L’agora numérique, une zone franche qui fait débat

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’agora numérique, une zone franche qui fait débat

Considérations sur la participatif, sur ce qu’est cette " agora numérique " où tout et son contraire peuvent être exprimés sans a priori, sans modération. Le droit à l’expression numérique est-il un droit absolu qui devrait s’affranchir des règles élémentaires de la civilité dont le versant numérique tarderait à poindre ?

Un billet " Méprise du participatif " ne paraît pas avoir été entendu par tous ; pourtant, il ne dépasse pas l’entendement.

https://blogs.mediapart.fr/antoine-perraud/blog/060718/meprise-du-participatif

Sans doute que le sens de la nuance échappe à des esprits dépourvus d’esprit leur permettant la compréhension de ce qu’est " un espace ouvert à tous " et ce, sans a priori et sans modération.

Pour autant, ce billet a pour mérite d’avoir " cassé la gangue " qui entoure certaines pratiques qui n’ont de " participatives " que l’apparence, que l’écume.

Dans un autre domaine, Pierre de Coubertin soulignait que l’important était de participer mais bien loin de la recherche de dépassement de limites, de certitudes lorsqu’elle sont confrontées à d’autres, certaines pratiques " participatives " conduisent à un accablant constat ; certains n’ont pas de limites, n’ont pas intégré que certains codes comportementaux continuent à s’appliquer même s’il y a « dématérialisation » de l’échange.

D’aucuns peuvent bien essayer de faire comprendre sur tous les tons que toute participation à une agora, fût-elle numérique, a pour corollaire le respect de l’autre, des autres. Mais la pédagogie n’est rien et ne peut rien si le récepteur reste - ou feint - d’être imperméable à tout forme d’entendement.

Peut-on encore qualifier de " participation " les commentaires qui pourrissent les fils jusqu’à les faire dépérir par un phénomène consternant d’étouffement ?

Dans la nature, des espèces invasives, telle la renouée du Japon, se propagent. Des mesures strictes contre leur prolifération n’arrivent pourtant pas à éradiquer la mauvaise herbe, tout au plus en ralentissent-elles la propagation.

De beaux esprits auront beau jeu de rappeler qu’il est inconcevable, interdit de brider le droit à l’expression qu’a chacun. Mais comme tout droit, il a une genèse. Ce n’est pas un droit inné mais un droit acquis parfois de « haute lutte » par nos devanciers.

C’est devenu un droit absolu mais peut-il connaître des limites quand certains en font un usage inconsidéré ?

Il serait interdit de brider. Mais ce disant, de beaux esprits éclairés cautionnent des pratiques dont, tôt ou tard, ils pourraient avoir à pâtir.

Le champ de l’expression démocratique n’est pas une " zone franche " où tout est permis. Le nécessaire respect de l’expression de l’autre et plus généralement de l’expression des autres dans l’agora, espace neutre qui favorise la diversité des opinions dont la pluralité est une richesse, est-il absolu au motif que devrait prévaloir un droit personnel à une expression qui n’enrichit pas les échanges mais qui, au contraire, peut aller jusqu’à les altérer ?

Bien sûr, incriminer des pratiques isolées n’est pas une fin en soi et ne doit pas faire perdre de vue l’intérêt des échanges. Sans doute est-il nécessaire de mettre en exergue les rares lacunes d’apprentissage, de connaissance de leurs limites qu’ont visiblement certains face à ces nouveaux modes d’expressions.

Ce sont des pratiques d’autant plus débridées, échevelées, que l’anonymat relatif paraît conforter dans l’usage déraisonnable de l’expression via ce vecteur qu’est « l’internet ».

Il est certes possible d’imaginer un nouvel espace d’expression idéal et sans scories où les participants parviendrait à faire l’apprentissage des codes non écrits de la « civilité numérique ».

Cet espace n’existera sans doute pas avant longtemps.

En attendant, sans la définition et l’apprentissage de nouvelles formes de civilités, " l’agora numérique " peut continuer à offrir l’image d’un espace bien peu engageant du fait de pratiques minoritaires.

Une " zone franche " ne peut s’affranchir de la civilité, seule à même de garantir que les échanges s’inscrivent dans un climat serein pour tous.

Dans la mesure où ce billet n’est pas fermé aux commentaires, libre à chacun de participer, s’il le souhaite, pour faire part de son opinion ou d’idées permettant d’avancer voire pour exprimer un ressenti.

LTHIERRY

MediaPart