La gauche indienne offre un bel anniversaire à Modi

, par  DMigneau , popularité : 65%

La gauche indienne offre un bel anniversaire à Modi

Deux ans après l’arrivée au pouvoir du leader nationaliste indien, les élections régionales voient le parti de la dynastie Nehru-Gandhi humilié au Bengale Occidental. Ce dernier perd également le Kerala et le Tamil Nadu.

Alors qu’il s’apprête à célébrer ses deux ans à la tête de l’Inde, Narendra Modi a de quoi être satisfait. Comme l’annoncent les résultats officiels des élections régionales publiés jeudi 19 mai en milieu de journée, sa formation, le " Parti du Peuple Indien " (BJP, droite nationaliste hindoue), met un coup d’arrêt à sa descente aux enfers.

En gagnant haut la main l’Assam, elle réussit une performance inédite, puisque c’est la première fois qu’elle va diriger l’un des sept Etats du nord-est du pays. C’est l’actuel ministre de la jeunesse et des sports, Sarbananda Sonowal, qui va prendre les rênes de l’exécutif régional.

Surtout, le BJP tourne la page d’une année 2015 douloureuse qui l’avait vu se faire humilier dans les urnes à Delhi, puis au Bihar. Avec 44 % des suffrages, il obtient plus de 60 % des sièges à l’assemblée d’Assam et effectue ainsi son grand retour sur la scène nationale, redonnant à Modi l’espoir de contrôler un jour la Rajya Sabha (la Chambre haute du Parlement), élément déterminant pour son éventuelle reconduction au pouvoir en 2019.

Mais le chef du gouvernement indien a deux autres raisons de se réjouir. La première est que si le BJP, créé en 1980, ne décroche que quelques fauteuils épars au Bengale Occidental et au Kerala, il montre qu’il est désormais en mesure de commencer à s’implanter dans des Etats acquis à la gauche.

La seconde est que son opposant numéro un, le Parti du Congrès, essuie une nouvelle déroute, deux ans après la plus grande défaite jamais subie aux élections générales, lors desquelles il n’avait sauvé que 45 sièges sur les 545 que compte la Chambre des députés.

Au Bengale Occidental, la formation de la dynastie Nehru-Gandhi n’est pas parvenue à faire tomber le Trinamool Congress : ce dernier remporte près de 75 % des sièges à l’assemblée de Calcutta.

Au Kerala, le Parti du Congrès n’aura tenu qu’un mandat : il cède la place aux marxistes du Parti communiste indien, lequel effectue son retour dans l’un de ses fiefs historiques.

Autre enseignement de ce scrutin qui aura vu quelque 120 millions d’électeurs se rendre dans les bureaux de vote durant dix semaines, les scandales de corruption ne pèsent pas dans le choix des Indiens.

Au Bengale Occidental, la chef de l’exécutif, Mamata Banerjee, est réélue sans souci en dépit des multiples soupçons qui pèsent sur son intégrité ; plusieurs de ses proches étant impliqués dans des affaires de pots de vin.

Au Tamil Nadu où l’alliance entre le Parti du Congrès et la formation régionale dravidienne DMK était donnée victorieuse dans les sondages, c’est finalement Jayalalithaa Jayaram qui est réélue pour un quatrième mandat. Ancienne star du cinéma tamoule, celle-ci avait du quitter ses fonctions de ministre en chef en 2014, suite à une condamnation à quatre ans de prison pour fraude fiscale, pour revenir sur le devant de la scène huit mois plus tard après avoir été acquittée.

Pendant la campagne, elle s’est distinguée en distribuant des smartphones et des ordinateurs aux plus défavorisés.

La reconduction de Mamata et Jayalalithaa constitue un bon sujet de méditation pour le Parti de l’homme ordinaire (AAP), la formation anti-corruption d’Arvind Kejriwal qui ambitionne de gagner l’an prochain les élections au Pendjab.

Elle place aussi Rahul Gandhi au pied du mur. Le vice-président du Parti du Congrès, qui avait affronté sans succès Narendra Modi aux législatives de 2014, est même au fond du gouffre. Comme le rappelle le ministre des Finances, ce n’est pas le Congrès qui a gagné à Delhi et au Bihar l’an dernier mais l’AAP et le parti socialiste régional de Nitish Kumar. “ Election après élection, il perd en restant sur le banc de touche des alliances contre nature qu’il monte avec des partis régionaux, estime fort justement Arun Jaitley, s’il survit, sa capacité à diriger une future coalition nationale est de plus en plus douteuse ”.

En 2017, les élections en Uttar Pradesh - l’Etat le plus peuplé de l’Inde - sonneront comme l’heure de vérité pour les Gandhi. Notamment parce que s’y trouve Amethi, la circonscription de Rahul Gandhi où ont été élus par le passé les deux fils d’Indira Gandhi, Sanjay et Rajiv, puis la veuve de Rajiv, Sonia.

Guillaume Delacroix

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