Kanaky : pour la première fois, les indépendantistes majoritaires au gouvernement

, par  DMigneau , popularité : 0%

Kanaky : pour la première fois, les indépendantistes majoritaires au gouvernement

Crédit photo : Albert Huber

A un an du dernier référendum convenu dans les « Accords de Nouméa », les indépendantistes kanaks deviennent majoritaires au gouvernement.

Les 54 membres du « Congès » de la Nouvelle-Calédonie ont voté pour former un nouveau gouvernement et ce sont pour la première fois depuis les « Accords de Nouméa » que les " indépendantistes " gagnent la majorité au gouvernement.

Le « Congrès », élu en 2019, est composé de 25 élus " anti-indépendantistes " ou aussi appelés " loyalistes ", 26 élus " indépendantistes " et 3 élus de " L’Éveil océanien ".

Les " loyalistes " regroupent 2 composantes différentes.

D’un côté, " l’Avenir en confiance " (AEC), une alliance entre Le " Rassemblement-LR " (le parti de Jacques Lafleur qui a dominé politiquement " le Caillou " pendant des décennies) et divers formations de droite dont LREM.

De l’autre côté, " Calédonie ensemble ", un parti de " centre " proche de l’UDI.

" L’Éveil océanien " est un jeune parti qui vise à défendre les intérêts de la communauté " wallisienne " et " futunienne ". Ils alternent les alliances tantôt avec les " loyalistes " tantôt avec les " indépendantistes ". Ce sont leurs voix qui ont permis aux " indépendantistes " d’être majoritaire au gouvernement.

Les " indépendantistes " sont regroupés au sein du FLNKS et sont divisés en deux formations distinctes.

" L’Union Calédonienne-Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste " (UC-FLNKS) milite pour une indépendance en association avec la France. Ainsi on peut lire dans leur texte " Réflexions sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie " d’octobre 2013, " à moyen terme, au-delà d’une période de cinq ou dix ans, la coopération étroite et très asymétrique du début serait vraisemblablement vouée à évoluer vers une collaboration plus classique ".

Déjà en 1995, lors de son congrès, le parti s’était prononcé pour un " État associé " avec la France.

" L’Union nationale pour l’indépendance-Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste " (UNI-FLNKS) est composé du PALIKA parti historique de la lutte " indépendantiste " plutôt radicale et par " l’Union progressiste en Mélanésie " anciennement proche de la " Ligue Communiste Révolutionnaire ", ancêtre du NPA.

Une élection historique

Quatre listes étaient en course pour l’élection.

L’UC- FLNKS avec en " tête de file " l’ancien président du MEDEF calédonien Samuel Hnepeune unis à " L’Éveil océanien ", anciennement allié aux " loyalistes ", a obtenu 3 élus.

L’UNI-FLNKS a également obtenu 3 sièges grâce à un vote d’un élu " loyaliste " de l’AEC. Un vote habile, politiquement parlant, puisque d’un côté cela prive l’EO de rentrer au gouvernement mais cela empêche l’UC-FLNKS d’intoniser son candidat comme président de « l’exécutif ».

Les " indépendantistes " avaient provoqué la chute du précédent gouvernement en démissionnant en bloc de ce dernier. Ce départ a été provoqué par la gestion de la reprise de l’usine de nickel de Goro.

Pour rappel, le géant brésilien " Vale " souhaite vendre l’usine du Sud. Le groupe a reçu une offre composée à 50 % d’intérêts calédoniens, à 25 % du négociant suisse " Trafigura ", projet est soutenu par la province du Sud (à majorité " Métro " c’est à dire d’origine française, les " métros " peuvent être appelé " Caldoches " terme plus générique qui regroupe les populations " néo-calédoniennes " et donc non " kanaks "), et par l’État français.

Les " indépendantistes " et le collectif " Usine du Sud " représentant les intérêts de la province du Nord (à majorité " kanak ") et leur partenaire coréen " Korea Zinc ".

Désaccord sur la nomination du président de « l’exécutif »

Les " indépendantistes " n’ont pas pu se mettre d’accord sur la nomination d’un président de « l’exécutif ». La question de l’usine de Goro étant sans doute l’une des raisons de ce désaccord.

L’UC-FLNKS proposait Samuel Hnepeune. Il a dirigé " Air Calédoonie " est à dû faire face à la mobilisation de ses salariés contre des sanctions diciplinaires. Depuis, il a été nommé " patron " du MEDEF calédonien, à cette occasion, il s’était opposé à la mobilisation " kanak " contre la reprise de l’usine du Sud par le consortium mené par le groupe suisse " Trafigura ".

L’UNI-FLNKS proposait Louis Mapou figure du mouvement " indépendantiste " qui a été directeur de la " Sofinor ".

Les deux composantes du FLNKS doivent se retrouver ce week-end afin de trouver un compromis. Le plus probable serait que Hnepeune se désiste laissant le champ libre à Louis Mapou candidat de l’UNI-FLNKS et permettant à l’EO d’avoir finalement un ministre.

Pour l’instant, la nomination du président a été repoussé.

Alors que c’est une occasion " en or " pour les " indépendantistes " de montrer qu’ils peuvent gouverner en vue du prochain référendum, s’ils ne se mettent pas d’accord cela pourrait être catastrophique pour eux. Et c’est bien là-dessus que comptent les " loyalistes ", d’où le vote de l’AEC pour l’UNI-FLNKS.

Une élection qui ne passe pas du côté " loyaliste "

Dans un communiqué, " les Loyalistes dénoncent un déni de démocratie dans la manœuvre du FLNKS qui a consisté à faire tomber le gouvernement ". D’après eux les dernières élections leurs ayants donné la majorité des voix, cela serait à eux de diriger " la Kanaky ". Dans le communiqué, ils vont même jusqu’à remettre en question les « Accords de Nouméa » : " L’élection du 17ème gouvernement, ce 17 février, a montré - s’il en était besoin - que nous étions arrivés au terme de l’accord de Nouméa ».

" Nous sommes le premier groupe au Congrès, avec dix-huit élus. Il est légitime que nous revendiquions la présidence du gouvernement " explique Virginie Ruffenach, la cheffe de file de l’AEC au micro de " la 1ere ".

" Il faut sortir de cet accord de Nouméa qui est à son terme, pour réinventer nos institutions. La Calédonie n’est pas gouvernable avec ce jeu d’alliances, parfois contre-natures qui sont mises en place. On vient d’y assister encore. "

Une élection à l’image des tensions de l’archipel à l’approche du dernier référendum sur l’indépendance

Cette élection renforce la fracture sur " le Caillou ". Avec le dernier référendum qui a vu les " indépendantistes " gagner du terrain, le " oui " à l’indépendance a atteint 46,7 % et la lutte contre la reprise de l’usine du Sud par le consortium mené par le groupe suisse " Trafigura " où la police a tiré à balle réelle et où on a vu des " Caldoches " s’armer contre les " Kanaks " a fait croître les tensions.

Sous couvert de lutte contre la " délinquance " plusieurs municipalités ont fait l’acquisition de " flash ball " pour équiper la police municipale. Il ne faut pas s’y tromper, ces municipalités à forte population " Caldoche ", se préparent aussi à réprimer tout potentiel mouvement " kanak ". Car le prochain référendum, qui sera le dernier selon les « Accords de Nouméa », doit se tenir au plus tard début octobre 2022.

Dès à présent, les " indépendantistes " contrôlent quatre des cinq institutions calédoniennes :

- le gouvernement,

- le « Congrès »,

- la province Nord,

- la province des îles Loyauté.

Seule la province du Sud échappe à leur contrôle. C’est la région de Nouméa, la plus riche, la plus développée et la plus peuplée, à majorité " caldoche ".

Le fait que les " indépendantistes " soient majoritaires au gouvernement est loin d’être anodin. Les " loyalistes " ne cessent de mettre en avant que la Nouvelle-Calédonie ne peut pas être viable sans l’État français.

Quelque soit le président de « l’exécutif », il sera d’origine " kanak ", c’est symboliquement fort. Pourtant, le plus important reste à venir. Le dernier référendum pour « l’indépendance » arrive à grand pas et pourrait ouvrir une crise importante pour « l’impérialisme français » en cas de victoire du " oui ".

Toutefois, il serait illusoire de croire que l’auto-détermination du peuple " kanak " s’obtienne sans résistance lors d’une échéance électorale. En soi, c’est par la mobilisation des travailleurs, des classes populaires et de la jeunesse " kanak " qu’il sera possible d’arracher « l’indépendance », par l’auto-organisation.

En ce sens, le soutien aux luttes ouvrières, s’affrontant y compris à des composantes politiques " indépendantiste ", est une nécessité absolue pour faire émerger une « alternative de classe » claire.

Sadek BASNACKI

revolutionpermanente.fr