Le " #MeToo " grec fait trembler le gouvernement Mitsotakis

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le " #MeToo " grec fait trembler le gouvernement Mitsotakis

L’homme de théâtre Dimitris Lignadis au centre de l’image.

Le tardif " #MeToo " grec touche toutes les sphères de la société et prend des allures de crise politique. Au centre de l’affaire, un homme de théâtre, arrêté, et proche du Premier ministre. Pour désamorcer l’affaire, un débat a été organisé au Parlement. Pas sûr que cela suffise à calmer l’opinion.

Mis sous pression par une affaire de mœurs mettant en cause l’ancien directeur du Théâtre national, Dimitris Lignadis, le « Premier ministre » grec Kyriakos Mitsotakis - proche de l’accusé - a demandé au parlement de changer l’ordre du jour. Ainsi, les députés ont été conviés, ce jeudi 25 février, dans l’hémicycle pour " une discussion sur la qualité de la démocratie et du dialogue public ". Mais contrairement à ce qu’indique le titre du débat à la « Vouli », c’est de cette affaire de mœurs dont il a été question pendant toute séance.

Au même moment, d’ailleurs, Dimitris Lignadis, était entendu par le procureur et répondait d’accusations de viols sur mineurs, parmi lesquels des enfants réfugiés.

C’est la prise de parole de la double médaillée olympique de voile Sofia Bekatorou, le 14 janvier dernier, qui a été l’élément déclencheur de la tempête médiatique. Elle déclare alors avoir été victime à l’âge de 21 ans de " harcèlement et de violences sexuel " de la part d’un responsable de la fédération, également membre du parti de droite " Nouvelle Démocratie " (ND) actuellement au pouvoir.

Douze jours plus tard, une actrice connue, Zeta Douka, évoque sur " Méga ", la chaine de télévision la plus regardée, " les harcèlements psychologiques et verbaux " qu’elle a subis dans le travail. Elle l’a fait pour " en finir avec cette domination et ce sentiment d’impunité qui règnent dans la société patriarcale qu’est la Grèce ", confie-t-elle à " Marianne ".

Ces deux sorties suscitent alors une " libération de la parole " dans le milieu du sport et de la culture.

LE NOUVEAU DIRECTEUR DU THÉÂTRE NATIONAL… NOMMÉ DIRECTEMENT PAR LE NOUVEAU GOUVERNEMENT

De jeunes comédiens, des élèves parlent à leur tour.

Très vite, certains portent plainte contre Dimitris Lignadis dès le début du mois de février. Le célèbre acteur, réalisateur et metteur en scène est soupçonné de viols sur mineurs. Il est également suspecté d’avoir attiré chez lui et violé de jeunes réfugiés.

En « garde à vue » depuis le début de la semaine, l’artiste nie les accusations. Mais entre-temps, l’affaire a pris une tournure politique.

L’homme de théâtre fait en effet partie du cercle rapproché du « Premier ministre » actuel. Pendant la campagne, il a été le répétiteur du leader de " Nouvelle Démocratie ". Un mois après les élections législatives de juillet 2019, où la droite balaie " Syriza ", le parti " de gauche " mené par Alexis Tsipras, il devient même directeur du « Théâtre national »… nommé directement par le nouveau gouvernement.

Pour y parvenir, ND a dû, ni plus ni moins, annuler la loi instaurant des appels à candidature pour prendre la direction d’une institution culturelle. Pourtant, dans différents articles de presse qui sortent à l’époque, il est rappelé que Lignadis avait déjà dû quitter différentes écoles et que la cause de ces démissions serait liée à des affaires de mœurs… alors étouffées.

L’OPPOSITION DÉNONCE " UN SCANDALE MAJEUR "

Malgré cela, le gouvernement a mis près de trois semaines avant de réagir.

De leur côté, les partis " de gauche " dans l’opposition, le " Syndicat national des acteurs ", le " Conseil d’administration " du célèbre " Festival du film de Thessalonique " ainsi que plusieurs personnalités publiques ont réclamé la démission de la ministre de la Culture, Lina Mendoni et soupçonnent le gouvernement d’avoir voulu " couvrir " l’affaire.

Depuis le début du mois de février, chaque jour apporte son flot de nouvelles révélations sordides. Selon le magazine " Documento ", d’autres membres de la classe dirigeante grecque auraient participé aux " rencontres " organisées par le metteur en scène. Parmi eux, un certain Nikos Georgiadis, consultant stratégique en chef de ND, condamné par le passé, en première instance, pour viol sur mineurs.

Devant le Parlement, Alexis Tsipras a estimé qu’il s’agissait d’un " scandale majeur avec une tentative de dissimulation " et a accusé le « Premier ministre » d’ " hypocrisie " et d’autres ministres d’avoir " menti " au public.

Pour seule défense, Kyriakos Mitsotakis a accusé l’opposition et les médias " de gauche " de traîner le débat public dans la " boue " et d’avoir répandu le " poison de la démagogie ".

Pas sûr qu’un simple débat parlementaire suffise à calmer le flot des révélations et l’indignation croissante qui commence à gagner le peuple grec.

Fabien PERRIER

Marianne.fr