Le Freluquet et la douairière

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le Freluquet et la douairière

Aux marches du Palais

Il était une fois un jeune freluquet à l’ambition débordante.

« Gardien du trésor », il avait pour lui des relations parmi les « alchimistes », ceux qui étaient capables de transformer le plomb en Or pourvu que ce ne fut qu’au seul profit des plus puissants.

Notre homme avait grandi sous la tutelle bienveillante d’une douairière qui avait vu en lui, tout à la fois un fils idéal, un compagnon parfait et un Pygmalion en devenir.

Leur union ne pouvait faire que de " grandes choses ", pourvu que le Prince leur ouvre les portes du pouvoir.

Justement, le Prince en question était fort mal à l’aise dans ses habits de roi. Il avait multiplié les gaffes, les maladresses et les mauvais choix.

Le Pays était en capilotade, les caisses du Trésor sonnaient creux et les oiseaux de mauvaises augures annonçaient un " retour de bâton " comme jamais on n’avait connu dans ce royaume paisible.

Seul espoir pour le Prince, hâter sa succession en confiant le trône au valeureux freluquet.

Le coup était compliqué. Les « princes de sang » ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils voulaient que les usages et la coutume soient respectés.

Le Freluquet n’était pas " de sang royal ", il n’avait jusqu’alors fricoté avec aucune province, ses armoiries étaient vierges de tout tournoi qu’il eût pu emporter contre les puissants. Seule sa fidélité à ceux qui " battaient monnaie " pouvait lui assurer quelques appuis souterrains ainsi que son passé de " page " d’une certaine Pucelle qui se brûla les ailes dans son désir de pureté.

La douairière - quant à elle - croyait en sa belle étoile. Des années durant, elle avait préparé le terrain, mis en avant sa créature pour un jour devenir " la première dame " de la cour.

Elle avait foi en son " chevalier blanc ", petit lutin espiègle capable de tromper les uns et les autres, habile en manœuvres sournoises, adroit dans l’art de la dissimulation et du mensonge.

Elle pouvait en être fière, c’est elle qui lui avait tout appris.

Le temps fut venu de dévoiler leurs cartes, de prétendre au pouvoir eux qui ne l’avaient jamais mérité.

Ils firent tant et si bien qu’ils noyèrent le poisson tout autant que les autres prétendants. Bénéficiant de circonstances favorables à moins que ce ne fut un vaste complot fomenté par leurs obligés, le couple maléfique se mit en marche forcée vers le trône, dévoilant une ambition que personne n’avait véritablement prise au sérieux.

Les gazettes du pays, les troubadours de cour, les flatteurs de tous poils dressèrent des « couronnes de laurier » au-dessus de la tête du freluquet.

Le bon peuple, toujours aussi naïf, n’y vit que du feu d’autant plus aisément que la cabale avait érigé une potence pour pendre par les bourses en place publique le Châtelain Chafouin, grand favori des « princes de sang ».

Une voie royale s’ouvrait à lui !

Sans que rien ne préjuge du succès, le Freluquet devint rapidement (?) une carte maîtresse.

La douairière, véritable " dame de cœur " de la partie, se frottait les mains. Elle avait misé sur le bon poulain, son destrier allait conquérir le trône sans coup férir. La victoire fut aisée, une harpie s’étant dressée face à lui comme ultime obstacle, il emporta la mise avec une facilité déconcertante.

Pour enfourcher son cheval de bataille, la vieille dame choisit un animal " à fourrure " afin de symboliser le parcours triomphant de son héraut. Les " ours en peluche " ont toujours fait illusion chez les braves gens, cette fois encore l’illusion remplit à merveille son rôle.

Une fois en place, le freluquet ne tarda pas à dévoiler ses intentions. Il avait pour mission de rendre exsangue le pays, de le ficeler et de le bâillonner pour que des puissances étrangères puissent se repaître de son cadavre.

Il avait pour mission de mettre à bas toutes les chartes régissant les corporations et les confréries. Il s’y employa avec habilité et roublardise, dressant les uns contre les autres, opposant les générations entre elles et effaçant les campagnes tout en réduisant à néant les droits ancestraux.

La douairière était heureuse, le malheur de tous était nécessaire à son bonheur. Il pouvait se réjouir, son freluquet de Prince, il était un merveilleux fossoyeur de l’espoir.

C’est quand il voulut mettre à bas le service de relais postaux qu’il cessa de se cacher derrière son petit doigt. Son slogan, un Prince aux marches du Palais, résonnait enfin dans l’esprit de tous. C’était bien le royaume tout entier qu’il voulait mettre à pied.

Plus d’avoine ni d’écuries pour les cochers et les charretiers. C’est désormais à dos d’homme que se ferait le transport des marchandises tandis que les sièges à porteur revenaient à la mode.

Le peuple des exclus n’était plus bon qu’à servir de bourriques pour les amis du Freluquet.

Dame douairière - quant à elle - pouvait rouler en carrosse et s’offrir quelques palais royaux. Le mal était fait et après ces deux-là, le déluge.

Quand soudain, le pain vint à manquer pour les vieilles gens. La fronde se fit sentir dans tout le royaume. La douairière s’en inquiéta :

« Est-ce un mouvement de mauvaise humeur mon bon Freluquet ? »

« Non ma mie, ce ne sont que des réactions épidermiques que nous materons sans vergogne ! », lui répondit son jeune champion.

Pourtant, tous deux se trompaient. C’était bien une Révolution qui était « en marche », de ces marches qui finissent par " laisser rouler " les têtes couronnées.

Le temps était venu de la grande colère des gueux, Freluquet et douairière allaient devoir déguerpir pour sauver leur tête.

Parodiquement leur.

C’est Nabum

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