La réforme des retraites coûte cher ? " La faute des grévistes ", selon Muriel Pénicaud

, par  DMigneau , popularité : 0%

La réforme des retraites coûte cher ? " La faute des grévistes ", selon Muriel Pénicaud

Muriel Pénicaud déplore le " coût humain " de la grève contre la réforme des retraites. - Capture d’écran BFMTV

La ministre du Travail accuse les grévistes de " plomber l’économie française " ce mercredi 8 janvier, tout en minimisant complètement le coût réel de la réforme des retraites.

D’un côté, une réforme " qui ne coûte rien ", de l’autre, une grève " qui coûte cher " : voilà à quoi se résume, si l’on s’en tient à l’interview de Muriel Pénicaud ce mercredi 8 janvier sur BFMTV, l’épineuse question du coût de la réforme des retraites.

Sauf qu’entre les " manques à gagner " du mouvement social et la facture des mesures gouvernementales, la ministre du Travail fait évidemment " deux poids, deux mesures ".

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Si Muriel Pénicaud jure que le gouvernement " ne fait pas cette réforme pour faire des économies ", la ministre tient toutefois à rassurer les adeptes de « l’orthodoxie budgétaire » : le grand chambardement des retraites sera indolore pour les « finances publiques ».

" A long terme, [la réforme] ne coûte pas puisque le principe qui a été pris, c’est qu’on va faire un meilleur système de retraite, mais à coût constant ", assure-t-elle.

" Ce coût, c’est 330 milliards d’euros par an, et c’est 13,8 % de la richesse nationale, donc la solidarité envers les aînés, qui est quelque chose d’important, auquel on croit tous, je crois qu’elle s’exprime là. "

Elle est pas belle la vie ? Et tant pis si, avec ce plafond fixe ne prenant en compte ni de l’accroissement du nombre de retraités, ni du contexte économique, la seule marge de manœuvre restante en cas de croissance " flagada " sera le niveau des pensions : ce sera aux retraités de se partager " le gâteau ", et pas à l’État de mettre " la main à la poche ".

" Ensuite ", enchaîne Muriel Pénicaud tout à trac, vient le " coût immédiat " de la réforme pour l’entreprise France : " C’est le coût des grèves ", déplore-t-elle.

" Il y a le coût financier pour la SNCF… Pour la RATP, on n’a pas encore le chiffre. La SNCF a fait une première estimation de 600 millions d’euros. C’est le coût pour les artisans, les commerçants, les petites entreprises "

Voilà donc les opposants à la réforme des retraites accusés, comme les " Gilets jaunes " avant eux, de " plomber " les comptes du pays.

" Coût humain "

A ce titre, Muriel Pénicaud pourrait d’ailleurs se pencher sur les 2,8 milliards d’euros qui manqueront chaque année dans les caisses de l’État à partir de 2025, en raison du plafonnement des cotisations à 2,81 % pour les " hauts cadres " au-delà de 120 000 euros de revenus annuels.

Mais la ministre s’inquiète plutôt du " coût humain ", " pour chacun ", du mouvement social. Et l’ancienne DRH de " Danone " d’adresser cette leçon aux grévistes : " Vous savez, ceux sur qui pèsent le plus les grèves qui continuent, c’est pas les gens qui habitent dans le centre-ville de Paris. C’est la femme de ménage, l’aide soignante qui habite loin en banlieue, qui a deux heures de train le matin, deux heures le soir, et qui galère depuis six semaines. "

Mais " quid " des mesures de compensation envisagées par le gouvernement pour pallier les effets pervers du passage au système universel par points ? Elles aussi ne coûteront rien ? Si le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est montré bien plus prudent sur le montant de l’enveloppe, le Premier ministre, Edouard Philippe, évoquait tout de même en décembre dernier une revalorisation de dix milliards d’euros du salaire des enseignants, rien que pour ceux-ci ne se trouvent pas lésés par la réforme. "Il y aura les coûts de transition, et ça c’est normal qu’il y ait des coûts de transition", assume Muriel Pénicaud, pas dérangée le moins du monde par ce double standard. "Ça c’est normal", insiste-t-elle encore. Et même évident : lorsque Jean-Jacques Bourdin lui rappelle que ces coûts de transition devraient "quand même atteindre plusieurs milliards", Muriel Pénicaud répond, tout simplement : "Ben oui". Compris ?

Louis Nadau

Marianne