Le Chili légalise l’avortement dans les cas extrêmes

, par  DMigneau , popularité : 15%

Le Chili légalise l’avortement dans les cas extrêmes

Des femmes se réjouissent à Santiago après le vote - Esteban Felix/AP/SIPA

Malgré l’opposition de la droite, le Tribunal constitutionnel chilien a voté un assouplissement de l’interdiction totale de l’avortement en place depuis près de trente ans.

La lutte pour les droits reproductifs des femmes progresse lentement en Amérique latine. Au Chili, le Tribunal constitutionnel a voté ce lundi 21 août la légalisation de l’avortement dans des cas extrêmes, permettant désormais aux femmes qui ont subi un viol, dont la vie est en danger ou dont le fœtus est non viable, d’avoir recours à l’IVG.

Le Parlement chilien avait déjà approuvé début août un projet de loi assouplissant l’interdiction totale de l’avortement, mise en place il y a près de trente ans vers la fin du régime militaire.

Mais les opposants de la droite ont fait appel au tribunal en soutenant que le projet de loi violait le principe du " droit à la vie " énoncé dans la Constitution. Après avoir écouté les arguments d’environ 130 groupes ces derniers jours, la cour a donc rejeté ces contestations et validé, par six votes contre quatre, la légalisation de l’avortement thérapeutique.

La présidente chilienne Michelle Bachelet, qui a fait des droits reproductifs une priorité de son programme et dont le gouvernement a soutenu le projet de loi, a salué un “ jour historique pour les femmes du Chili ”. Avec la dépénalisation partielle de l’avortement, “ nous avançons un droit fondamental pour notre dignité ”, a-t-elle dit sur Twitter.

Il reste toujours trois pays en Amérique latine qui impose l’interdiction totale de l’avortement, dont le Salvador, la République dominicaine ou encore le Nicaragua. La décision de la cour chilienne “ enlève le Chili pour toujours de la liste embarrassante des pays qui criminalisent encore l’avortement sans exception ”, a martelé Ana Piquer, directrice exécutive d’ " Amnesty International Chili ".

Des dizaines de milliers d’avortements clandestins

Au Chili, où plus de 70 % de la population se dit en faveur de cette mesure, des législateurs ont tenté depuis 1991 de lever l’interdiction de l’avortement. Mais ils se sont confrontés à de vives oppositions à chaque reprise. “ Il y a beaucoup de conservatisme dans les positions de pouvoir et l’église catholique a toujours beaucoup de pouvoir, a souligné pour le " New York Times " Karla Rubilar, une parlementaire de droite qui défend le droit de l’avortement dans certains cas. Cela a entravé le progrès. ”

Le recours officiel étant impossible, les femmes étaient forcées de trouver des solutions clandestines.

En 2016, le ministère de la santé a enregistré plus de 30 000 cas d’hospitalisation à la suite d’un avortement raté, tandis que certains groupes de droits reproductifs chiffrent le nombre d’avortements clandestins à environ 70 000 par an.

Nombre de femmes se provoquent un avortement en prenant une pilule destinée au traitement d’ulcères, qui se procure facilement sur le marché noir.

Si la décision de la cour chilienne est importante, les militant(e)s affirment que la lutte pour davantage de droits reproductifs continue toujours. “ C’est un pas très important dans la bonne direction, mais il faut se rappeler que la loi protège trois exceptions, a déclaré au " Guardian " Lilian Sepúlveda, avocate défenseure des droits chez le " Center for Reproductive Rights ". Nous avons encore du chemin à faire à long terme pour les femmes qui pourraient avoir des raisons sociales ou économiques pour interrompre une grossesse.

Jenny Che

Marianne