L’eau est la vie

, par  DMigneau , popularité : 36%

L’eau est la vie

L’eau est la vie, or la vie est sacrée et ne devrait pas être commercialisée.

Le 4 avril dernier, le pipeline « Dakota Access » a perdu 84 gallons d’huile de schiste - la contenance d’une baignoire - à une station de pompage dans le comté de Spink, Dakota du Sud, à environ 150 km au sud-est du site des campements de protestation des Sioux de Standing Rock devenus célèbres en 2016 pour leur opposition au passage de l’oléoduc sous un lac.

Le département de l’environnement et des ressources naturelles du Dakota du Sud n’a pas fait état des faits parce que le ministère ne publie un communiqué de presse que lorsqu’une fuite détectée menace directement l’eau potable, la pêche ou la santé publique.

Il a enregistré l’incident dans sa base de données, mais le déversement de pétrole n’a pas été connu du public pendant plus d’un mois, jusqu’à ce qu’un journaliste local, Shannon Marvel, lève le voile sur le pot aux roses mercredi, sur le site " Aberdeennews.com ".

Même si elle est relativement mineure, la fuite démontre le risque de défaillance technologique et humaine inhérente aux pipelines de pétrole brut. Il y a seulement quelques mois, le 5 décembre 2016, un propriétaire terrien du Dakota du Nord a découvert une importante fuite de pétrole non détectée de 670 000 litres de pétrole polluant un ruisseau à 230 km au nord de Standing Rock.

Un mois plus tard, plus au nord, dans la province de l’Ouest canadien de la Saskatchewan un pipeline a laissé échapper plus de 200 000 litres de brut sur des terres de la « Première Nation Ocean Man ». Tout comme les indiens, les éleveurs et les écologistes ont déclaré à plusieurs reprises que la question n’est de savoir si les pipelines vont fuir, mais et quand.

Comme Donald Trump et l’industrie pétrolière se préparent à lancer d’autres pipelines à travers les États-Unis, on peut s’attendre à ce que la presse explique que les pipelines sont plus sûrs que les trains pour le transport du brut et que l’indépendance énergétique d’un pays exportateur de pétrole est primordiale pour ses intérêts économiques et sa sécurité nationale.

Les marchands de pétrole diront qu’il ne faut pas s’inquiéter et que les avantages des pipelines dépassent de loin leurs inconvénients.

Pour eux, en effet, les avantages sont clairs en matière de profits économiques ! Mais ce ne sont pas eux qui subissent les inconvénients.

Le pipeline Dakota Access qui fuit déjà, avant d’être opérationnel, menace l’approvisionnement en eau d’une communauté où 41 % des citoyens vivent dans la pauvreté.

Dans Standing Rock, les maisons, les écoles et les hôpitaux équipés sont peu nombreux, mais un tuyau tout neuf de 3,8 milliards de dollars (c’est-à-dire 1 milliard de dollars de plus que l’ensemble du budget du Bureau des Affaires Indiennes) est maintenant enfoui dans le sol.

À tout moment, une fuite peut contaminer l’approvisionnement en eau de Standing Rock et les 17 millions de personnes en aval, sur la rivière Missouri.

Ce que les élus pensent vraiment quand ils disent que le pays a besoin de pipelines pour parvenir à une « indépendance énergétique », c’est que dans la poursuite obstinée des dernières gouttes de la richesse pétrolière de la planète, certains êtres humains sont aussi « consommables ».

À court terme, il s’agit des communautés indigènes, des éleveurs et des travailleurs obligés de vivre sous la menace constante d’une pollution majeure. À long terme, les « consommables » seront toutes les générations futures condamnées à vivre sur une planète brûlée par des gaz à effet de serre.

Modifier les tracés des pipelines pourrait protéger quelques « consommables » à court terme, mais cela ne peut pas sauver la planète et ses peuples à long terme. Pour protéger la planète et les générations futures d’un monde surchauffé par les combustibles fossiles, il faut être solidaires des indiens, des éleveurs et des écologistes contre les pipelines.

Quelques dizaines de gallons d’huile qui jaillissent d’une pompe dans le Dakota du Sud ne prouvent pas seulement que les « protecteurs de l’eau » ont eu raison de se battre. Un monde meilleur est possible et nécessaire, mais il faut agir et non pas rester les spectateurs d’une catastrophe annoncée.

Jeussey de Sourcesûre

AgoraVox