L’écologie : de droite, de gauche, " ni de droite ni de gauche " ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’écologie : de droite, de gauche, " ni de droite ni de gauche " ?

Les partis historiques de droite comme " de gauche " ont définitivement coulé. " L’écologie " de Yannick Jadot, comme il est d’usage aujourd’hui quand on veut gagner des élections, se dit donc " ni de droite ni de gauche ". Mais quelle vision de l’écologie porte ce prétendu " dépassement " de la vieille alternative " droite/gauche " ?

Les partis " historiques " de droite comme " de gauche " ont définitivement coulé. " L’écologie " de Yannick Jadot, comme il est d’usage aujourd’hui quand on veut gagner des élections, se dit donc " ni de droite ni de gauche ".

Cette expression qui lui permettait (d’après ses propres dires) de " se distancier " des partis traditionnels " de gauche " et de droite, tous aussi productivistes les uns que les autres, finit par le faire tomber dans la même rhétorique " centriste " que " les marcheurs ".

En effet, en reniant l’héritage des penseurs communistes et anarchistes et en se contentant d’évoquer " la justice sociale " après avoir vanté les mérites de « l’économie de marché » le discours se lisse pour ne laisser " libre court " qu’au traditionnel dégueulis libéral.

Quelle vision de " l’écologie " porte ce prétendu " dépassement " de la vieille alternative « droite/gauche » ?

Le " ni gauche, ni droite " appelle à une gouvernance qui ne soit plus " idéologique " mais purement " technique ".

Une idéologie se discute ; un problème technique se règle avec des personnes compétentes.

La " fin de l’idéologie " est donc la fin des discussions. Chez Macron, cette démarche est tout à fait claire : on prétend agir sans idéologie, par pragmatisme. Il faut bien faire les réformes, car c’est une nécessité rationnelle.

Concernant les problèmes environnementaux, le " ni gauche, ni droite " a donc la même caractéristique : les problèmes ne seront pas discutés, débattus, ou combattus. Ils seront " résolus " par une coalition de techniciens, de bureaucrates et de " scientifiques ".

Il s’agit, de fait, d’une gestion autoritaire, car pour donner le pouvoir décisionnel à une technocratie, cette gestion nie la politique dans son essence : un processus où les décisions sont prises par ceux qui habitent une commune ou une région.

En somme, pour empêcher la catastrophe de se poursuivre, il faudrait confier le pouvoir à ceux-là mêmes qui l’ont causée et qu’ils utilisent les mêmes méthodes pour réguler la nature que celles qu’ils utilisent pour réguler l’économie.

Cette logique technocratique en écologie est loin d’être l’apanage du " ni droite ni gauche " puisque, avec son habitude de la " planification étatique ", des dérives similaires se retrouvent à « l’extrême gauche » : plans quinquennaux pour la réduction du " budget carbone ", pour le " 100 % énergies renouvelables ", etc., toujours accompagnés d’un argumentaire sur la création d’emplois et les points de PIB que la transition apportera " merveilleusement ".

On l’aura compris, nous ne pensons pas que l’écologie soit " ni de droite ni de gauche ", mais pour autant, nous ne pensons pas non plus que l’écologie soit de " gauche ", en tout cas pas d’une gauche parlementaire et autoritaire.

Car, au fond, tout ce langage continue de situer la politique autour d’une alternative « droite/gauche », c’est-à-dire autour du fonctionnement routinier d’une démocratie " représentative ", avec des partis qui sont en concurrence pour le gouvernement du pays.

Nous ne croyons pas que des partis ou des gouvernements puissent aujourd’hui " changer le monde " et arrêter le désastre. Il faut à tout prix sortir la politique de l’idée d’une gestion de la crise " par le haut ".

Ce serait confier notre avenir écologique à des Etats autoritaires qui tenteront quelques aménagements économiques pour donner l’illusion d’agir, alors qu’ils sont coincés, par leurs investissements, par leur endettement, par leurs propres lois et traités, au sein d’une économie mondiale extrêmement destructrice.

Situer la politique dans la démocratie " représentative ", c’est oublier que le monde politique est bien plus riche, qu’il commence chez nous et " en bas de chez nous ".

La réappropriation et la transformation " par le bas " des lieux où nous vivons, où nous travaillons, où nous habitons, est le principal objectif d’une écologie véritable, qui n’a pas le temps d’attendre des réactions du gouvernement ou de la « communauté internationale ».

Toutes les fois où nous allons dans les ZAD, où nous bloquons l’économie, où nous cultivons notre potager, où nous squattons des immeubles, où nous organisons des réseaux de solidarité et d’entraide parallèles, nous faisons beaucoup plus pour l’écologie qu’en votant.

Soustraire un territoire à « l’économie » - ou aux Etats - et le rendre à ses usagers, c’est chaque fois une révolution locale qui se joue et qui sert d’exemples à des centaines d’autres (ZAD, ronds points, Chiapas, Rojava).

L’écologie n’est pas de droite, pas " de gauche ", et encore moins " ni de droite ni de gauche ".

Elle est révolutionnaire.

Désobéissance Ecolo Paris

MediaPart