La dévaluation du yuan, symbole d’une Chine en panne

, par  DMigneau , popularité : 64%

La dévaluation du yuan, symbole d’une Chine en panne

En laissant filer le yuan deux jours de suite pour tenter de relancer sa croissance, Pékin a clairement donné des indices d’un très net ralentissement de son économie.

" L’usine du monde " aurait-elle fait son temps ? Lundi, le géant taïwanais Foxconn, fabricant d’à peu près tous les smartphones de la planète (Apple, Sony, Motorola, LG, HTC), qui emploie un million de personnes en Chine, annonçait vouloir investir 5 milliards de dollars et ouvrir 12 usines en Inde, dans les années à venir. Une nécessité pour faire face à l’augmentation des salaires en Chine. Un coup de massue pour Pékin qui voit de plus en plus de grands producteurs étrangers délocaliser leur production vers l’Inde ou l’Asie du Sud-Est.

Le même jour, la Banque populaire de Chine annonçait sa décision de dévaluer le yuan de 2 %. Une opération renouvelée le lendemain. Pendant deux jours, de façon déguisée, Pékin a donc laissé filé sa monnaie pour appuyer les exportations et tenter de redonner un peu de souffle à une économie en souffrance. La plus importante dévaluation connue par le yuan depuis 20 ans. Les deux informations n’ont, a priori, rien à voir mais leur simultanéité en dit long sur la période économique difficile que traverse la Chine.

L’ Empire du Milieu pourrait connaître, en 2015, la croissance la plus faible de ses 25 dernières années et dépasser à peine le seuil des 7 %, selon les statistiques officielles. Selon l’ancien premier ministre Wen Jiabao, si le taux de croissance descend en dessous de 8 %, le système est en danger car il ne peut plus absorber les nouveaux diplômés et les migrants. Le parti devrait alors faire face à des troubles sociaux et politiques. D’autant plus que les chiffres de croissance annoncés par le parti ne correspondent à aucune réalité. Selon Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis et connaisseur de l’économie chinoise, la croissance du PIB chinois serait de l’ordre de « 1 à 2 % » par an.

Pénalisées par le niveau élevé du renminbi (en particulier face à l’euro et au yen), les exportations chinoises se sont effondrées de plus de 8 % sur un an en juillet et la dévaluation est la seule marge de manœuvre dont dispose aujourd’hui Pékin pour tenter de redonner un peu de vigueur à son économie.

Mais la décision de Pékin comporte aussi un volet plus politique.

La Chine a entamé une longue marche en dévaluant deux fois de suite sa monnaie : celle de l’internationalisation du yuan. Le processus par lequel le yuan pourra être utilisé en dehors des frontières de la Chine continentale par les non résidents est désormais enclenché. L’objectif est clair : contrebalancer la domination du dollar dans le système monétaire international. Une nouvelle étape vers ce que l’agence Xinhua, l’agence de presse officielle chinoise appelle parfois la « désaméricanisation du monde ». En mars 2015, Li Keqiang, Premier ministre de la Chine, demandait déjà au Fonds Monétaire International (FMI) l’ouverture de discussions sur l’incorporation du yuan dans les Droits de tirage spéciaux (DTS). La démarche est désormais enclenchée. Le FMI a d’ailleurs jugé cette étape positive.

Reste que la Chine a choqué les marchés, inquiets de voir resurgir le spectre d’une guerre des monnaies : « Le won est tombé à son niveau le plus bas depuis 2012 et le dollar taïwanais est à son niveau le plus faible depuis cinq ans. La Chine est la dernière économie majeure à rejoindre une guerre des monnaies qui s’est déclenchée à la suite de la décision du Japon de dévaluer le yen » écrivait mardi le " South China Morning Post ". Toutes les bourses asiatiques et occidentales sont à la peine.

Mais pas question pour Pékin de laisser filer trop longtemps des indices d’un ralentissement important de son économie. Mercredi soir, selon le " Wall Street Journal ", la banque centrale chinoise aurait repris discrètement la main « dans un effort apparent d’empêcher une chute excessive de sa monnaie ». Un yuan axé sur le marché, mais le Parti veille encore.

Régis Soubrouillard

Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales

Marianne