L’Afrique s’enfonce à son tour dans l’épidémie de " Covid-19 "

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’Afrique s’enfonce à son tour dans l’épidémie de " Covid-19 "

L’Afrique a dépassé fin juillet les 900 000 cas confirmés de " Covid-19 " et quelques jours plus tard, le 3 août, elle comptait déjà 957 905 cas et 20 304 personnes décédées.

Le virus est aujourd’hui présent dans chacun des 54 pays d’Afrique.

Moins affecté - longtemps - que le reste du monde, le continent africain fait face, à une forte augmentation des cas ces trois dernières semaines. Des mesures précoces et strictes de confinement ont pourtant permis en général, dans un premier temps, de " geler " la progression de l’épidémie.

L’Afrique, qui compte 1,2 milliard d’habitants (soit plus d’un sixième de la population mondiale), ne représentait à la mi-juillet que 5,45 % des contaminations et seulement 2,8 % des décès dans le monde.

Ces chiffres étaient néanmoins trompeurs car, si on les examine de plus près, ce continent a connu, entre le 27 juin et le 2 août, une progression de 162,7 % du nombre des nouvelles infections et de 114,5 % du nombre de décès, contre respectivement 80 % et 39,5 % dans le monde.

On semble même assister ici et là ces derniers jours à une perte de contrôle des autorités sur l’épidémie.

Faisons le point sur les raisons de cette envolée des chiffres et sur la situation globale à partir de l’ensemble des données fournies, notamment par le « Centre pour la prévention et le contrôle des maladies » de l’« Union africaine ».

L’Afrique dans la tourmente de l’épidémie du " coronavirus "

Sommaire :

I° / Une zone longtemps à " l’abri " de la crise,

II° / Un " déconfinement " trop vite confondu avec la fin de la pandémie,

III° / Une surmortalité ignorée ou passée " sous silence ",

IV° / L’inquiétude à juste titre de l’OMS sur la tournure des évènements,

V° / Une situation contrastée et instable au Maghreb,

VI° / Des systèmes de santé en difficulté en Afrique Noire – ANNEXES pour en savoir plus

I ° / Une zone longtemps à " l’abri " de la crise

L’Afrique a semblé longtemps bien mieux résister que les autres continents au " coronavirus ". Le premier cas est relevé le 15 février 2020 en Égypte, deux mois après qu’il ait été identifié " officiellement " pour la première fois en Chine.

La maladie semblait y progresser partout ou presque plus lentement qu’ailleurs.

On l’expliquait alors par le climat - le virus résiste moins bien dans des conditions chaudes et sèches -, par la jeunesse de la population africaine (les formes graves étant liées à l’âge du patient), la faible densité de population jointe au fait qu’elle se déplace moins que celle des pays développés et enfin par une meilleure " protection indirecte " contre le virus du fait de l’emploi déjà courants des antipaludéens dont la chloroquine.

La suite des événements a balayé malheureusement toutes ces hypothèses. En fait, ce sont plutôt les mesures de confinement et le respect des règles de " distanciation " qui ont, dans un premier temps, surtout permis de ralentir la diffusion du virus.

II ° / Un " déconfinement " trop vite confondu avec la fin de la pandémie

Confinement / " déconfinement " au Maroc

Le confinement n’a pas pu être maintenu trop longtemps ou trop strictement dans certains pays connaissant déjà une économie fragile et où une proportion importante de la population vit " au jour le jour " dans des activités informels.

Ces mesures ont même parfois dû être levées de façon précipitée à cause des troubles sociaux.

Une bonne partie des populations ont cru surtout que le " déconfinement " signifiait la victoire définitive sur le " coronavirus ". Alors que les responsables s’évertuaient encore à mettre en garde la population contre tout relâchement dans le respect des mesures de protection (port du masque, distanciation, hygiène...), on a oublié souvent toute prudence dans l’espace public.

On constatait même, par exemple au Maroc, que les fonctionnaires ne portaient même pas, ou très peu, le masque dans certains services locaux alors qu’ils étaient pourtant censés donner l’exemple à la population !

Ces négligences pouvaient se " comprendre " parce que les populations étaient usées par le confinement et vivaient déjà dans l’angoisse d’un chômage de masse peu ou non indemnisé, comme en Europe, plus que de la peur du virus lui-même.

D’où une " explosion " ensuite du nombre de contaminations qui était malheureusement prévisible. La conséquence malheureuse de ce phénomène a été que beaucoup de ces pays n’ont pas eu le temps d’augmenter leur capacité de contrôle de l’épidémie avec la mise en place des tests et d’un traçage réellement efficaces des personnes " contacts ".

III ° / Une surmortalité ignorée ou passée " sous silence "

L’impact réel du " Covid-19 " est certainement sous-estimé dans de nombreux pays africains. On sait très bien partout dans le monde - et notamment la " communauté scientifique " - que les victimes d’une épidémie, quelque qu’elle soit d’ailleurs, ne peuvent pas être toutes comptabilisées dans les bilans quotidiens des autorités.

Seules, les statistiques de la " surmortalité " - l’excès de décès lors de la crise par rapport à la situation " normale " - permettent réellement d’établir un bilan réel.

Cela passe par une comparaison des décès hebdomadaires dans la période de l’épidémie par rapport à une valeur attendue (de décès) fondée sur la moyenne des cinq années précédentes.

Cette mesure permet également d’englober la mortalité indirecte due au " Covid-19 " provoquée par la peur de certains d’aller se soigner au moment de l’épidémie et/ou le manque de moyens disponibles pour les pathologies " classiques " mobilisés à ce moment là dans la lutte contre le " coronavirus ".

On compare ensuite ces statistiques aux résultats des bilans quotidiens (souvent établis au début sur les seuls résultats hospitaliers) pour apprécier " l’exactitude " de ces derniers.

respect des " gestes barrières " ; port du masque, " distanciation sociale ", hygiène des mains

On a vu, selon des données publiées très récemment par « l’Institut français de la statistique » (Insee), que les écarts peuvent être significatifs.

On sait maintenant que la « surmortalité » en Europe a enregistré une hausse de 50 % entre fin mars et début avril, en raison de la pandémie et plus précisément respectivement de 71 % en Espagne, 49 % en Italie, 44 % en Belgique et de 28 % en France sur l’ensemble des 8 semaines comprises entre début mars et fin avril.

En Afrique, ces analyses de la « surmortalité » font la plupart du temps défaut car les appareils administratifs sont souvent incapables de produire dans un délai raisonnable des remontées précises des enregistrements de décès.

Une exception notable, tout de même, l’Afrique du Sud où des chercheurs estiment déjà qu’environ 17 000 décès supplémentaires causés par le " coronavirus " n’ont pas été enregistrés depuis début mai dans les statistiques officielles qui s’établissent à seulement 8 800 morts !

Une meilleure connaissance de ce phénomène de « surmortalité » en Afrique serait pourtant fort utile pour le suivi de l’épidémie et, ne serait ce qu’en mémoire de toutes les victimes !

L’écart entre « surmortalité » et bilan officiel serait en tout état de cause certainement plus faible en Afrique du fait d’une beaucoup moindre proportion de personnes âgées (les victimes principales).

IV ° / L’inquiétude à juste titre de « l’Organisation Mondiale de la Santé » sur la tournure des évènements

Même si l’OMS a été abondamment critiquée ces derniers mois pour sa gestion parfois erratique des débuts de l’épidémie, on doit reconnaître, au vue des chiffres, que l’OMS alerte avec raison sur la situation actuelle en Afrique.

Le " Directeur des situations d’urgence sanitaire " à l’OMS, Michael Ryan, s’est récemment ainsi dit " préoccupé " par l’ " accélération " des contaminations en Afrique.

L’OMS prévient d’ailleurs que " le pic " de la pandémie est à venir alors que de nombreux pays ont assoupli trop vite les restrictions.

En outre, l’OMS craint que l’Afrique ne puisse vraiment " affronter " la pandémie et elle a demandé le 31 juillet aux gouvernements africains de renforcer les tests et la recherche des " contacts ".

Observons maintenant les situations locales sur le terrain au Maghreb puis en « Afrique Noire » et plus précisément portons un éclairage sur les faits marquants de certains pays (énumérés par ordre alphabétique).

V ° / Une situation contrastée et instable au Maghreb

Le monde arabe face au " coronavirus "

Alors que l’Égypte domine difficilement la situation, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont confrontés à une croissance forte des cas, ce qui contraint les autorités à revoir leurs mesures de " déconfinement " et durcir les restrictions.

En pleine saison estivale, ces pays craignent le pire.

En outre, certains experts dans le « monde arabe » avaient demandé la suppression de la fête du sacrifice, " l’Aïd " (" al-Adha ") qui avait lieu du jeudi 30 juillet à la soirée du lundi 3 août, et cela compte-tenu du contexte exceptionnel.

Rappelons que cette fête commémore la force de la foi d’Ibrahim, Abraham dans la tradition " judéo-chrétienne ", à Dieu, symbolisée par l’épisode où il accepte de sacrifier son fils Ismaël, Isaac dans la tradition " judéo-chrétienne ", sur l’ordre de Dieu.

Ces fêtes sont l’occasion de retrouvailles familiales lors de congés qui durent souvent plus d’une semaine. Ces voix n’ont pas été entendues alors que ces déplacements de population et ces retrouvailles ont certainement amplifié massivement la dissémination du virus dans la population.

Algérie

L’Algérie comptabilise 31 465 cas et 1231 décès au 2 août, soit une augmentation depuis fin juin de 148 % du nombre de nouvelles infections et une augmentation de 39 % du nombre de décès depuis la fin juin.

Plus de 3 000 professionnels de la santé ont été par ailleurs testés " positifs ".

Depuis le début du mois de juillet, le nombre officiel de contaminations par jour a doublé par rapport à juin, soit aux environs de 500 cas, contre 250 précédemment.

Nombre de médecins s’alarment publiquement de la situation catastrophique dans certains hôpitaux.

Les autorités ont reconduit, le 27 juillet, pour 15 jours supplémentaires des mesures de confinement partiel dans 29 wilayas.

Le port du masque est, par ailleurs, obligatoire dans tout le pays.

Égypte

Deuxième pays africain le plus touché, il est aussi l’épicentre de l’épidémie au Maghreb : il avance rapidement vers les 100 000 cas de contaminations officiels (au 2 août exactement 94 483 cas et 4 865 décès.

Depuis la fin du mois de mai, on relève plus de 1 000 nouvelles infections chaque jour.

Le « Syndicat des médecins », le syndicat le plus important (près de 11 000 adhérents), a mis en garde contre un " possible effondrement total " du système de santé si les autorités ne réagissent pas.

Les autorités ont pourtant pris des mesures très strictes, en imposant un couvre-feu nocturne depuis le 25 mars. Le pays a commencé son " déconfinement " seulement depuis le 1er juillet. Le gouvernement a - par ailleurs - tendance à utiliser la répression et la prison en réponse à ceux qui osent critiquer sa gestion de la crise.

Ce qui n’aide pas à la mobilisation des bonnes volontés !

Maroc

L’épidémie, qui a considérablement augmenté son rythme récemment, a obligé le gouvernement à prendre tout un ensemble de mesures restrictives.

Après des records de nouveaux cas de contamination dépassant les mille les trois derniers jours de juillet et début août, le coordonnateur du « Centre national des opérations d’urgence de santé publique » au ministère de la Santé, Mouad Mrabet, a annoncé mercredi 5 août un bilan de 1 283 nouveaux cas d’infection au " coronavirus " en 24 heures.

Le bilan global est de 28 500 contaminations et 435 morts depuis le début de l’épidémie.

Face au risque de submersion des hôpitaux, les autorités ont décidé le 5 août le maintien à domicile des cas asymptomatiques (peu âgés et ne souffrant pas de maladies chroniques) avec un suivi assuré par les médecins libéraux.

Le ministre marocain de la santé, Khalid Aït Taleb, a annoncé, le 3 août 2020, l’annulation de tous les congés pour le personnel de santé. Un délai de 48 heures a été donné à ceux déjà en congé pour regagner leurs postes.

Rappelons que le premier cas de " covid-19 " au Maroc remonte au 2 mars. A partir de là, le Royaume a ensuite plutôt bien dominé la situation en étant très réactif et en prenant les mesures là où il le fallait.

Il est d’ailleurs considéré comme le pays qui a le mieux géré la crise sur le continent africain.

Fin juin, après un confinement strict, il avait " déconfiné " par étapes en permettant la réouverture des cafés, restaurants… et la reprise du tourisme national et des déplacements interurbains.

Ensuite, la situation s’est malheureusement gâtée à la suite d’un relâchement du respect des règles de " distanciation " d’une bonne partie de la population. Les autorités ont dû alors " revoir leur copie " en interdisant, à partir du lundi 27 juillet, les déplacements de et vers huit villes du pays dont Casablanca, Marrakech, Fès et Tanger.

L’annonce de ces dernières restrictions a été faite seulement cinq heures avant qu’elles ne prennent effet et elle a provoqué des scènes de chaos et de nombreux accidents sur les routes marocaines.

De nombreux Marocains ont en effet tenté au même moment de regagner rapidement leurs domiciles, de peur d’être coincés, ou de fuir - au contraire - ces villes " en quarantaine " !

Tunisie

La Tunisie recense plus de 1 500 cas de contamination et 51 morts depuis début mars.

Le couvre-feu a été levé et le pays est sorti du confinement début mai. Les voyageurs venant de pays comme la France ou l’Allemagne ne sont plus soumis à des restrictions.

Des touristes français, allemands et luxembourgeois ont ainsi pu venir à Djerba en juillet. La Tunisie, qui s’en sort plutôt mieux que ses voisins - pour le moment - a néanmoins décidé le 27 juillet, au vu de la remontée des cas, de réimposer un isolement obligatoire de trois jours aux voyageurs en provenance de " pays à risque " et qui ne pourraient pas justifier d’un test PCR " négatif ".

" L’Afrique Noire " en lutte contre le " Covid-19 "

VI ° / Des systèmes de santé en difficulté en Afrique Noire

Cette zone connaît depuis un mois une propagation très rapide du " Covid-19 ". Le taux de mortalité par habitant reste cependant encore faible par rapport à d’autres régions, ce qui s’explique par la jeunesse de la population (plus de 60 % des habitants ont moins de 25 ans), une donnée qui a aussi masqué pendant longtemps l’étendue réelle de l’épidémie.

Quelques exemples marquants de la situation.

Afrique du Sud : L’Afrique du Sud est le pays le plus touché par le virus en Afrique et le cinquième le plus atteint au monde.

A elle seule, l’Afrique du Sud compte plus de la moitié des cas de nouveau " coronavirus " sur le continent africain. Le ministre de la Santé, Zweli Mkhize, a annoncé samedi dernier qu’elle recensait 503 290 cas. Plus de 8 800 personnes en sont mortes officiellement.

Le taux de mortalité y paraît toujours faible : 1,6 % des cas.

Des projections officielles, en tout cas, font état de l’éventualité de 40 000 à 50 000 décès d’ici la fin de l’année.

Le ministre sud-africain de la santé a annoncé également, ce mercredi 5 août, qu’environ 24 000 professionnels de santé ont été contaminés depuis mars dernier et que 181 en sont morts.

Le pays a pourtant entamé le 1er mai son " déconfinement " mais les restrictions sont encore nombreuses. Face à l’augmentation des cas, un couvre-feu de 21h00 à 4h00 est à nouveau instauré dans tout le pays depuis le 13 juillet.

Des tests sont - par ailleurs - actuellement effectués dans le pays pour la mise au point d’un éventuel vaccin.

Bénin : Le 29 juillet, le Bénin enregistre 1 770 cas de " coronavirus " dont 35 décès.

Il faut noter que le pays est " en pointe " pour imaginer des solutions pour combattre les virus. Un médecin béninois a ainsi mis en place le « Réseau d’échange entre médecins d’Afrique » (REMA) qui est présent maintenant dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest.

Cette application (déjà disponible sous " Android " et en septembre sous " IOS ") fournit aux professionnels de santé un service de collaboration médicale à distance.

Cameroun : Le Cameroun, qui n’a pas imposé de confinement strict, est le pays d’Afrique centrale le plus touché avec officiellement 17 255 cas et 387 décès, au 2 août, soit une progression de 37 % des nouvelles infections et de 23,6 % du nombre de décès en un peu plus d’un mois.

La gestion de l’épidémie a été fortement critiquée aussi bien par l’opposition au sein du pays que par les organisations internationales, y compris l’OMS.

Gestion calamiteuse et absence de rigueur ont souvent été les formules employées pour juger les mesures prises. Le chef de l’État, Paul Biya, a paru d’abord longtemps " aux abonnés absents " lors de cette crise : il ne s’est pas exprimé publiquement pendant deux mois et n’est apparu à la télévision que le 19 mai.

Ensuite, il n’y jamais eu vraiment de stratégie de lutte contre le virus clairement affirmé pendant ces derniers mois marqués par une imposition des masques tardive, une réouverture prématurée - le 1er juin - des écoles et universités, l’absence de fermeture totale des bars, restaurants et discothèques !

Guinée équatoriale : La Guinée équatoriale comptait 3 071 cas déclarés et 51 décès fin juillet.

Le président Teodoro Obiang Nguema a reçu beaucoup de critiques pour sa gestion de la crise : son pays, en effet, ne publie aucun bilan quotidien des nouveaux cas de malades et a même exigé le départ de la représentante de l’OMS pour avoir " falsifié " - selon lui - les statistiques sur le nombre de contaminations.

« République Démocratique du Congo » (RDC)

" L’Afrique Noire " dans la lutte contre le " coronavirus "

3 200 cas étaient confirmés le 29 juillet, dont 54 morts. La situation semble assez confuse dans le pays depuis le début de l’épidémie. Ainsi, en mai, un médecin, le docteur Denis Mukwege, en charge de l’épidémie dans la région du Sud-Kivu, a alerté le gouvernement sur le risque à venir d’une courbe exponentielle de cas de " covid-19 " si sa région n’est pas approvisionné en tests.

Le chef de la lutte contre le " coronavirus " de ce pays, le Dr Jean-Jacques Muyembe, s’est plaint le 20 juin de n’avoir reçu que 1,4 million de dollars depuis le début de la crise.

Le vice-ministre de la Santé, Albert M’Peti Biyombo, lui-même, a dénoncé en juillet des réseaux mafieux dans son propre ministère qui détournent l’argent destiné théoriquement à l’épidémie. Ces réseaux exigeraient des " rétro-commissions " jusqu’à hauteur de 35 % auprès des organisations bénéficiaires de ces fonds !

A Kinshasa, la capitale, les professionnels de santé chargés de la lutte contre l’épidémie ont déclenché à la même époque une grève illimitée car ils ne sont pas payés depuis trois mois !

Sénégal : La première victime de l’épidémie dans ce pays est Pape Diouf, l’ex-entraîneur de football, bien connu des français, décédé dans un hôpital de Dakar le 31 mars.

10 344 cas et 209 décès y ont été enregistrés, soit, en un peu plus d’un mois, une progression de 18,3 % des nouvelles infections et de 113 % du nombre de décès.

Zimbabwe

2 817 cas ont été déclarés au 29 juillet dont 40 morts. Le confinement a frappe durement la population qui, privée de travail, éprouve de graves difficultés à se nourrir.

Le ministre de la Santé a été démissionné début juillet. Il est soupçonné de corruption pour avoir octroyé sans procédure ad hoc un contrat de 20 millions de dollars à une société de Dubaï pour la fourniture de tests de dépistage et d’équipements de protection contre le " Covid-19 ".

A la même époque, des infirmiers en grève manifestait devant l’hôpital de la capitale, Harare, pour obtenir des hausses de salaires !

Enfin, le quasi effondrement du système de santé du pays s’est clairement vu le week-end dernier avec la diffusion d’images de sept nourrissons morts à l’hôpital public de Harare en raison sans doute des pénuries de toute sorte dans cet établissement.

Signalons enfin deux cas atypiques et plutôt " pitoyable ".

Le président de Madagascar, Andry Rajoelina, s’évertue à vanter les vertus d’une tisane contre le " Covid-19 " à base d’Artémisia annua. On attend toujours une étude scientifique qui pourrait confirmer ces dires. En attendant, l’épidémie " flambe " dans le pays, même si pourtant cette tisane a été largement distribuée gratuitement.

Quant à la Tanzanie, son président, John Magufuli, affirme tranquillement que le " coronavirus " ne circule plus et donc qu’il n’y a pas de " Covid " dans son pays.

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Les prévisions économiques pour l’Afrique ne sont pas très encourageantes à court terme. L’aggravation de l’épidémie risque encore plus d’hypothéquer l’avenir, d’autant plus que ces pays ont souvent généralement des structures hospitalières fragiles qui risquent d’être rapidement " dépassées ".

Alors que le nombre de cas en Afrique augmente actuellement à un taux d’environ 6 % par jour, de nouvelles stratégies, pour certains pays, et des changements des comportements individuels (meilleure respect des règles de distanciation) sont certainement nécessaires pour vraiment enrayer la pandémie.

Nous n’avons pas, pour le moment, de solutions effectives : ni traitement préventif ou curatif ni vaccin, ni quoique ce soit sauf un seul moyen vraiment efficace qui ne dépend que de chacun de nous : le respect des " gestes barrières " plus que jamais et même plus que pendant le confinement : distance d’au moins un mètre lors d’une discussion avec une autre personne, nettoyage des mains à chaque fois que vous venez d’être en contact avec des objets susceptibles d’avoir été touchés précédemment par d’autres et port du masque !

C’est un peu frustrant comme recommandations pour des relations sociales agréables et détendues mais... ça marche !

Casablanca,

Dr MOUSSAYER KHADIJA الدكتورة خديجة موسيار

Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral, Présidente de " l’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques " (AMMAIS), Présidente de " l’Alliance des Maladies Rares " au Maroc

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