Kerry défend bec et ongles la solution de deux États au Proche-Orient

, par  DMigneau , popularité : 64%

Kerry défend bec et ongles la solution de deux États au Proche-Orient

Le secrétaire d’État américain John Kerry a défendu hier la solution de deux États, « seule voie possible » pour la paix entre Israéliens et Palestiniens et la démocratie dans l’État hébreu.

La solution fondée sur deux États est « en grave danger », a prévenu M. Kerry, qui doit quitter ses fonctions le 20 janvier. Il a tenu ces propos dans un long discours exposant la vision de l’administration du président sortant Barack Obama sur le Proche-Orient.

L’adoption d’une résolution à l’ONU, vendredi, condamnant les colonies israéliennes, sur laquelle les États-Unis n’ont pas opposé de veto – une première depuis 1979 – et qui a provoqué la colère de l’État hébreu, « visait à préserver la solution à deux États », a expliqué M. Kerry.

Mais « si le choix est celui d’un seul État, Israël peut être soit juif soit démocratique – il ne peut pas être les deux – et il ne sera jamais vraiment en paix », a noté M. Kerry. Car « comment Israël peut-il concilier son occupation perpétuelle avec ses idéaux démocratiques ? », a fait valoir le secrétaire d’État.

« Quiconque réfléchissant sérieusement à la paix ne peut ignorer la réalité de la menace des colonies sur la paix », a-t-il ajouté. Selon le dirigeant américain, ces deux États devraient suivre le tracé des frontières de 1967 – avant la guerre des Six-Jours –, en procédant à « des échanges de territoires équivalents » issus d’un consentement mutuel.

Israël serait alors reconnu comme un « État juif » et Jérusalem comme capitale des deux États, a indiqué M. Kerry.

Le chef de la diplomatie américaine a accusé Israël de mener « un projet exhaustif pour s’approprier des terres en Cisjordanie qui empêche toute implantation des Palestiniens là-bas ».

La politique des colons « est en train de décider de l’avenir d’Israël. Leur objectif déclaré est clair : ils croient en un seul État, le grand Israël », a-t-il dénoncé.

M. Kerry entendait laisser sa marque sur un processus de paix qu’il a beaucoup porté, mais qui est actuellement moribond. Outre la colère de l’État hébreu sur le vote à l’ONU, M. Kerry doit défendre une politique que le futur président américain Donald Trump ne va pas forcément suivre.

« Pas de leçon à recevoir »

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi en dénonçant le « discours biaisé » contre Israël prononcé par M. Kerry et en l’accusant d’être « obsédé » par la question des colonies israéliennes. « Comme la résolution du Conseil de sécurité que le secrétaire d’État a fait avancer à l’ONU, son discours de ce soir était biaisé contre Israël », a déclaré M. Netanyahu cité dans un communiqué de son bureau.

« Pendant plus d’une heure, il a traité de manière obsessionnelle des colonies et a à peine évoqué la racine du conflit, à savoir l’opposition palestinienne à un État juif et ce quelles que soient ses frontières », a ajouté le Premier ministre.

Lors d’une allocution télévisée, M. Netanyahu a accusé le secrétaire d’État d’être « davantage préoccupé par les colonies que par le terrorisme ». Il a accusé le chef de la diplomatie américaine de dénoncer « du bout des lèvres le terrorisme ».

« Nous n’avons pas à recevoir de leçons de la part de dirigeants étrangers », a également souligné le Premier ministre. « Le Moyen-Orient s’enflamme, le terrorisme sévit et John Kerry critique la seule démocratie de la région », a déploré Benjamin Netanyahu en exprimant l’espoir que l’administration dirigée par Barack Obama « ne provoquera pas de dégâts supplémentaires à l’ONU ».

Abbas prêt à reprendre les négociations

Le discours de M. Kerry trouve toutefois un certain écho au sein de la gauche israélienne. Cité par la radio publique, le chef de l’opposition de gauche travailliste Isaac Herzog a affirmé que son discours « exprime une réelle inquiétude pour la sécurité et l’avenir d’Israël ».

Zehava Galon, députée du Meretz, un autre parti de gauche, a pour sa part assimilé la politique de colonisation du gouvernement israélien « à un engin explosif qui ne peut que saboter tout accord sur une solution à deux États » israélien et palestinien.

L’autorité palestinienne accueille, pour sa part, la clarification américaine avec beaucoup d’enthousiasme.

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en a profité pour rappeler qu’il était prêt à reprendre des négociations de paix si le gouvernement israélien cessait la colonisation des territoires occupés, selon un communiqué de la présidence.

« À la minute où le gouvernement israélien acceptera de cesser toutes ses activités de colonisation (...), les responsables palestiniens sont prêts à reprendre les négociations », a déclaré M. Abbas. Après avoir rappelé son engagement « pour une paix juste », M. Abbas a dit continuer sa coopération étroite avec la France en vue de la réussite de la conférence internationale sur le Proche-Orient qui se tiendra le 15 janvier à Paris.

Malgré le discours de M. Kerry, la colonisation devrait s’accélérer dans les prochains mois. La mairie de Jérusalem a, en effet, donné hier son feu vert pour une construction destinée à des colons dans le quartier palestinien de Silwan à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, a indiqué Ir Amim, une ONG israélienne anti colonisation.

Si la sortie du secrétaire d’État peut être considérée comme un message fort de la part de l’administration Obama pour faire bouger les choses sur ce dossier, l’arrivée au pouvoir du président élu Donald Trump pourrait sérieusement remettre en question cette tentative de promouvoir une solution à deux États.

Juste avant le discours de M. Kerry, M. Trump avait en effet apporté son soutien à l’État hébreu, traité selon lui « avec un total mépris ». Les Israéliens « étaient habitués à avoir un grand ami aux États-Unis, mais ce n’est plus le cas. Le début de la fin a été cet horrible accord avec l’Iran (sur la politique nucléaire) et maintenant (l’ONU) ! Reste fort Israël, le 20 janvier est très proche ! ».

M. Netanyahu l’a remercié sur son compte Twitter « pour sa chaleureuse amitié » et son « soutien sans faille envers Israël ».

(Source : AFP)

Lorientlejour.com