Le bal des tartuffes

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le bal des tartuffes

Il existe actuellement un débat épineux pour tenter d’améliorer la loi " Claeys-Léonetti " de 2016 à partir de différents projets de lois qui seront en discussion le 8 avril à « l’Assemblée » avec déjà 3000 amendements déposés ce qui présage un blocage volontaire de la situation. Mais chacun sait que la fin de vie est un sujet sensible qui souvent divise les gens.

Déjà par le passé certaines « avancées sociales » dans notre pays ont été vivement contestées. Ce fut notamment le cas pour l’accès à la contraception (loi " Neuwirth " 1967), la dépénalisation de l’avortement (loi " Veil " 1975), la suppression de la peine de mort (1981) ou plus récemment le " mariage pour tous " (2013).

Il est donc probable que ce sont aujourd’hui un peu les mêmes qui vont s’opposer à la conquête de nouveaux droits pour lesquels plusieurs pays avancés ont déjà légiféré afin « d’humaniser » davantage la fin de vie des personnes qui le souhaitent.

Mais il est étrange que la plupart de ceux qui sont hostiles à une modification de la loi actuelle pensent agir pour " protéger la vie " sans relever que précisément la vie court de la naissance jusqu’à la mort.

Celle-ci fait donc partie de la vie car si la naissance marque son début, la mort en est son point ultime. Et c’est ce qui rend d’autant plus nécessaire de respecter les attentes de vie de ceux qui peuvent bientôt la quitter.

La réduction de la souffrance est, d’ailleurs, un fait anthropologique universel qui s’est progressivement affirmé dans la plupart des civilisations même si cela varie selon les époques et les cultures.

Imaginerait-on aujourd’hui un écartèlement en place de Grèves ?

Et si l’on souhaite aujourd’hui réduire les souffrances animales, c’est en partie parce que celles des humains sont davantage apaisées depuis l’invention de l’anesthésie au XIXème siècle.

Or, si de nombreux chrétiens pensent que la souffrance est " rédemptrice " et que cela rend possible la " rémission des péchés " en souvenir du Christ " mort sur la croix ", il est intéressant de constater que ceux de cette confession qui s’érigent aujourd’hui en " protecteurs de la vie " ont pratiqué pendant des siècles les croisades, les guerres de religion, la mort des hérétiques, les bûchers de sorcières et « l’Inquisition ».

Mais il est vrai aussi que l’immense majorité des religions n’est pas en reste sur ce plan et que cela n’est pas davantage à leur honneur.

Quant à ceux qui croient moins " au ciel ", il est probable qu’ils cherchent surtout à éviter des reproches et à " se grandir " à leurs propres yeux comme à ceux d’autrui en faisant tout ce qui est techniquement possible pour éviter la mort, même très au-delà du raisonnable.

La raison en est que la plupart ont une peur panique de ce moment vécu comme un échec qu’ils veulent repousser pour faire croire, surtout à eux-mêmes, qu’ils sont plus forts ou plus aimants que d’autres, ce qui évoque davantage une forme d’orgueil que de compassion.

Sans doute les peintres anciens qui représentaient des vanités avaient-ils déjà compris cela.

Il est alors bien possible que l’opportunité d’améliorer - ou non - la loi " Claeys-Léonetti " de 2016 consiste, en réalité, à savoir quelles sont les personnes qui peuvent aujourd’hui en " leur âme et conscience " ou au nom d’un humanisme véritable vouloir encore :

- Empêcher ceux qui le souhaitent de choisir librement leur fin de vie,

- Continuer à dissimuler des milliers d’euthanasies clandestines,

- Accepter un accès inégal voire impossible aux " soins palliatifs ",

- Poursuivre des acharnements thérapeutiques inutiles,

- Laisser mourir seuls les anciens des EHPAD sur les brancards des urgences,

- Transformer le « serment d’Hippocrate » en serment d’hypocrites,

- Prolonger l’agonie de malades incurables qui veulent en finir,

- Laisser des couples désespérés se suicider ou se tuer chez eux entre eux,

- Ignorer la volonté majoritaire des citoyens,

- Maintenir une hiérarchie inadaptée des " personnes de confiance ",

- Résister à la création de formations spécifiques sur « la fin de vie »,

- Laisser penser qu’une liberté nouvelle des uns abolirait celle des autres,

- Insinuer que des formes « d’eugénisme » s’imposeraient à tous,

- Imaginer d’éventuels abus qu’aucune loi ne pourrait " borner ",

- Faire croire que les soignants seraient obligés de tuer des gens,

- Favoriser par inertie le départ à l’étranger pour mourir sereinement,

- Accepter que notre pays soit à la traîne des évolutions sociétales,

- Ignorer cette liberté fondamentale de chacun à disposer de soi,

- Être dans le déni des manques et des abus actuels de notre pays.

Chacun pourra choisir ses réponses en toute bonne foi, mais il est pourtant désormais certain que les changements en faveur d’une amélioration de « la fin de vie » arriveront inévitablement chez nous tôt ou tard comme c’est heureusement déjà le cas dans les autres pays avancés, dont récemment l’Espagne.

Mais de même qu’en 1971 était publié le " Manifeste des 343 salopes " proclamant : " Je me suis fait avorter !! ", qui avait permis quatre ans plus tard la loi " Veil ", il sera probablement nécessaire que soit publié le " Manifeste des coupables " osant reconnaître qu’il existe bien en France des personnes ayant déjà pratiqué « l’euthanasie » dans le respect des morts comme des vivants, mais en l’absence regrettable d’un cadre légal.

Astus

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