L’impact politique de l’affaire Maldonado en Argentine

, par  DMigneau , popularité : 9%

L’impact politique de l’affaire Maldonado en Argentine

Le cadavre découvert dans le Rio Chubut a pu être identifié comme celui de Santiago Maldonado. Son frère a reconnu ses tatouages et l’identification a pu être rapidement confirmée par ses empreintes digitales.

Le cadavre découvert dans le Rio Chubut a pu être identifié comme celui de Santiago Maldonado. Son frère a reconnu ses tatouages et l’identification a pu être rapidement confirmée par ses empreintes digitales.

Le corps ne portait aucune lésion apparente et, sous réserve des détails de l’autopsie, il semble donc que la victime se soit noyée ou ait été victime d’hydrocution en se jetant dans la rivière pour échapper aux gendarmes.

La réapparition soudaine du cadavre en un endroit très proche du lieu de la confrontation entre les Mapuches et la gendarmerie et qui avait déjà été inspecté trois fois peut s’expliquer de deux façons :

a) une manœuvre des gendarmes impliqués qui auraient d’abord tenté de faire disparaître le cadavre puis se seraient décidés à le faire réapparaître du fait de l’ampleur prise par cette affaire de disparition (survenue début août) ;

b) une remontée à la surface provoquée par la décomposition du cadavre, les eaux glacées de la rivière ayant ralenti le processus ;

On en saura plus lorsque l’autopsie aura livré ses conclusions définitives : les experts médico-légaux seront, en particulier, capables de dire si le cadavre a été déplacé et/ou temporairement enterré avant d’être remis dans l’eau.

Dès l’identification, le président Macri et son entourage se sont lancés dans une série d’actions visant à limiter les dommages politiques de ce décès : Macri a personnellement appelé la mère du défunt pour lui présenter ses condoléances -
le fait que le Président ait eu accès à un numéro de téléphone privé pour monter un coup médiatique a d’ailleurs choqué la famille - et le gouvernement a promis de faire toute la lumière.

En fait " d’empathie ", le gouvernement a seulement voulu réagir aux sondages lui attribuant la responsabilité principale dans la disparition de Maldonado et les lenteurs subséquentes de la police et de la justice, alors que les multiples mensonges et contradictions de la gendarmerie sont désormais dans le collimateur du juge.

Les traditionnelles collusions entre le pouvoir exécutif (tant local que provincial et national) et les dominants - ici les grands propriétaires terriens éleveurs de mouton et plus précisément le groupe Benetton qui a racheté des centaines de milliers d´hectares dans cette région frontalière de Leleque et Esquel qui a servi de cadre à mon second roman " Voyou sentimental " - au détriment des dominés protestataires est un classique de la politique argentine et personne ici n’est dupe du tournant soudain " pro-actif " pris par le gouvernement central après plus de deux mois d’obstruction, de minimisation et de dissimulation.

Le principal bénéficiaire politique - et le seul - de ce début d’éclaircissement de l’affaire est le ministre de la Justice, Garavano, qui se trouve justifié dans sa décision de nommer un nouveau juge d’instruction offrant de réelles garanties d’impartialité.

Garavano sort renforcé de sa confrontation avec la ministre de l’intérieur, Patricia Bullrich, qui a soutenu jusqu’à l’indécence les multiples bobards et fausses pistes diffusés par les autorités locales du Chubut et la gendarmerie et relayés jusqu’à la nausée par les médias du groupe Clarin.

Bullrich fera très probablement les frais du remaniement ministériel qui suivra les élections de ce dimanche.

Une autre victime collatérale de ses propres vaticinations et manipulations médiatiques est l’inepte Elisa Carrio qui soutenait il y a encore quelques jours disposer d’informations selon lesquelles Maldonado se cachait au Chili dans le but de nuire au gouvernement.

Pour ceux qui ne connaisse pas la politique argentine, Carrio occupe dans le système local le rôle de " l’imprécatrice incontrôlable ". Ses " ex-abrupto " médiatiques, son histrionisme, sa vulgarité démagogique et ses délires catho-mystiques en font un improbable compositage de Ségolène Royal, Nadine Morano et Christine Boutin - pour donner aux lecteurs français une idée du personnage - et elle est depuis déjà une vingtaine d’années une figure emblématique de la médiocrité et de la superficialité du personnel politique argentin sans que sa popularité en souffre, bien au contraire.

La calamiteuse prestation télévisée de Carrio ne l’empêchera malheureusement pas d’être élue triomphalement - elle est tête de liste et nouvelle figure de proue du " macrisme " dans la capitale ; les derniers sondages lui donnaient 49 % des voix très loin devant le pâle apparatchik péroniste Daniel Filmus - mais on peut espérer pour le bien de l’Argentine que cette désastreuse fin de campagne marque aussi le début de la fin de sa trop longue carrière politique.

Michel DELARCHE

MediaPart