LIDL DES JEUNES

, par  DMigneau , popularité : 28%

LIDL DES JEUNES

Martial Bouilliol a travaillé pendant 20 ans dans l’univers de la grande distribution avant de se consacrer à l’Éducation Populaire. Il revient aujourd’hui sur la réponse de Lidl aux critiques formulées dans l’émission d’Elise Lucet, " Cash Investigation " qui a été diffusée mardi sur France 2 et qui révèle des pratiques de management abusives au sein de l’enseigne.

Cela fait quelques jours que l’émission a été diffusée et je dois dire ma surprise face aux nombreuses réactions d’indignation. J’ai le sentiment étrange de voir un nombre de personnes de plus en plus important et qui plus est, de nombreux salariés de la distribution, s’indigner des pratiques de Lidl, un peu comme s’ils n’en avaient jamais eu conscience.

Pourtant, cela fait plus de 50 ans que le système fonctionne ainsi, dans un asservissement général des employés au profit d’une minorité détentrice du capital.

Ça s’appelle, d’ailleurs, le capitalisme.

Et cette idéologie fonctionne ainsi dans sa logique prédatrice.

Ces pratiques en sont consubstantielles et je m’étonne qu’une simple émission de télévision, fut-elle de grande qualité, agisse à ce point comme un révélateur, jusqu’à susciter des grèves dans certains magasins LIDL.

Je faisais part à mon entourage de mon étonnement lorsque quelqu’un m’a suggéré une explication : « Tu sais, c’est juste que chacun souffrait seul dans son coin sans savoir que l’employé d’à côté éprouvait le même sentiment. Du coup l’émission d’Elise Lucet agit non pas comme un révélateur des pratiques mais comme un déclencheur d’empathie et de solidarité. Les salariés se disent soudainement : je ne suis pas seul, ce n’est pas moi le problème bien que l’on ait essayé de me convaincre du contraire, en fait je suis victime d’une injustice et nous sommes nombreux à l’être ».

Du coup, j’ai compris comment une simple émission de télé pouvait amener un changement de regard et je me dis parfois que, bien plus que de longs discours, se sont de simples " petites étincelles " qui peuvent amener le feu de la sédition.

En revanche, ce qui m’a beaucoup moins surpris, c’est la réponse promise de Lidl, gorgée de propos lénifiants et attendus, propres d’une démarche technique dénuée de toute humanité.

Je me permets aujourd’hui de la commenter point par point.

- Concernant les extraits de l’enregistrement :

Ce que dit LIDL :

« nous les condamnons sans aucune ambiguïté. Au travers une récente enquête auprès de nos salariés, nous constatons que la perception du management au sein de notre entreprise s’améliore ".

Ce qu’il faut comprendre : C’est une rhétorique de défense classique et professionnelle :

1 ° ) L’accusé reconnait l’erreur ;

2 ° ) L’accusé promet une amélioration.

Ce processus de défense est, en général, toujours le même : la contre-attaque consiste toujours à reconnaître les excès d’un système, promettre une régulation de ce système mais sans JAMAIS REMETTRE EN CAUSE LE SYSTEME LUI-MÊME.

A l’échelle de Lidl, le pari consiste à espérer que tout sera oublié dans quelques semaines - ils ont probablement raison - et que leurs exactions pourront rapidement reprendre.

- Concernant le système de commande vocale :

Ce que dit LIDL : « Nous y avons apporté des améliorations en prenant en compte les remarques de nos collaborateurs. Nous utilisons cet outil pour améliorer la qualité de la préparation. En revanche, nous n’avons pas constaté d’amélioration de la productivité. »

Ce qu’il faut comprendre : Il ne faut pas manquer de culot pour prétendre que l’automatisation n’apporte pas de gain de productivité.

Nous savons aujourd’hui que la " robolution " permet de dégager des profits bien supérieurs. D’ailleurs, il y a fort à parier que la plupart des emplois des plate-formes logistiques disparaitront dans les 10 ans : Rapport du Sénat, Rapport " Gartner ", rapport du MIT, rapport d’Oxford, rapport de Davos, etc.

Le procédé, là encore, est classique et utilise le principe de la désinformation la plus totale, avec la croyance (parfois fondée) que plus c’est gros, plus ça passe.

- Concernant le poids des colis :

Ce que dit LIDL  : « nous continuerons à redoubler d’efforts pour améliorer le travail de nos préparateurs grâce à nos investissements au niveau matériels et équipements, la formation liée aux gestes et postures et nous travaillons à la baisse progressive du poids des colis »

Ce qu’il faut comprendre : Cette réponse est une réponse technique à un problème humain. Donc une mauvaise réponse, une réponse hors sujet. La technocratie s’est mis en branle. De mauvais conseil en RH sont intervenu, révélant au passage la vraie nature des Ressources Humaines : déshumanisée, positiviste….

Il est question de souffrance au travail, de considération, de repos, de récupération.

Pas un mot là dessus bien évidemment, aucune évocation de la pénibilité pour éviter que la problématique du salaire ne soit abordée, une réponse qui parle de matériel, de formations

Bref, une réponse totalement autocentrée dans laquelle l’humain n’a pas sa place.

Pour terminer, ce qui est probablement le plus extraordinaire dans toute cette affaire, c’est que l’on finit par voir des salariées de Lidl défendant leurs patrons sur les réseaux sociaux, sans avoir la moindre conscience de leur propre exploitation.

C’est une magnifique illustration de ce qu’est la SERVITUDE VOLONTAIRE.

La Boétie l’a théorisée, Chomsky l’a développée, Lordon continue de l’illustrer mais rien n’y fait.

L’aveuglement de certains employés par rapport à leur propre aliénation est total, au point de soutenir leurs bourreaux. Ils sont dans l’illusion d’un bonheur simulé et irréel...

Incontestablement les meilleurs avocats de LIDL.

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