L’embrouille bavarde et convenue de Macron

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’embrouille bavarde et convenue de Macron

Jeudi, le président a livré son retour et ses annonces issus du " débat " mis en place suite au mouvement des " Gilets Jaunes ". Plus de deux heures d’intervention pour un discours qui se voulait plus ouvert à l’égard des souffrances des " Gilets Jaunes ", mais qui, sur le fond des annonces, montrait un manque d’écoute assez stupéfiant et un recours aux vieilles pratiques de ses prédécesseurs.

Derrière les mots, le profond refus d’écouter

Bien sûr, Macron s’était préparé et s’était probablement fixé l’objectif de combattre l’image d’un " président des riches ". Il en a donc fait beaucoup sur " sa rencontre " avec les Français, sa " prise de conscience " des difficultés des uns et des autres, et notamment des " mères célibataires ". Mais " la ficelle " était probablement un peu grosse : des personnes aussi différentes que Natacha Polony ou Catherine Nay sur " Europe 1 " soulignent que cela montrait aussi que le président était profondément déconnecté.

Au global, cette conférence de presse n’a pas suscité un grand enthousiasme, jusque dans les médias pourtant acquis, comme " Europe 1 ", ou " France Télévisions ", revenu sur ses approximations

Beaucoup de raisons à cet échec, qui font de Macron l’héritier de Hollande et Sarkozy.

D’abord, sur la forme, cette triangulation grossière et pas crédible.

Parler de frontières quand on est le premier défenseur de leur absence, parler de la France après avoir dit qu’il n’y avait pas de « culture française » ou évoquer ce qui semble être une politique industrielle après avoir laissé faire le dépeçage de nos fleurons est profondément ridicule et rappelle Hollande qui se voulait " l’ennemi de la finance " tout en la courtisant à Londres ou Sarkozy et ses multiples contradictions.

En outre, le président a refusé toutes les principales idées des " Gilets Jaunes " : le RIC, le retour de l’ISF, ou n’y a simplement pas répondu.

D’ailleurs, les " mesures " annoncées ne sont pas incroyables. Elles ont souvent un petit goût de synthèse " hollandienne ". Sur les institutions, Macron a replacé son vieux projet déjà annoncé d’instauration d’une " dose de proportionnelle " et de réduction du nombre d’élus, tout en refusant la reconnaissance du « vote blanc » ou l’instauration d’un RIC, proposant une " réformette " du RIP en compensation.

Si la réindexation des retraites sur l’inflation est positive, après cinq années de stagnation et de perte de « pouvoir d’achat », aggravé par la hausse de CSG, c’est juste un retour à la normal

La baisse de l’impôt sur le revenu est profondément " hors sujet " et oublie les 50 % de Français qui ne le paient pas.

Enfin, l’annonce sur la décentralisation sent " le réchauffé " et la création d’un « Conseil de défense écologique » ressemble à un gadget tant le sujet nécessite des expertises pointues

La suppression annoncée de l’ENA était probablement destinée à faire « waouh », mais elle fait surtout démagogique.

Enfin, les indications peu claires sur l’évolution du nombre de fonctionnaires donnent l’impression d’un « en même temps » irréalisable très « ancien monde ».

Les nombreuses approximations ou contre-vérités, toujours dans le sens de l’histoire que Macron veut raconter, notamment sur le temps de travail des Français, achèvent de confirmer que le président n’a pas écouté et ne fait que de la communication.

Car finalement, ce n’était que cela : un immense exercice de communication totalement artificiel, dans le but d’assurer un score décent à sa liste pour les élections européennes, d’où les clins d’œil appuyés à l’électorat des " Républicains ", où il y a plus à aller chercher, sur l’immigration, la France, la baisse de l’impôt sur le revenu.

Mais ce faisant, c’est un hors-sujet complet pour les " Gilets Jaunes ".

Laurent Herblay

AgoraVox