La justice saoudienne demande la décapitation d’une jeune activiste pacifiste

, par  DMigneau , popularité : 0%

La justice saoudienne demande la décapitation d’une jeune activiste pacifiste

Image d’illustration. L’annonce d’une éventuelle décapitation d’al-Ghomgham illustre les zones d’ombre du prince Mohammed Ben Salmane. - FAYEZ NURELDINE / AFP

La " justice " saoudienne a décidé de demander la mort d’une jeune activiste de 29 ans qui avait encouragé des manifestations en faveur des droits de la minorité musulmane chiite. C’est la première fois qu’une femme serait exécutée pour avoir défendu les droits de l’Homme.

Le prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, aime se présenter en " grand réformateur " du royaume, champion de la libéralisation de son économie et de ses " codes moraux " très stricts.

Pourtant, depuis son arrivée officieuse au pouvoir, le rapport du pays au respect des droits de l’Homme reste très relatif.

Dernière preuve en date : le cas d’Israa al-Ghomgham, jeune activiste dont le procureur général saoudien a réclamé la décapitation. Elle pourrait devenir, à 29 ans, la première femme à être exécutée pour avoir défendu les droits de l’Homme en Arabie saoudite.

Son cas " crée un dangereux précédent pour toutes les autres activistes féminines actuellement derrière les barreaux ", a dénoncé l’organisation non-gouvernementale " Human Rights Watch " dans un communiqué publié ce mardi 22 août.

Israa al-Ghomgham a été " jugée " lundi 6 août devant le tribunal criminel spécial du pays en même temps que son époux Moussa al-Hashem et quatre autres Saoudiens.

Tous s’étaient jusqu’ici illustrés par leur lutte pour les droits de la communauté musulmane chiite, minoritaire en Arabie saoudite.

Jugés notamment pour avoir " participé " et " incité " à des manifestations, les dossiers de ces cinq activistes désignés comme " pacifistes " par l’ONG ont pourtant été examinés au même titre que ceux de terroristes.

" Toute exécution est épouvantable, mais chercher la peine de mort pour des militants comme Israa al-Ghomgham, qui ne sont même pas accusés de comportement violent, est monstrueux ", a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice Moyen-Orient de " Human Rights Watch ".

Trois ans en détention sans avocat

Israa al-Ghomgham et son époux sont emprisonnés depuis le 5 décembre 2015. A l’époque, ils avaient été arrêtés par les forces de l’ordre saoudienne en marge d’un raid. Ils ont alors été accusés d’avoir contribué à plusieurs manifestations réclamant la libération de prisonniers politiques pendant le " Printemps arabe ", dans la région chiite de Qatif.

La jeune femme n’étant pas issue d’un milieu aisé. Elle n’a jamais pu, en trois ans, obtenir l’assistance d’un avocat. Mais son emprisonnement a attiré l’attention de nombreux observateurs en dehors des frontières du royaume.

De multiples rumeurs ont ainsi circulé ce week-end, affirmant que l’activiste avait été exécutée ce 19 août. La vidéo d’une femme en train d’être décapitée et " identifiée " comme étant al-Ghomgham a été largement partagée sur les " réseaux sociaux ".

Il s’agissait en fait d’une Birmane, exécutée pour " crime de droit commun ". L’annonce de sa possible exécution, au début du mois d’août, avait ainsi généré une importante campagne de soutien sur les " réseaux sociaux " pour sa libération.

Un risque de précédent dangereux pour les femmes

Beaucoup s’inquiètent de cette première mise à mort féminine dans le royaume. Si al-Ghomgham a été arrêtée pour ses prises de position " pro-chiites " et pas pour sa défense des droits des femmes, une douzaine d’activistes féministes ont été mises derrière les barreaux en mai dernier pour avoir manifesté leur envie de conduire.

Et ce alors que la couronne saoudienne avait précédemment " facilité " l’accès des femmes au volant des voitures. Ces multiples arrestations avaient interpellé à " l’international ", incarnant l’une des " zones d’ombre " du prince Mohammed Ben Salmane.

Les féministes ne sont aujourd’hui pas l’objet d’une demande d’exécution officielle mais les ONG craignent que le cas de al-Ghomgham, s’il est mené à son terme, ne crée un précédent très dangereux.

" Si le prince héritier est vraiment sérieux en matière de réforme, il devrait immédiatement intervenir pour veiller à ce qu’aucun activiste ne soit injustement détenu pour son travail en faveur des droits humains ", a commenté Sarah Leah Whitson.

Alexandra Saviana

Marianne