L’excellence de " l’apprentissage ", une escroquerie purement « libérale » !

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’excellence de " l’apprentissage ", une escroquerie purement « libérale » !

Le 19 janvier, lors de la séance de la commission des affaires sociales de « l’Assemblée nationale » consacrée à l’évaluation de la loi " Avenir professionnel ", la majorité des députés s’est félicitée des résultats positifs apportés par cette loi pour développer " l’apprentissage ". Il est alors de notre devoir de démasquer ce système qui n’évolue que grâce au dopage financier !

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué en ce début d’année mais votre boulanger-pâtissier n’a pas le moral. Le président de la " Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie Française " tire la " sonnette d’alarme " : " Nous recherchons 10 000 pâtissiers, 8 000 boulangers et 3 000 vendeurs ".

" Le Monde " (13/01/2022)

Mais le problème n’est pas nouveau : " En 2021, la France manque de boulangers. 9 000 postes sont à pourvoir ".

" Ouest-France " (5/02/2021).

En 2020, c’était 9 790 besoins de main d’oeuvre.

Et ainsi de suite !

Alors que se passe-t-il " en boulangerie " ?

Serait-ce la faute de tous ces jeunes qui ne veulent plus travailler durement si elle manque autant de main d’oeuvre ?

Eh bien non d’après " Ouest-France " : « Les jeunes ne boudent pas ces métiers. Ils privilégient même " l’alternance ". Le point fort de " l’apprentissage " est qu’ils peuvent trouver une boulangerie près de chez eux et ont des perspectives d’être embauchés à la fin de leur formation. » !

Et là on comprend.

Le mot " perspectives " résume tout : il y a des " possibilités d’embauches " pour les apprentis en fin de formation mais aucune certitude !

S’ils arrivent à la fin de la formation

Voilà une profession qui se vante d’être la première activité formatrice d’apprentis. Elle en emploie plusieurs milliers chaque année : 30 300 apprentis en 2017, 27 000 en 2019, 24 000 en 2020, 31 230 en 2021-2022, soit près d’un apprenti par entreprise et le quart de la main d’oeuvre employée.

Et pourtant, elle n’arrête pas de se plaindre de manquer de main d’oeuvre alors qu’elle emploie plus d’apprentis qu’elle n’a de postes à pourvoir !

N’allons pas chercher bien loin les causes de ce désastre car le taux de rupture de contrat est un des plus élevés : 40 % en CAP et " Bac Pro boulanger " et en " CAP/Bac Pro pâtissier " !

Pratiquement un apprenti sur deux se voit " remercié " ou démissionne dans le courant de la formation !

Dans ce secteur, la production et " l’employabilité immédiate " prennent largement le pas sur la formation ! Ce qui engendre de gros dégâts dans la motivation d’un bon nombre de jeunes.

Une véritable honte.

C’est donc cela " l’excellence de l’apprentissage " dont le gouvernement ne cesse de se gargariser ?

Mais la supercherie est loin de s’arrêter là. Elle va gagner une grande partie de la sphère " politico-médiatique " jusqu’à l’élection présidentielle. Les " cocoricos " vont fuser, particulièrement ceux sur les chiffres. " Le Monde Des Artisans " les résume parfaitement : « Contrats d’apprentissage : record battu ! Mercredi 12 janvier 2022, Emmanuel Macron s’est félicité du nouveau bilan de " l’apprentissage ". Un bilan très prometteur puisqu’il atteint un niveau historique avec près de 700 000 contrats signés sur l’ensemble de l’année 2021. »

Même " son de cloche " de la part de la majorité des députés de la " commission des affaires sociales " de « l’Assemblée nationale » réunie le mercredi 19 janvier 2022 pour évaluer la loi du 5 septembre 2018.

Mais votre oeil averti a bien vu " l’entourloupe " : le gouvernement, relayé béatement par les médias, parle de " contrats " et non d’apprentis, ce qui n’est pas du tout la même chose !

En effet, étant donné le nombre de contrats rompus chaque année - en moyenne 30 % - le nombre d’apprentis est largement inférieur au nombre de contrats. Un apprenti licencié ou démissionnaire peut retrouver un autre contrat dans l’année vu les primes qu’engrangent les patrons et le tour est joué : 1 apprenti = 2 voire 3 contrats sur une année !

Et " cocorico " sur le nombre de…contrats !

Cette escroquerie entre " apprentis " et nouveaux contrats est tellement énorme que la DEEP (MEN) et la DARES (Ministère du travail) sont en total désaccord sur la publication des chiffres : alors que la DARES et le gouvernement annonçaient 525 600 nouveaux contrats en 2020, la DEEP n’affichait que 258 845 entrants (sur cursus 1, 2 ou 3 ans) !

Vous voyez la différence entre " nombre d’apprentis " et " nombre de contrats " !

L’organisme régulateur de " l’apprentissage ", " France Compétences ", apporte d’ailleurs une information de taille : il avance 660 000 apprentis pour 2020 alors que le ministère du travail donne 525 600 nouveaux contrats pour la même année. Ce qui voudrait dire que cette année-là, il n’y avait pratiquement que des " entrants " en " apprentissage " et quasiment plus d’apprentis en 2ème et 3ème année !

Ça devient du n’importe quoi !

Une autre arnaque, que personne ou presque ne dénonce, c’est celle du financement de la formation patronale avec les deniers publics. Le déficit de " France Compétences ", régulateur financier de " l’apprentissage ", est colossal : 4,622 milliards d’€ en 2020, plus 3,4 milliards en 2021 et un déficit prévisionnel de 11 milliards entre 2020 et 2023 !

Par ailleurs, les aides exceptionnelles pour les employeurs d’apprentis (5 000 et 8 000 €) ne cessent de grimper pour atteindre 1,626 milliard d’€ en 2022 (PLF 2022) ! Avec la justification suivante : « Cette subvention exceptionnelle apparaît à la nécessité d’assurer le financement et le développement de " l’alternance ". Car " l’apprentissage ", dans le contexte actuel, est considéré comme constituant un vecteur important d’insertion professionnelle des jeunes dans l’emploi. » (PLF 2021).

La loi " Liberté de choisir son avenir professionnel " de Macron-Pénicaud ayant " libéré " le marché de " l’apprentissage ", les branches professionnelles ouvrent des « Centres de formations d’apprentis » à foison, sans aucun contrôle, le nombre d’apprentis gratuits explose…mais tous les errements du système sont pris en charge par « l’Etat » !

Énorme ! Il ne faut pas s’étonner après que " l’apprentissage " devienne " l’excellence " et la " voie royale " pour nombre de ces " humainstes " !

Et à ce petit jeu de " l’argent public qui ruisselle sur les entreprises privées ", le " pompon " est décroché par les milliardaires du « CAC 40 » qui ont sauté sur cette occasion de s’enrichir encore plus avec la main d’œuvre gratuite, sans aucune contrepartie : «  Treize entreprises du " CAC40 " s’engagent à augmenter de 50 % le nombre d’apprentis. Le document a été signé par les PDG de " Carrefour " et " Danone ", du groupe hôtelier " AccorHotels " et du groupe d’assurances " Axa ", des banques " BNP Paribas ", " Crédit Mutuel Alliance Fédérale ", " Crédit Agricole ", des géants de l’énergie " Engie " et "Veolia " ou encore des entreprises " Korian ", " Orange ", "Schneider Electric " et " Sodexo ".  »

Le résultat : près de 100 000 apprentis recrutés dans les entreprises du « CAC 40 » dont 8 000 chez " Carrefour ", 5 000 chez " LVMH ", " Engie " et " Orange ", 2 000 chez " BNP Paribas " et " Vinci ", 1 000 chez " Axa ", 830 chez " l’Oréal "…

Un tout petit rappel : « Le montant total des bénéfices, à l’échelle des 37 firmes ayant publié leurs résultats, dépasse 58 milliards d’euros entre janvier et juin 2021, contre 44 milliards d’euros pour la période correspondante de 2019, soit une progression de 32,9 %. » (" Tradingsat ")

Pourquoi se priver ?

Et pourquoi embaucher dès lors en CDI si la main d’œuvre précaire est offerte par « l’Etat », sous les applaudissements de la quasi-totalité des médias, détenus par ces mêmes milliardaires ?

L’escroquerie de " l’apprentissage " se fonde essentiellement sur des " éléments de langage " et de propagande.

Dans leur grande majorité, les Français n’y voient " que du feu ". Quand un peuple ne va pas bien, on peut lui faire avaler n’importe quoi - ou presque - d’autant plus si on lui parle de ses enfants, de leur avenir mirifique, d’un peu d’argent qui rentre, " d’excellence ", " d’eldorado " et de " voie royale " !

Certes des jeunes s’en sortent de manière satisfaisante, et heureusement, mais c’est la partie immergée de " l’iceberg ", celle qu’on nous montre sur les cartes postales " touristiques " !

Pour le reste c’est l’omerta !!!

Vous l’avez bien compris, dans le système « libéral », rien n’est trop beau pour " l’apprentissage ".

L’argent de « l’Etat » coule à flots, au détriment de l’enseignement professionnel sous statut scolaire et donc du service public, qui se trouve dépouillé de la " taxe d’apprentissage " et fragilisé de l’intérieur à travers les différentes réformes.

Il a ainsi perdu 23 000 élèves en 5 ans !

L’offre de formation des CFA, qui est " libéralisée ", s’accroit chaque jour au détriment de celle des « Lycées Professionnels » et des EREA. C’est ainsi que dans l’académie de Bordeaux, nous avons recensé une quarantaine de CAP - dont ceux de boulanger et de pâtissier - qui ne se font qu’en apprentissage !

Comme on dit, " la boucle est bouclée " !

Christian SAUCE

Nasr LAKHSASSI

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