parce que ce n’est pas vrai.

" Un peu " quand même ?

Non, pas du tout.

Les charniers de Timisoara n’étaient pas vrais " un peu ".

Les " Gilets jaunes " n’ont pas envahi " un peu " l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. Nicolas Maduro n’a pas été " un peu " élu contre Juan Guaido (qui n’était pas candidat, je le rappelle aux distraits), etc. (3).

Si je partais au Xinjiang - j’y suis allé deux fois - avec Renaud Girard et Rémy Ourdan, ils s’affranchiraient des informateurs " yankees " et autres menteurs professionnels, ils se distingueraient de leurs confères qui écrivent des articles d’une telle débilité qu’ils sont des insultes aux lecteurs, des crachats sur la « Charte des journalistes ».

Ils feraient " leur job " en se respectant.

Beijing hait les enfants ouïghours jusqu’à les tuer pour prélèvement d’organes ?

C’est Goebbels qui vous le dit. Il peut même faire témoigner (de dos) un chirurgien masqué dont le nom a été changé et la voix modifiée. Goebbels peut pondre un article terrifiant à coups de conditionnels, de " selon des témoins… ", de " certaines sources affirment que… ", de " il semblerait que…. ", de " un diplomate aurait constaté... ", " des Ouïghours auraient disparu… " de " des organisations de défense des droits de l’homme… ».

Un conditionnel dix fois répété devient un indicatif certifié.

" La caisse " dans laquelle le félin Goebbels se soulage volontiers s’appelle " Libération ".

Il y a quelques années, " Le Grand Soir " avait démontré qu’un article traficoté de " Libération " avait fait de Hugo Chavez un antisémite (" Le Credo antisémite de Hugo Chavez ").

Un échange vigoureux et public avait alors eu lieu entre " Le Grand Soir " et " Libération ". Nous avions les preuves ; nous les avons fournies.

Irréfutables.

Nous avons mis en regard la phrase de Chavez et " la même ", après troncature par " Libération ". " Libération " ergota (4). Pour ses lecteurs, Chavez est donc resté un antisémite. Pour les lecteurs des autres médias aussi, qui choisirent de se taire pour ne pas désavouer " Libération ".

Le clan, la mafia

Le " journaliste " coupable de cette crapulerie est Jean-Hébert Armengaud, promu depuis " Rédacteur en chef " de " Courrier International " et son " N+1 " à " Libé ", qui l’a couvert jusqu’au bout, est Pierre Haski, aujourd’hui chroniqueur tous les matins sur " France Inter ".

Promotions " au mérite ".

Alors, je le redis ici en invitant mes lecteurs à vérifier : les Ouïghours et les Tibétains sont de plus en plus - et spectaculairement - nombreux, leur culture est préservée et promue comme jamais dans leur Histoire, leur religion est (trop) libre, l’instruction fait des progrès considérables, les deux républiques autonomes du Xinjiang et du Tibet votent des lois dont aucune ne permet d’encager les citoyens au simple motif de leur croyance, de stériliser de force les femmes ou d’amputer les enfants.

Pour répondre plus avant à la déferlante de mensonges sur le Xinjiang, il me faudrait citer des pages entières de mon livre " Le dalaï lama pas si zen ". On pourrait croire que les instigateurs des campagnes mondiales de mensonges ont un logiciel unique avec des cases sur lesquelles cliquer pour que ça démarre.

La stérilisation ?

" Des villages entiers " (Voir " les Mémoires du dalaï lama ", longuement citées dans " Le dalaï lama, pas si zen ").

Le génocide ?

« Observateur critique de la politique chinoise, le Britannique Patrick French, directeur de la " Free Tibet Campaign " (" Campagne pour l’indépendance du Tibet ") a pu consulter les archives du gouvernement du Dalaï-Lama en exil. Il a découvert que les preuves du génocide étaient des faux et il a démissionné de son poste » (" Le dalaï lama, pas si zen ").

Cependant, la publicité faite en Occident à cette affaire " d’extermination " (par la stérilisation et des massacres) de la population tibétaine, a largement contribué hier à un élan de compassion pour le Tibet et le bouddhisme.

Aujourd’hui, les mensonges " hénaurmes " sur le Xinjiang font pleurnicher " les gogos ", soudain épris de cette région dont ils seraient bien en peine de citer la Capitale (5).

Ce n’est pas Laurent Joffrin, Pierre Haski et Jean-Hébert Armengaud qui le déploreront.

Je ne sais pas à qui pense l’excellente humoriste Blanche Gardin quand elle affirme (un peu trop crûment pour être citée par un site de bonne tenue comme " Le Grand Soir ") que : " Nous vivons dans un pays où les journalistes sucent plus de bites que les prostituées ".

Maxime VIVAS

Le Grand Soir

Notes :

(1) Si l’on rapporte le chiffre de " Radio Free Asia " au nombre de Ouïghours mâles adultes, il n’en reste pas un dans les rues. Or, continuez à vous tenir bien : j’en ai vus !

(2) Il serait injuste de ne pas mentionner les positions exemplaires - et dignes d’un chef d’Etat - de Jean-Luc Mélenchon sur la Chine. Au demeurant, je lui sais gré de me citer et d’inviter ses contradicteurs à me lire ici et ici sur ce sujet où nous sommes synchrones, même si j’ai une liberté d’expression qu’il ne peut avoir.

(3) Anecdote personnelle.

Me trouvant avec mon fils aîné au commissariat de police de Toulouse le samedi 4 mai 2020 pour nous enquérir du sort de mon fils cadet, " Gilet jaune " arrêté pour rien dans la manif (Il fut jugé en " comparution immédiate " et acquitté après 42 heures de GAV) nous apprîmes qu’il s’était tailladé les mains pour écrire avec son sang sur les murs de sa cellule.

Nous avons vécu avec cette information terrifiante (que nous cachâmes à sa mère) jusqu’au lundi 6 mai où, devant le tribunal, il apparut, les mains intactes. Il ne se les était même pas " un peu " tailladées.

" L’automutilation " des mains était aussi vraie que l’amputation des enfants ouïghours. Nombre de journaleux ont un flic dans leur tête.

(4) J’aime à raconter cette histoire du " Figaro " écrivant qu’un film de Jean Yanne était " un monument de bêtise ". Jean Yanne s’en servit ainsi dans ses pubs : « Le Figaro : " un monument ! " ».

(5) Urumqi, 2 millions d’habitants.