La terrible chute d’Ahmed Ouyahia

, par  DMigneau , popularité : 0%

La terrible chute d’Ahmed Ouyahia

La roue tourne, comme dans le cinéma ! Dans le cas d’Ahmed Ouyahia, c’est le summum de l’absurde. Même le cinéaste Hitchcock ou l’acteur Charlie Chaplin, les rois de la comédie dramatique n’y trouveront rien à rajouter. On dirait qu’on assiste à une pièce de théâtre de Vaudeville, où l’humour noir frôle l’insensé, le putride, le salace...

De l’ex-présidentiable à la tête de l’une des grandes formations politiques du pays, menaçant de " guerre et de sang " jusque dans l’enceinte de l’APN, les manifestants qui avaient osé contredire les desseins de son parrain Bouteflika, au simple " malfrat ", les mains menottées, accompagné jusqu’à la tombe de son frère-avocat, exposé aux voyeurs de toutes sortes, le temps semble être pris dans une tornade " abracadabrantesque ", pour emprunter le néologisme d’un illustre politique hexagonal.

Le tapis d’Aladin a, paraît-il, survolé le ciel d’Algérie, en brouillant toutes les ondes, désormais imperceptibles par les " radars médiatiques ".

Et la lampe magique ? Elle ne se trouve, peut-être, nulle part, sauf dans la tête de ceux qui savent " appâter les masses " pour les ramener droit dans " le nœud de l’hameçon " !

Pour preuve, personne ne capte le son du film. Le scénario se suffit à lui-même : on jette en pâture un homme politique, longtemps tombé en disgrâce, pour convaincre " ceux qui ne sont pas encore convaincus " de la bonne foi des nouveaux promus au Palais d’El-Mouradia !

Depuis plus d’un an, l’Algérie évolue " à géométrie variable ", alors que le noyau du " Système " explose en petits morceaux. Mais pas totalement dupes, les Algériens connaissent bien la capacité phénoménale de reconstitution de ce " Système "-là, et d’aucuns le comparent même - d’ailleurs - à un sphinx qui, maîtrisant parfaitement l’art des " jeux de feu ", sait bien comment se nourrir des flammes, pour produire de la cendre, soit une si bonne recette pour la concoction de la fameuse " poudre aux yeux ".

Jouer avec le feu, comme dans les tragédies d’amour passionnelfausses intentions, double langage, promesses vaseuses, complots, pièges des jaloux et des vengeurs, tutoient parfois les " cimes de bêtise ", participe sans doute - surtout quand il s’agit de régimes autocratiques - des règles basiques de la manipulation de masse.

Puis, de la bêtise, il y en a une très bonne dose dans le film algérien !

Comment un téléspectateur étranger, par exemple, qui a visionné les séquences d’une telle vidéo aurait-il réagi ?

Comment verra-t-il les Algériens ?

Comment interprétera-t-il les choses qui arrivent dans ce pays, pour le moins, bizarre ?

Puis, à quoi jouent ceux qui font les décisions, en haut lieu, en livrant un citoyen, de surcroît, un ex-haut responsable, à la vindicte médiatique, de cette façon si humiliante et si indigne pour la démocratie que le peuple veut instaurer dans l’avenir ?

Les autorités n’ont-elle pas enfreint, quelque part, sur le plan éthique, l’une des « règles-phares » de la morale, à savoir le respect de la vie d’autrui et la nécessité de compassion avec l’entourage du mort ?

Que l’on aime ou déteste l’homme, le respect de sa dignité d’humain devrait primer et dépasser tout calcul étroit !

En vérité, les Algériens ont assisté, malgré eux, à un nouveau type de " torpillage médiatique ", conjugué à une volonté de diversion des véritables enjeux sociétaux, au moment où le débat devrait - en toute logique - se recentrer sur l’essentiel : la liquidation des restes du " Système " et le passage au plus vite à une seconde République démocratique et citoyenne...

Kamal Guerroua

AgoraVox

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