Ken Loach m’a tuer

, par  DMigneau , popularité : 0%

Ken Loach m’a tuer

Comment le visionnage de " Sorry we missed You ", le dernier film de Ken Loach, a achevé ma bonne humeur, a tué ma soirée, m’a laissé sans énergie face au spectacle de l’effondrement de nos sociétés.

Ken Loach m’avait laissé, avec " Looking for Eric " (2009), " La part des anges " (2012) et " Moi, Daniel Blake " (2016), sur une note d’espoir qui nous disait que malgré l’ignoble de nos sociétés " ultra-libérales ", l’amour, la force du groupe, la détermination et la résistance des « contre-pouvoirs » offraient encore des portes de sortie " vers le haut " et des échappatoires.

À la fin de " Sorry we missed You ", je reste pétrifié, comme posé sur un toboggan " sans points d’arrêt " plongeant dans l’abîme. Ken Loach ne m’a pas montré, cette fois-ci, la " porte dérobée ", pas fait sentir le " courant d’air frais " qui guide vers " la sortie de la grotte ". Il n’a pas cherché à me dire que cette fois encore, il y avait des solutions, qu’on a toujours le choix.

Il ne dit rien... et ce " rien " dit tout. Le film se termine par un écran noir, et ça se passe de commentaires.

Il n’y a pas d’issue au travail sans contrat, pas de perspective à " se rendre disponible " pour effectuer des " prestations de service " au plus offrant, même si ce plus offrant ira toujours vers « le moins ».

Ken Loach réussit même à donner un visage et une voix humaine à ce système implacable, une voix qui dit au héros-martyr : " Est-ce qu’un seul client t’a déjà demandé comment tu allais ? " ou " C’est justement toute cette colère, cette haine contre moi qui me nourrit et me pousse à ne rien lâcher ".

Ce qui compte c’est qu’ " Amazon ", " Apple & Co " me donne des contrats, le reste c’est TON problème.

On ne sauve pas sa famille en acceptant des contrats " 0 heure " ou un statut de " livreur indépendant " sans liberté. On survit juste quelques mois, quelques années de plus dans ce servage moderne, avant le déclassement final, la " glissade dans le trou noir " du capitalisme ultralibéral.

D’autres prendront notre place, toujours en pensant " faire mieux ", garder le contrôle, jusqu’à leur tour de " plonger ".

Je n’ai jamais rien acheté sur " Amazon ". Ni à " Uber ". Mais je fais appel quelquefois, pour assouvir ma passion de " réparer / rénover " des vélos, à une société de messagerie bien connue pour acheminer mes achats faits sur " LeBonCoin ". Parce que par chez moi, " Colissimo " est connue pour pratiquer cette sous-traitance révoltante pour être " compétitive " avec ces plate-formes " uberisées ".

Le ferai-je encore ?

Je ne sais pas...la dernière image du film me fera toujours réfléchir.

Ambrym07

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