La flèche de Notre-Dame, une bonne idée ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

La flèche de Notre-Dame, une bonne idée ?

Nous apprenons que l’oligarchie se précipite pour reconstruire la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Cette flèche a été un ajout, à mettre au crédit de Viollet-le-Duc, dont on sait par ailleurs que ses initiatives n’ont pas toujours été heureuses.

En tout cas, c’est le poids de cette flèche qui, s’appuyant sur des poutres affaiblies par le feu, a créé le plus de dégâts et a percé largement le toit.

Est-ce une si bonne idée de se précipiter pour renouveler ce qui fut peut-être une erreur ?

Nos réminiscences d’Histoire opposaient " le roman " et " le gothique ".

Le premier était plus intime, enjoignait à baisser la tête et à se soumettre.

Le second, au contraire, allégeant les murs et transmettant la charge à des contreforts extérieurs, donnait une impression " de montée ". Il avait pour but de transformer les vilains de l’époque en hommes libres.

D’ailleurs, à l’époque, les cathédrales n’avaient pas de bancs : il fallait rester debout, comme il sied à des personnes libres.

Bien mieux : elles étaient accordées en musique (voir à ce propos l’ouvrage de Louis Charpentier, “ Les mystères de la cathédrale de Chartres ”, édité en 1966 chez " Robert Laffont ", au chapitre 16).

Il n’est pas interdit de penser que cet ajout d’une flèche à Paris a cassé l’effet voulu au départ.

Il n’y a pas eu « succession » entre " le roman " et " le gothique " : quand a commencé la couverture de notre pays par des cathédrales au XIIe siècle (aujourd’hui il y en a 154), des églises romanes, moins voyantes, ont continué à se construire.

Il y en avait bien plus : rien que les Deux-Sèvres que je connais particulièrement bien en comptaient plus de cent, dont certaines très belles.

On peut imaginer le nombre de maçons chevronnés que cela peut représenter, de couvreurs, de charpentiers... et d’architectes !

On peut se demander comment un pays bien moins peuplé, moins lettré qu’aujourd’hui a pu soutenir une telle cadence, et pourtant il l’a fait !

Du dixième au douzième siècles, ce fut " une floraison " partout.

Et puis soudain, " le roman " ne fut plus : " le gothique " ne fut plus que du " flamboyant "... de la copie, quoi.

La magie de la création s’est tarie. Quelque chose s’est passé, et a détruit l’élan.

Est-ce le massacre des templiers ?

Le temps des hypothèses est venu. En tout cas, c’en fut fini d’une certaine culture mise au service de tous via ces édifices incitant à être debout, ces vitraux magnifiques permettant au peuple non instruit d’apprendre via le dessin.

Sait-on que les dimanches de Pâques, dans la cathédrale la plus vénérée, celle de Chartres, l’évêque exécutait une sorte de danse sur le labyrinthe tracé devant l’autel ?

Aujourd’hui, on ne sait même plus pourquoi, alors que certainement ce n’était pas une cérémonie gratuite et sans fondement.

Peuple debout ! Peuple debout !

Est-ce toi, aujourd’hui, qui as pris la relève sur les places et autour des ronds-points, qui t’es mis à danser autour de ces modernes totems ?

Sans doute les temps sont-ils venus.

Jean-Claude Cousin,

babelouest

Le Grand Soir