Le Soudan du Sud au bord d’une nouvelle guerre civile

, par  DMigneau , popularité : 7%

Le Soudan du Sud au bord d’une nouvelle guerre civile

Des milliers d’habitants de la capitale sud-soudanaise Juba fuyaient ce dimanche 10 juillet les combats intenses opposant les forces régulières et les ex-rebelles, les deux camps s’accusant mutuellement depuis jeudi dernier d’être responsables de ces nouvelles violences. On ignore le nombre de victimes des combats mais, d’après plusieurs médias locaux citant le ministère de la Santé, 270 personnes, combattants et civils, ont péri dans de premiers affrontements vendredi après-midi.

En avril, Riek Machar (gu.) est revenu à Juba pour former, comme vice-président du Soudan du Sud, un gouvernement d’union nationale avec le président Salva Kiir (dr.). - Sipa

Scènes tristement familières ce dimanche 10 juillet à Juba. Des milliers d’habitants de la capitale du Soudan du Sud, Juba, ont fui les combats intenses opposant les forces régulières et les ex-rebelles, les deux camps s’accusant mutuellement d’être responsables de ce nouvel accès de violences. Ces affrontements, qui ont fait au moins 270 morts depuis deux jours selon des médias locaux, mettent en péril un fragile accord de paix signé l’année dernière dans le plus jeune Etat du monde, qui fêtait justement samedi ses cinq ans d’indépendance.

Le Soudan du Sud est déchiré depuis décembre 2013 par un conflit féroce qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés. Les nouveaux affrontements ont débuté jeudi à Juba par un accrochage qui a fait cinq morts, entre des soldats loyaux au président Salva Kiir et des gardes du corps de l’ex-chef rebelle et actuel vice-président Riek Machar.

Dans le cadre d’un fragile accord de paix et de partage du pouvoir signé en août 2015, ce dernier était revenu, avec un fort contingent d’hommes armés, en avril à Juba où il a été réinstallé vice-président et a formé avec Salva Kiir un gouvernement d’union nationale.

L’aéroport de Juba fermé

L’accrochage de jeudi a été suivi de nouveaux combats vendredi. Ce dimanche, l’ONU a fait état de tirs de mortiers, de lance-grenades et d’ " armes d’assaut lourdes ". La présence d’hélicoptères de combat et de chars a également été signalée.

Des milliers d’habitants de la capitale se terraient chez eux ou fuyaient leurs maisons, se réfugiant dans un camp de la Minuss (la mission de l’ONU) qui abrite déjà 28 000 déplacés ou se dirigeant vers une autre base de l’ONU proche de l’aéroport.

Le ministre sud-soudanais de l’Information Michael Makuei a accusé les ex-rebelles d’être responsables de ces affrontements. Selon lui, le président Kiir " devrait déclarer et imposer à ses troupes un cessez-le-feu unilatéral " dans la journée. " Nous espérons que le premier vice-président, Riek Machar, fera de même ", a-t-il ajouté.

Un peu plus tôt, un porte-parole de ce dernier avait rejeté la responsabilité des derniers affrontements sur les soldats gouvernementaux.

La compagnie aérienne Kenya Airways a suspendu tous ses vols à destination de Juba. Le Kenya et le Soudan ont appelé à mettre fin aux combats et les ministres des affaires étrangères de l’organisation régionale des pays d’Afrique de l’Est (Igad) doivent se réunir en urgence ce lundi 11 juillet à Nairobi.

A New York, Les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont entamé dimanche soir des consultations à huis clos. Le secrétaire général Ban Ki-moon a exhorté les dirigeants sud- soudanais à faire cesser ces combats " inacceptables ".

Sur les radios, un appel à la cessation des hostilités par l’influent Conseil des Eglises du Soudan du Sud tournait en boucle depuis dimanche : " Nous condamnons tous les actes de violence sans exception. Il est révolu le temps de porter et d’utiliser des armes. A présent, il s’agit de construire une nation pacifique ", écrivent les leaders religieux dans ce communiqué radiodiffusé.

Ce lundi matin, des tirs sporadiques ont encore été entendus dans deux quartiers de la capitale sud-soudanaise Juba. Des tirs d’armes automatiques, sans commune mesure avec les combats de la veille. Dans la nuit, les armes s’étaient tues tandis que des pluies orageuses s’abattaient sur la capitale, rendant encore plus précaire la situation des personnes ayant fui leur foyer pour s’éloigner des combats.

Dans la soirée, les Etats-Unis ont réclamé la fin immédiate des combats et annoncé le retrait de Juba de tout le personnel de leur ambassade jugé non essentiel.

Magazine Marianne