Le Parlement européen " pris en otage " par l’opposition ? Dissonance cognitive chez les " macronistes "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le Parlement européen " pris en otage " par l’opposition ? Dissonance cognitive chez les " macronistes "

BERTRAND GUAY / POOL / AFP

En attaquant Emmanuel Macron lors de son passage au « Parlement européen » de Strasbourg, les oppositions tricolores auraient entaché l’image du pays en " prenant en otage " l’hémicycle autour d’enjeux nationaux. C’est pourtant le président de la République qui a fait de ce rendez-vous une étape de la campagne présidentielle française.

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages. Ce mercredi 19 janvier, les " eurodéputés " et députés " macronistes ", rejoints pour l’occasion par les " eurobéats " de tous poils, poussaient les hauts cris : en attaquant Emmanuel Macron lors de son passage au « Parlement européen » de Strasbourg pour le début de la présidence française du " Conseil " de « l’Union Européenne », les oppositions tricolores auraient entaché l’image du pays, souillant cette vénérable institution en y introduisant les viles querelles politiciennes de la campagne présidentielle hexagonale.

Chez les " marcheurs ", tout se passe donc comme si Emmanuel Macron ne s’était pas lui-même servi de ce rendez-vous pour se mettre en scène en tant que candidat de « l’Europe » en vue de l’échéance électorale française.

Ce jeudi, à l’antenne de " France Inter ", Christine Lagarde, présidente de la « Banque centrale européenne », y va ainsi de sa petite remontrance : « Malheureusement, j’ai trouvé que ça ressemblait un peu plus à " l’Assemblée nationale " qu’au " Parlement européen ", commente l’ancienne patronne du « Fonds monétaire international ». Je le dis avec un peu de regrets, parce que je pense que la présidence française a des objectifs vraiment intéressants et dont certains je pense ont une chance d’être réalisés. »

Si seulement les réformes structurelles aussi nécessaires qu’indispensables pouvaient être conduites entre gens raisonnables

« Je trouve un peu dommage que le débat national se soit transporté, alors certes sur le territoire national parce que c’est Strasbourg, mais Strasbourg c’est une ville européenne dans sa finalité, et là j’ai trouvé que c’était un peu triste », continue-t-elle.

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Sur " BFMTV ", Jean-Dominique Giuliani, président de la " Fondation Robert Schuman ", a lui aussi déploré l’image " déplorable " de la France donnée selon lui par " ce que l’opposition a fait aujourd’hui ".

« Nous sommes les seuls à nous conduire comme ça, avance-t-il. Ça ne se fait pas, nous devons être solidaires de notre pays. Je comprends bien que nous sommes dans une phase " pré-électorale ", mais on règle les affaires électorales à Paris, pas à Bruxelles ou à Strasbourg. »

On lave " le linge sale en famille ", compris ?

Notre " europhile invétéré " semble oublier que le président de la République, d’ailleurs très critiqué sur ce point en France, retarde sciemment son entrée officielle en campagne pour éviter les coups.

De même, le fait que le président ne soit " à portée de gifles " des élus de l’opposition que dans le cadre européen – la séparation des pouvoirs lui interdisant de s’exprimer à « l’Assemblée nationale » – semble avoir échappé à Jean-Dominique Giuliani.

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INSTRUMENTALISATION

Qu’auraient dû faire Yannick Jadot (candidat d’ " Europe écologie Les Verts " à la présidentielle), Manon Aubry (eurodéputée de " La France insoumise "), François-Xavier Bellamy (eurodéputé " Les Républicains ") et Jordan Bardella (président " par intérim " du " Rassemblement national ") ?

Se taire et agiter, dans chaque main, un fanion tricolore et un autre aux couleurs de « l’Union Européenne » ?

La scène n’aurait certainement pas déçu la députée européenne Nathalie Loiseau : « Quand Emmanuel Macron se montre à la hauteur des défis qu’affronte " l’Union européenne ", les oppositions françaises volent bas, obsédées par la présidentielle. Aucune fierté nationale, aucune vision de leur part. Elles se trompent de moment et de lieu. Le reste du " Parlement européen " les écoute, effaré », regrette-t-elle sur " Twitter ".

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Et Emmanuel Macron ?

Ne se serait-il pas lui aussi " trompé de moment et de lieu " ?

Rappelons que le chef d’État aurait parfaitement pu prendre exemple sur l’Allemagne : en 2006, nos voisins, alors en pleine période électorale, avaient préféré échanger leur présidence tournante avec la Finlande.

Au lieu de ça, Emmanuel Macron préfère maintenir la présidence, quitte à ce qu’elle soit éclipsée par la course à l’Élysée, dans laquelle lui et ses soutiens finiront bien par se lancer pour de bon. En cas " d’alternance " en mai, le nouveau gouvernement français devra par-dessus le marché récupérer " au débotté " les dossiers et l’organisation des milliers de réunions que la France est censée présider.

" Le calendrier que vous avez cautionné servira plus votre campagne que l’action européenne ", a d’ailleurs souligné François-Xavier Bellamy.

Nathalie Loiseau fait mine d’ignorer que le clivage entre partisans et détracteurs de « l’Union Européenne », qu’Emmanuel Macron a lui-même contribué à mettre sur le devant de la scène, est un enjeu majeur de l’élection présidentielle française. Comme si " l’européisme " n’était pas un marqueur central de l’identité politique du président de la République dans le débat national, ses opposants français auraient dû avaler sans broncher ce qui ressemble fort à une instrumentalisation de la présidence française.

PARADOXE

Invité par " LCI ", François Bayrou pousse la mascarade un cran plus loin ce jeudi, en affirmant que le discours d’Emmanuel Macron ne contenait " pas un mot de politique française ".

Vraiment ?

Le président de la République n’avait certainement pas la campagne présidentielle en tête, ni le héraut de la droite identitaire Éric Zemmour, en déclarant devant le « Parlement européen » que " la fin de l’État de droit, c’est le règne de l’arbitraire, le signe du retour aux régimes autoritaires ".

Ni en affirmant : « Nous voyons cette révolution [conservatrice] à l’œuvre qui vient saper les fondements mêmes de notre histoire. Là où la tolérance et la civilité étaient au fond au cœur du processus de civilisation qui est le nôtre, revient une idée qui renaît au sein de nos peuples. »

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Aux dernières nouvelles, la France étant encore sise en Europe, le " combat pour la démocratie libérale ", le climat, " l’autonomie industrielle " et la " sécurité européenne " constituent aussi des enjeux français, tous mentionnés dans le discours d’Emmanuel Macron.

Est-il vraiment scandaleux que ses compatriotes élus, suivant leurs sensibilités respectives, aient renvoyé Emmanuel Macron à son bilan national sur des thèmes aussi évidemment " européens " que l’immigration et les relations internationales pour Jordan Bardella, " l’écologie " pour Yannick Jadot ou les " protections sociales " pour Manon Aubry ?

Il y a tout de même un paradoxe à ce que les chantres du " macronisme ", aux yeux desquels le destin de la France et celui de « l’Union européenne » sont consubstantiels, semblent soudain considérer que la conduite de l’une est parfaitement étrangère à celle de l’autre au moment d’en faire la critique.

C’est probablement cette dissonance cognitive qui aura conduit le député " MoDem " Patrick Mignola à prier sur " Twitter " les parlementaires européens de " bien vouloir excuser certains de vos collègues Français, qui en transformant votre hémicycle en (mauvais) meeting politique, se sont montrés indignes de l’Europe ".

Et de conclure : « Aujourd’hui, à Strasbourg, les responsables politiques français ont montré deux visages : celui d’Emmanuel Macron, qui a pour elle (sic) une ambition exaltante et celui d’opposants politiques qui ont pris le " Parlement européen " en otage au service de leur propagande électorale. »

C’est pourtant bien " La République en marche " qui faisait placarder 80 000 affiches clamant le slogan " Changer l’Europe pour faire avancer la France " avant la venue d’Emmanuel Macron à Strasbourg.

Louis NADAU

Marianne.fr