L’orange mécanique, 45 ans après

, par  DMigneau , popularité : 64%

L’orange mécanique, 45 ans après

En ce mois d’avril 2016, nous fêtons les 45 ans de la sortie d’une des plus grandes œuvres de Stanley Kubrick : Orange Mécanique. L’œuvre est toujours aussi savoureuse et spéciale. Décryptage.

Affiche du film à sa sortie en 1971

Dérangeant, absurde et burlesque. Voilà de quels manières Stanley Kubrick et Malcolm MacDowell vous transporte pendant 2 heures et 10 minutes dans cette société anglaise ultra-violente. Alors oui le film est sujet a de multiples interprétations (ce qui en général démontre la richesse d’une œuvre) comme bien d’autres films du Stanley, mais on sent (à mon avis) surtout une volonté du réalisateur de faire une étude de la nature humaine au bon comme au mauvais sens du terme et de ce qui en découle à travers ce film.

Notre cher narrateur Alex Delarge, Marquis de Sade des temps modernes d’une Angleterre du XXIème siècle et sa bande déambulent dans une société futuriste. Le groupe utilise une sorte de novlangue orwelienne d’origine russe inventé par l’auteur du roman Anthony Burgess (la Nadsat). Alex et ses " drougies " sème la terreur dans cette société presque anarchique où l’autorité ne semble pas du tout efficace. Un déballage de violence et de sexe omniprésent dans les 40 premières minutes du film qui dérange le spectateur.

Les " drougies " en action

Autorité qui va vite faire son retour et deviendra un des thèmes centrales du long-métrage notamment lors du passage en prison de Alex. Ce personnage central digne d’un roman d’apprentissage que l’on déteste tant au début du film et puis qui va, finalement, nous paraître attachant et humain, voire tellement (trop ?) humain lors de la dernière scène où il retrouve sa nature.

L’immoralisme absolu du film reflète l’état d’esprit d’Alex et de sa société. Présent du début jusqu’à la fin du film, l’aspect sexuel prend une grande place durant ses deux heures.

Le meurtre commis par le personnage principal est fait avec un phallus (oui...). Même lorsque notre Alex est en prison et étudie la Bible, ce dernier ne peut s’empêcher à travers l’Ecriture sacré de penser à des scènes érotiques ou des scènes de violences ou encore même dans l’Hôpital où le médecin et l’infirmière copulent au réveil d’Alex.

Le réalisateur américain peint une future société où tout l’inconscient du monde (sexe, ultra-violence) ressort.

Le film pose question sur l’éthique humaine, au nom d’une meilleure société moins violente, l’homme doit-il troquer son libre arbitre pour une société " meilleure " en utilisant des méthodes psychologiques ?

Et surtout sur la possibilité d’une dérive totalitaire utilisé par le pouvoir : thème central dans la filmographie de Kubrick. Le risque de devenir une orange mécanique. Naturel à l’extérieur et mécanique à l’intérieur comme Alex Delarge qui ressent la nausée lorsqu’il entend son si chère Ludwig Van ou lorsqu’il est tenté par l’ultra-violence après avoir subi le traitement.

Doit-il alors se déshumaniser au profit de la société et d’oublier sa nature (la violence et l’amour du beau qui est illustré par la musique de ce cher Ludwig Van dans le film) ?

Le film paraît bien critique contre ce traitement " Ludovico " qui représente une sorte de traitement " MK Ultra " (programme ayant vraiment existé, crée par la CIA) visant à contrôler l’esprit des gens.

On se dit que le 7ème art n’est parfois vraiment pas loin de la réalité.

Sans oublier non plus la qualité esthétique indéniable du film (c’est Kubrick à la caméra quand même...) et la BO qui est d’un très grand niveau. Petite anecdote, la chanson " Singin’ in the rain " de Gene Kelly chanté par Alex durant le viol a été tout simplement improvisé car ce fut la seule musique que Malcolm MacDowell, l’acteur d’Alex, connaissait par cœur.

[SPOILER] La fin est sublime où l’on voit Alex Delarge retrouver sa nature et réécouter enfin son Ludwig Van Beethoven et s’imagine en train de copuler avec une femme tout nu dans la neige avec des personnages habillés comme à l’époque de son compositeur adoré.

Au-delà de tout ça, Kubrick nous fait voyager hors du temps avec ce long-métrage qui est peut-être une de ses plus grandes réalisations à vocation philosophique, politique, comique, tragique et bien sûr (voir, avant tout ?) dérangeante...

Malgré la complexité et l’aspect original de l’œuvre, le film fut le plus visionné en salle en France lors de l’année 1972. (Ceci reste tout de même à relativiser car la violence qui fit scandale à la sortie du film attira bon nombre de spectateurs)

Julien PONTIE

MediaPart