L’État du mensonge permanent

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’État du mensonge permanent

Pour plaire au Président, pour se montrer digne de confiance, pour conserver leur place, pour se défendre, les ministres bien sûr, mais aussi les préfets, les procureurs de la République, les policiers mentent effrontément, devant les caméras, devant les citoyens, les yeux dans les yeux.

Malgré les images, malgré l’évidence, Geneviève Legay n’avait eu “ aucun contact ” avec les « forces de l’ordre » ; malgré les images, malgré l’évidence, le " gilet jaune " de Besançon, matraqué alors qu’il était totalement passif, faisait “ obstruction à l’action des policiers ” et avait seulement été “ poussé ”.

Pour plaire au Président, pour se montrer " digne de confiance ", pour conserver leur place, pour se défendre, les ministres bien sûr, mais aussi les préfets, les procureurs de la République, les policiers mentent effrontément, devant les caméras, devant les citoyens, " les yeux dans les yeux ".

Les " serviteurs de l’Etat " se font serviles, inféodés à une cause qui ne correspond pas à la défense du service public.

Ils trahissent leurs fonctions.

Les mensonges s’enchaînent, se complètent, s’entretiennent, se renforcent et se supportent mutuellement. Il faut prétendre " servir la République " quand on est inféodé à une petite oligarchie, prétendre respecter « l’Etat de droit » quand les droits élémentaires sont bafoués quotidiennement, prétendre débattre en imposant des réformes contestées , etc.

Le système " macronien " s’est construit sur une imposture et il lui faut désormais « fabriquer l’opinion » grâce à la propagande et à une communication destinées à servir l’image présidentielle et une politique néolibérale qui seule a " droit de cité ".

Toute " La république en marche " et la " haute administration " sont pris dans une " lessiveuse à cerveaux " qui inhibe tout esprit critique, dans une nasse idéologique, qui entend piéger l’ensemble des acteurs et notamment les médias.

La nouvelle " porte parole du gouvernement ", Sibeth Ndiaye, une " communicante ", est une experte en la matière ; prête à tout, c’est une sorte de " ministre du mensonge ", n’avouait-elle pas lorsqu’elle était chargée des relations avec la presse à l’Elysée : “ j’assume parfaitement de mentir pour protéger le Président ” ?

Le mensonge décomplexé est finalement revendiqué comme une marque de fidélité et de soumission inconditionnelle. La politique réduite à la conquête et la conservation du pouvoir s’affirme sans nuance.

Notre Histoire quotidienne doit être écrite sous la dictée de l’Elysée.

Et, au « pays des droits de l’Homme », la violence physique vient désormais dissuader la contestation du discours et de la politique présidentielle.

Les exactions et les mensonges de la police sont systématiquement couverts par les autorités et ce sont autant d’encouragements à la répression et à de nouveaux mensonges.

C’est un cercle infernal et une formidable entrave à la « liberté de manifester » et aussi à la liberté d’expression car les journalistes sont eux-mêmes malmenés voire poursuivis lorsqu’ils rendent compte de certaines actions de désobéissance civile (lire les articles de de " Reporterre " ci-dessous).

https://reporterre.net/Macron-veut-empecher-les-journalistes-de-temoigner

https://reporterre.net/Les-photojournalistes-sont-victimes-eux-aussi-des-violences-policieres

209 enquêtes ont été ouvertes à l’encontre de policiers et gendarmes pour des soupçons de violences policières : cela pourrait témoigner d’une belle réactivité des autorités face à des manquements.

En réalité, c’est relativement peu par rapport au nombre de blessés et de traumatisés qui se comptent par milliers et il s’agit surtout de communiquer sur ce fameux “ État de droit ” et sur une prétendue exigence déontologique du ministère de l’Intérieur.

Rappeler ces enquêtes permet de masquer la couverture systématique et la complaisance des autorités vis-à-vis de dérives condamnées par des institutions internationales comme l’ONU.

Evidemment, pour l’instant, ces enquêtes n’ont débouché sur aucune sanction, sur aucune « mise en examen ». La difficulté psychologique d’investigations où des policiers doivent interroger et compromettre d’autres policiers ne facilite certainement pas l’avancement rapide des procédures. . .

Et sans doute également convient-il d’appliquer le principe de la « présomption d’innocence » pour des faits de flagrance où des policiers sont filmés en train de matraquer ou de tabasser des " gilets jaunes " sans agressivité et sans défense, on comprend que la comparution immédiate de policiers devant les tribunaux déclencherait certaines hostilités syndicales. . .

Enfin, comment toutes ces procédures pourraient-elles réellement avoir des suites quand, de la bouche même du ministre de l’Intérieur, les fautes des policiers sont “ marginales ” ?

Bientôt le Président " tirera " tous les enseignements du " Grand débat ".

Sibeth Ndiaye pourra déployer tous " ses talents " de communicante.

Jean-Luc GASNIER

MediaPart