La doctrine de maintien de l’ordre doit changer

, par  DMigneau , popularité : 0%

La doctrine de maintien de l’ordre doit changer

Lors de la séance budgétaire du « Conseil de Paris », nous avons voté " contre " budget de la Préfecture de Police. Nous avons dénoncé la doctrine de " maintien de l’ordre " en place aujourd’hui et demandé expressément la démission du préfet Lallement et du ministre Darmanin.

Retrouvez ci-dessous le verbatim complet de l’intervention de Béatrice Patrie.

Monsieur Le Préfet Didier Lallement, vous êtes le visage de la « Préfecture de Police ». Vous en représentez l’image.

Or, aujourd’hui, cette image est incontestablement dégradée.

Le débat sur le budget 2021 de la « Préfecture de police », n’est pas détachable de l’actualité législative brulante que nous aurons à nouveau l’occasion d’évoquer au cours de cette séance, ni du continuum qui marque l’Histoire de la police parisienne.

Dès vos premières déclarations en qualité de « Préfet de Police », vous avez adopté comme référence la figure de Gaston de Galliffet, le massacreur de « la Commune ».

En déclarant que " Pour se prendre pour Jules Vallès, il faut avoir son Galliffet ", vous avez fait le choix de vous donner pour modèle, Monsieur Lallement, l’un des officiers les plus compromis dans le massacre des « Communards ».

Vous faisiez ainsi écho aux propos du Président de la République Emmanuel Macron indiquant que " Versailles, c’est là où la République s’était retranchée quand elle était menacée ".

" Main dans la main " vous avez mis vos pas dans les pas de ceux qui ont mis fin à « la Commune de Paris », par la « Semaine sanglante » où plusieurs milliers de Parisiennes et de Parisiens ont été exécutés.

On rappellera que parmi les revendications des « Communards », figuraient la séparation de « l’Église » et de « l’État », ou encore l’instruction publique laïque et obligatoire.

Ce choix de faire cette référence politique, à un régime qui a fait la guerre à sa propre population nous ramène à une histoire plus récente.

Adieu Grimaud, bonjour Papon : j’exprime le vœu que ce ne soit pas là un autre symbole de votre philosophie, Monsieur le « Préfet de Police ».

Faut-il rappeler que Maurice Papon, après avoir déporté des milliers de juifs à Bordeaux, était à la tête de la « Préfecture de Police » de 58 à 67 ?

Après les exactions commises contre les manifestants du FLN en octobre 1961 et à Charonne en 1962, la violence de la police à l’encontre des manifestants semblait devoir " céder le pas ".

La doctrine du Préfet Grimaud, élaborée pour faire face à la jeunesse de 68 établissait que : " Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux police pour y être interrogés. "

Monsieur le Préfet Lallement, vous avez indiscutablement rompu avec cette doctrine.

Il ne s’agit plus d’éviter l’affrontement. Pour vous, l’heure est au " contact ".

Symbole de ce changement de doctrine : la création controversée des " Brav-M ", une unité de police à moto qui peut se faufiler dans les manifestations et qui n’est pas sans rappeler " les voltigeurs ", brigade dissoute après la mort de Malik Oussekine.

La loi « Sécurité globale » vient aujourd’hui compléter cet arsenal en organisant une incontestable surenchère sécuritaire :

- Surveillance généralisée de l’espace grâce à des drones dotés de caméras,

- Fichage en direct des manifestants grâce aux " caméras-piétons " dont seront équipés les policiers,

- Organisation de l’impunité policière avec ce désormais fameux " article 24 " interdisant la diffusion d’images de policiers en intervention avec - au passage - une nouveauté juridique : la pénalisation de la seule intention.

On ne sait plus où donner de la tête tellement le bilan sécuritaire est impressionnant : répression violente du mouvement des " Gilets Jaunes " et des manifestations que suscite immanquablement la politique anti-sociale du gouvernement, stigmatisation du culte musulman, et j’en passe.

Plus récemment, la France entière s’est émue de l’évacuation violente d’exilés place de la République.

Dans la foulée de cette évacuation, j’évoquerai également le " nassage " de journalistes et d’élus parisiens, dont certains adjoints, empêchés par les " forces de l’ordre " d’accéder au parvis de l’hôtel de ville.

Quelles justifications avancez-vous ?

Cette restriction de la liberté de circulation des élu.es n’est ni plus ni moins qu’une atteinte grave à la démocratie. Elle demeure, bien évidemment, sans commune mesure avec ce qui est arrivé à Michel Zecler, producteur de musique victime d’un " passage à tabac " de la part des policiers du commissariat du 17e arrondissement.

Monsieur le « Préfet de Police », vous avez accordé aux policiers auteurs de ces actes le bénéfice de la " protection fonctionnelle ".

Pour votre part, vous n’échapperez pas au contrôle démocratique qui fonde notre mission d’élus.

Vous sollicitez notre approbation par un vote engageant la collectivité parisienne, à déléguer des crédits sous votre responsabilité.

Nous ne pouvons aujourd’hui vous accorder cette confiance tant nous réprouvons la politique de " maintien de l’ordre " à Paris.

Votre défiance envers les droits les plus fondamentaux étant totale, notre confiance ne peut vous être accordée.

Vous l’aurez compris : nous ne voterons pas le budget que vous nous présentez aujourd’hui.

Quelques observations néanmoins.

Si vous menez avec zèle certaines des missions qui vous sont confiées, il est pourtant une bataille que vous ne semblez pas pressé de mener : c’est celle de la réforme de fond de la « Préfecture de police » pour lequel vous avez été expressément mandaté.

La « Préfecture de Police » aura à mettre en œuvre dans les mois qui viennent la réforme nationale des titres de séjour. Il a été choisi de s’appuyer sur un nouvel outil numérique, appelé « Administration numérique des étrangers en France » (ANEF).

Depuis l’automne, les étudiants doivent déjà passer par une plateforme numérique pour pouvoir déposer une demande de titre de séjour. Ce passage au " tout numérique " suscite pour nous incompréhension et inquiétude.

Dans notre capitale, ville d’accueil et de mixité culturelle, de nombreuses Parisiennes et de nombreux Parisiens ne sont pas nés " français ", et doivent pouvoir faire valoir leur droit au séjour.

Le chemin administratif est déjà aujourd’hui un " parcours du combattant ".

Qu’en sera-t-il lorsque tout ce qui peut l’être SERA " dématérialisé " ?

Nous ne parlons pas d’un morceau de papier. Nous n’évoquons pas le renouvellement d’un permis de conduire, ou d’une " carte grise ". Il ne s’agit pas ici de " cocher " une case administrative.

Il est question ici de démêler des parcours de vie complexes.

Alors, s’agit-il de faire " des économies de bout de chandelle " sur le dos des migrants ou à réduire de fait le nombre des bénéficiaires de titres de séjour en complexifiant volontairement leurs démarches ?

Les élu.es communistes, comme nombre d’associations parisiennes, seront vigilants quant aux modalités d’applications et aux conséquences de cette réforme.

Je tiens également à appeler votre attention et à faire part de notre vigilance.

Nous examinons aujourd’hui le budget de la « Brigade des sapeurs-pompiers de Paris », corps militarisé, héritage de Napoléon.

Les pompiers parisiens, dont nous saluons ici régulièrement à juste titre la compétence et le dévouement, ont la particularité de ne pas être épaulé par des bénévoles comme c’est le cas en province.

Ce particularisme rend d’autant plus complexe l’adaptation des effectifs en période de crise comme celle que nous sommes en train de vivre.

Les pompiers sont sur-sollicités, intervenant souvent plus de 10 interventions par jour. Nous constatons que ni les effectifs ni le matériel ne sont en adéquation avec les besoins.

Nous votons un budget important de 20 millions, dédié à la rénovation des casernes de pompiers, dont certains bâtiments sont vétustes et dégradés.

A cet égard, il est un point sur lequel nous exprimons nos exigences : La BSPP reste très peu féminisée. Or, lorsqu’une profession s’ouvre à la parité, parmi les premières questions à régler, figure la question des locaux, celle des sanitaires, des vestiaires, des chambres.

Force est de constater qu’à Paris, certaines casernes ne sont en rien adaptées aux besoins liés à la mixité, et même sont dans l’impossibilité d’accueillir des femmes.

Nous souhaitons en conséquence que les rénovations qui seront menées intègrent nécessairement cette dimension.

Par ailleurs, je souhaite évoquer à la faveur de ce débat budgétaire l’affaire " Julie " qui a défrayé la chronique judiciaire dans la dernière période.

Nous ne pouvons qu’être bouleversés par le visage de cette jeune Julie, en fauteuil roulant après s’être défenestrée, murée dans sa solitude, confrontée à une parole qu’on ne croit pas et qui dit le viol dont elle dit avoir été victime de la part de 17 sapeurs-pompiers, dont des pompiers parisiens.

Nous le savons bien. Aucun milieu, aucune classe sociale ne sont épargnés par les violences faites aux femmes : ni le sport, ni la culture, ni la politique.

Les pompiers ne font pas exception. La semaine dernière, le directeur du « SDIS 43 », a été mis en cause par la justice pour proxénétisme aggravé.

Nous souhaitons donc vous demander si une enquête administrative a été ouverte suite à la mise en cause par la justice de pompiers parisiens, et si des sanctions internes (suspension ou autres) ont été envisagées ou adoptées ?

Plusieurs questions se posent encore : sur les dispositifs d’alerte sur lesquelles les femmes et les hommes pompiers peuvent s’appuyer en cas de violences, de quelle formation disposent les pompiers, souvent les premiers intervenants sur place suite à un appel d’urgence, pour détecter et accompagner les victimes de violences sexuelles ?

Vous le savez, les communistes n’ont de cesse de dénoncer toutes les violences quelles qu’elle soient, et quel qu’en soit l’auteur.

Pour cette même raison, depuis les bancs de ce « Conseil », et dans les manifestations aux côtés des Parisiens et des Parisiennes, les élu.es communistes n’ont eu de cesse d’exiger l’interdiction des LBD, de défendre la liberté de manifester sans entrave, et de dénoncer les " contrôles aux faciès ", (particulièrement nombreux cette année dans le cadre du contrôle des attestations de déplacement lors des confinements).

Je le disais en commençant : Les violences policières ont durablement abimé le lien de confiance entre les " forces de l’ordre " et la population, pourtant nécessaire à l’exercice des libertés fondamentales dans notre pays.

Nous n’abandonnerons cependant pas notre combat en faveur d’une police nationale de proximité, formée et aux moyens conséquents après la saignée du quinquennat " sarkozyste " et la suppression de 12 500 postes qui n’ont jamais été à ce jour totalement compensée.

Face à l’incapacité de « l’État » à garantir la sûreté et à assurer la tranquillité publique, la Maire de Paris a fait le choix de la création de la « Police municipale ».

Vous connaissez l’opposition de principe des communistes et qui a été rappelée ce matin par notre président, Nicolas Bonnet Ouladj. Je ne reviendrai pas sur le " véhicule législatif " qui place la future « Police municipale » parisienne dans un dangereux " continuum " public/privé.

Mais au moins je forme le vœu que cette police dont nous assumerons la tutelle politique et que madame la maire veut " paritaire " et proche des parisiens et parisiennes... OUI !! je forme le vœu que cette police restaure ce lien de confiance avec la population indispensable dans une conception républicaine à laquelle nous sommes plus que tout attachés.

GCC,

" Groupe Communiste et Citoyen " au « Conseil de Paris »

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