Laïcité au " Planning familial " : Marlène Schiappa demande des explications

, par  DMigneau , popularité : 0%

Laïcité au " Planning familial " : Marlène Schiappa demande des explications

Marlène Schiappa a adressé un courrier à Caroline Rebhi, présidente du " Planning familial ", lui demandant des explications sur la possible suppression de la laïcité de la charte de l’association. - PIERRE VILLARD/SIPA

Alors que l’association féministe, où les " intersectionnelles " ont " le vent en poupe ", envisage de faire retirer la laïcité de sa charte, la secrétaire d’État a adressé un courrier à sa présidente que nous révélons en exclusivité.

Une proposition de rencontre en forme de « mise en garde ». Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de " l’égalité entre les femmes et les hommes ", a envoyé ce jeudi 3 octobre un courrier adressé à Caroline Rebhi, présidente du " Planning familial ", lui proposant un " échange direct " portant notamment sur « les potentielles conséquences de la suppression de la valeur " laïcité " des statuts de l’association ».

Parmi ces conséquences, figure... le devenir de la subvention de 272 000 euros que le gouvernement verse à l’association. Ce faisant, le gouvernement s’implique dans le débat qui agite " le Planning " depuis plusieurs mois et s’inquiète ouvertement du " noyautage " de ce mouvement historiquement universaliste par une tendance " intersectionnelle ", aujourd’hui en passe d’imposer ses vues au niveau national.

Ce " féminisme " d’un nouveau type, sous couvert d’examiner le " croisement des rapports de domi­na­tion sans les hiérarchiser ", consiste le plus souvent à instaurer un relativisme culturel aux conséquences néfastes.

Car nier l’existence d’une conception universelle des « droits de la femme » et considérer que chaque individu peut définir sa propre vision de l’émancipation, revient fréquemment à adouber des pratiques religieuses ou culturelles " sexistes ".

En enfermant, au passage, chaque femme dans une " communauté " réelle ou supposée.

L’antenne du " Planning familial " des Bouches-du-Rhône en avait donné une frappante illustration en septembre 2018, en partageant " un visuel " assimilant le « port du voile » à de la " modestie " (reprenant ainsi le vocabulaire islamiste) puis en refusant de condamner explicitement l’excision.

D’après un témoignage paru dans une enquête fouillée de nos confrères de " Charlie Hebdo " datant de février dernier, certaines intervenantes du " Planning ", acquises au " féminisme intersectionnel ", refusent désormais de parler de droits universels lors de leurs interventions en milieu scolaire et indiquent aux jeunes filles : " Si c’est votre tradition, vous vous soumettez à cette tradition ".

Il était également relaté qu’une militante du " Planning " de Blois, portant le voile islamique et réputée très pieuse, avait partagé sur sa page " Facebook " des passages du Coran condamnant l’adultère et encadrant religieusement les rapports sexuels.

De nombreuses antennes du " Planning " ont fait le choix de s’associer avec l’association " Lallab ", chantre du " féminisme musulman " et de la défense du port de voile. Cet été, le " Planning " de l’Isère a publié un communiqué de soutien aux militantes " pro-burqini " de Grenoble.

La laïcité supprimée de « la charte » du Planning ?

Les 25, 26 et 27 octobre prochains à Niort, le " Planning familial " doit tenir son congrès national.

A l’intérieur du mouvement, les débats sont vifs entre féministes " universalistes " et " intersectionnelles ", à tel point que l’association y consacre une large partie du document de synthèse qui sera soumis au vote des membres.

« De quel(s) fémi­nisme(s) " le Plan­ning " se reven­dique-t-il ? Du fémi­nisme " univer­sa­liste ", du fémi­nisme " inter­sec­tion­nel ", des deux ? Cette ques­tion se pose avec celle du posi­tion­ne­ment du " Plan­ning " contre le racisme et une de ses formes parti­cu­lières qu’est l’is­la­mo­pho­bie  », est-il écrit dans cette note révélée par " Charlie Hebdo ".

En prélude du congrès, le document dégage trois orientations :

- le féminisme " universaliste ",

- le féminisme " intersectionnel " et " une orien­ta­tion qui revendique un fémi­nisme univer­sa­liste s’ar­ti­cu­lant avec le cadre d’ana­lyse de l’in­ter­sec­tion­na­lité ".

Cette dernière approche ménage " la chèvre et le chou ", reconnaissant " les valeurs univer­sa­listes mises en avant dans le contexte des années 1970 " (droit à l’IVG, éducation à la sexualité, égalité salariale) tout en précisant que " l’intersectionnalité " doit permettre aux femmes de " concevoir leur éman­ci­pa­tion elles-mêmes et pas forcé­ment comme on le pense pour elles " et en mettant en avant les " impli­ca­tions évidentes dans [les] pratiques de terrain " de " l’intersectionnalité .

L’orientation ouvertement " intersectionnelle " - elle - ne s’embarrasse pas de circonvolutions : considérant que " l’uni­ver­sa­lisme exclut des personnes en raison de leurs croyances religieuses, de leur habille­ment et de leur appa­rence ", son texte estime que « les mili­tantes, béné­voles et sala­riées du " Plan­ning " doivent être conscientes des crimes et des effets du colonia­lisme, de leurs privi­lèges et du pouvoir qui en découle. »

Il s’attaque à " l’argumentaire raciste [qui] peut souvent s’appuyer sur des valeurs féministes " - une manœuvre classique pour empêcher, par exemple, la critique du voile comme symbole sexiste et appelle à « travailler sur la " blanchité " de notre mouvement : qu’a­vons-nous à dire sur le fait que la majo­rité de nos asso­cia­tions sont majo­ri­tai­re­ment " blanches " ? ».

Point d’orgue de ce raisonnement, une critique de la laïcité, " un principe d’organisation de la société, pas une fin en soi ", accusée de laisser s’exprimer " le racisme et l’islamophobie ".

  • Conséquence : un vote sera organisé lors du congrès pour retirer le terme " laïcité " de la charte du " Planning familial ", votée en 2016.

Alerté par ces évolutions et par " plusieurs remontées de terrain qui vont dans le même sens ", la secrétaire d’État " à l’égalité " a donc décidé d’agir et a envoyé un courrier à Caroline Rebhi, co-présidente du " Planning ".

" Marlène Schiappa est attachée au principe de laïcité, nous ne sommes pas pour une société communautariste , explique-t-on à son cabinet.

Il existe une possibilité de modification philosophique au " Planning " qui est préoccupante et nous inquiète, nous avons besoin d’éclaircissements sur le sujet.

" Le courrier, que Marianne s’est procuré, rappelle que le Planning familial "perçoit une subvention de l’État d’un montant de 272 000 euros chaque année au niveau central ", et précise que s’il " n’appartient pas au gouvernement d’arbitrer des débats de courants internes aux associations partenaires ", il " lui appartient - en revanche - de garantir la défense des valeurs de la République ".

Mettant en garde contre le " relativisme culturel ou religieux qui tend trop souvent à justifier les inégalités femmes-hommes " et " eu égard aux positions exprimées par certaines des antennes locales [du Planning familial] ", Schiappa réclame de « pouvoir échanger directement avec [Caroline Rebhi] sur les potentielles conséquences de la suppression de la valeur " laïcité " des statuts » de l’association fondée en 1960.

Hadrien Mathoux

Marianne