La Tanzanie, une géographie menacée

, par  DMigneau , popularité : 31%

La Tanzanie, une géographie menacée

" Pour la hache, il n’y a pas de secret dans le tronc d’un arbre. "

Proverbe africain

JC BARREAU, G.BIGOT : " Au XIXème siècle, au contraire, la plupart des voyageurs étaient des géographes parce qu’ils prenaient leurs temps. Voyager implique de la patience et beaucoup de temps passé au ras des choses [...] Le vrai voyageur sait à quel point la Terre est immense. [...] Voyager implique aussi qu’il se fonde parmi les populations traversées, que l’on en partage le gîte et la nourriture [...] Le véritable voyage implique aussi l’imprévu et l’aventure. [...] Jadis voyager, c’était disparaître pour de longs mois. [...] La géographie reste l’absolue nécessité pour qui veut comprendre le monde. […] Un lycéen qui gravissait jadis les marches des Propylées de l’Acropole rêvait de cet instant depuis des années ; le touriste pressé peut n’y voir qu’un tas de pierre. "

Il y a quelque 3,6 millions d’années, les habitants d’Afrique de l’Est parcourent les plaines et traversent le site de Laetoli à proximité de la gorge d’Oldupai, dans le nord de la Tanzanie et laissent des traces de pas dans les cendres volcaniques. Elles seront découvertes en 1978 par l’archéologue Mary Leakey. Ce sont les empreintes de pied de nos plus anciens ancêtres connus, les australopithèques.

La Tanzanie d’aujourd’hui a été peuplée par des vagues de migration successives. Des peintures rupestres datant d’il y a environ 6 000 ans, ont été découvertes près de Kondoa. On pense qu’elles ont été réalisées par des clans de chasseurs-cueilleurs nomades qui parlaient une langue proche du khoisan d’Afrique centrale.

Il y a 3 000 à 5 000 ans, ils furent rejoints par de petits groupes de bergers et d’agriculteurs arrivant de l’actuelle Ethiopie. L’afflux de migrants le plus récent remonte à la période s’étalant entre le XVème et le XVIIIème siècles, lorsque des bergers transhumants venus du sud du Soudan – dont descendent les actuels Massaï – s’établirent dans le nord de la Tanzanie et la vallée du grand rift.

La Tanzanie est l’un des grands pays africains d’Afrique de l’Ouest.

L’armature topographique de la Tanzanie est constituée d’un vaste plateau cristallin précambrien cassé par le Rift oriental qui alimente le lac Victoria, deuxième lac d’eau douce du monde.

Depuis 2012, dates à laquelle ils ont été mesurés pour la première fois, les glaciers du Kilimandjaro ont perdu 85 % de leur masse. Sur la côte, le climat chaud et humide est aéré par les alizés. Le long de la Z.I.C.T., « zone de convergence intertropicale », les vents sont généralement faibles, voire nuls ; ils définissent les « calmes équatoriaux » des régions continentales et les « doldrums » en domaine océanique.

Les vents de ces régions étant très faibles, la pollinisation est assurée par les animaux. Dans l’ensemble, le climat est de type équatorial.

Cependant, la Tanzanie est marquée par une anomalie pluviométrique de la façade orientale du continent, plus du tiers du territoire est considéré comme semi-aride. Les rythmes saisonniers montrent une différence entre le nord et le sud du pays. Le premier connaît une double saison des pluies, tandis que le second est soumis à l’alternance tropicale d’une longue saison des pluies et d’une longue saison sèche.

D’autre part et surtout, à l’équateur, les rayons du soleil sont au zénith aux équinoxes. Le rayonnement solaire est donc important et régulier tout au long de l’année. Toutefois, le réchauffement du sol et de l’air est limité par la forte humidité causée par un albédo relativement important dû à la réflexion du rayonnement solaire sur la couche nuageuse.

Dans de telles conditions, les paysages et la géomorphologie sont dominés par une végétation très abondante où la canopée des forêts abrite des écosystèmes complexes et très diversifiés. Les sols gris foncé et noirs (riches en humus) ou rouge et jaunes (latéritiques et limonitiques) font l’objet d’un lessivage intense ; en conséquence, les racines des plantes se développent dans les premiers décimètres uniquement, la plupart prenant assise dans l’humus récent ou grâce à un système aérien.

Outre cela, le pays ne manque pas d’atouts.

Tout d’abord, la structure économique présente une plus grande diversité que dans de nombreux pays africains. Si l’agriculture vivrière et l’élevage représentent 32 % du P.I.B., les cultures de rente en constituent 16 %, le tourisme 16 %, les mines, le secteur de l’énergie et les industries manufacturières 17 %, permettant ainsi au pays d’échapper aux aléas des cours d’une seule matière première.

Cependant, en termes de main-d’œuvre, 80 % des Tanzaniens travaillent encore dans l’agriculture, 3 % dans l’industrie et 17 % dans les services, pointant ainsi du doigt les déséquilibres importants de productivité entre les secteurs.

La Tanzanie est un des États les plus pauvres du monde.

La Tanzanie occupe le 159e rang pour l’indicateur de développement humain (I.D.H.) en 2007. La criminalité et les comportements déviants sont en augmentation réelle face à une insécurité sociale croissante liée au délitement des systèmes coutumiers d’entraide et des contrastes de richesse de plus en plus criants.

Par ailleurs, si la croissance est au rendez-vous, le recul effectif de la pauvreté tarde : en 2005, 57 % de la population vit avec moins d’un dollar par jour et 44 % de la population souffrirait périodiquement de sous-nutrition.

De plus, depuis vingt ans que la déforestation touche la Tanzanie, la température y a crû de 3 degrés et les pluies ont diminué de 20 %. Aux pieds du Kilimandjaro et sur ses pentes poussent de grands arbres qui eux-mêmes couvent des caféiers et des bananiers. Ce système traditionnel de culture, appelé méthode Chagga, fait vivre plus d’un million de personnes.

Mais dans les années 1990, le cours du café s’est effondré et les habitants se sont tournés vers le commerce du bois. Les journalistes David Castello-Lopes et Luc Ihaddadène ont réalisé dans le pays un reportage pluri media qui pointe les conséquences de cette déforestation. Des milliers d’hectares ont été arrachés, transformant des forêts entières en désert. La température a crû de trois degrés, les pluies ont diminué de 20 %.

Andréa Poiret

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