Juan Branco : " La France doit accueillir Julian Assange "

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Juan Branco : " La France doit accueillir Julian Assange "

Juan Branco est conseiller juridique de " WikiLeaks " et de Julian Assange en France. - JOEL SAGET / AFP

Juan Branco, auteur du livre " Crépuscule ", phénomène du moment en librairies, est conseiller juridique de " WikiLeaks " et de Julian Assange en France. Il revient pour " Marianne " sur l’arrestation à Londres de l’Australien naturalisé Equatorien.

Julian Assange, fondateur de " WikiLeaks ", a été arrêté par la police britannique ce jeudi 11 avril au sein de l’ambassade d’Équateur à Londres, où il était réfugié depuis 2012, après que Quito eut révoqué son asile.

Le motif officiel est sa non-présentation devant le tribunal en 2012.

Il avait alors été convoqué à cause de deux affaires pour viols et " agression sexuelle ", qui sont aujourd’hui closes.

« Scotland Yard » a néanmoins précisé agir aussi " au nom des autorités américaines ", qui ont déposé une demande d’extradition.

Accusé d’espionnage, le « lanceur d’alerte » a été inculpé pour « piratage informatique », selon le ministère de la Justice américaine.

Juan Branco revient avec nous sur cette affaire.

Marianne : Julian Assange a été arrêté. Que risque-t-il devant la justice américaine ?

Juan Branco : Formellement, il risque cinq ans de prison maximum pour " piraterie informatique ". Mais j’en doute fort. Faire croire qu’il ne risque " pas grand-chose " et que ses droits seront respectés est une manière d’obtenir des tribunaux britanniques son extradition.

En prenant ce prétexte, les États-Unis laissent entendre qu’il n’y a aucune atteinte au droit des journalistes.

Dans la foulée, une fois qu’il sera sur le territoire américain, l’administration lancera les autres poursuites.

Une enquête est ouverte pour « espionnage » et il risque la prison à vie.

Marianne : Justement, officiellement, il est arrêté pour avoir piraté l’administration américaine et pas pour les " WikiLeaks "….

C’est juste une argutie.

La question est juridiquement très complexe. Ils doivent poursuivre Julian Assange sans violer le premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d’expression. Cela risquerait d’ouvrir une brèche et tous les journalistes qui ont travaillé sur " WikiLeaks " pourraient être poursuivis.

C’est pour cela que les États-Unis ont trouvé un prétexte assez alambiqué pour demander l’extradition.

Il est accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés " secret-défense ".

Ce n’est qu’une façon de le poursuivre sur son travail de journaliste, sans en donner l’impression.

Marianne : Et que penser du retrait du droit d’asile ? Le président équatorien a expliqué qu’il n’a jamais défendu les " WikiLeaks ". Le même jour, le pays reçoit un prêt du " Fonds monétaire international " (FMI). Les deux sont-ils liés ?

C’est une trahison complète qui est le fruit de l’évolution de la politique étrangère et nationale de l’Équateur depuis l’arrivée au pouvoir de Lenín Moreno, en 2017.

Il est normal que selon les votes démocratiques, il y ait des évolutions politiques. Sauf qu’il existe des conventions internationales qui stipulent qu’un asile international ne peut être retiré pour les mêmes raisons que celles qui ont permis son attribution.

Assange a obtenu l’asile en Équateur parce qu’il était poursuivi par les États-Unis.

Sauf que le gouvernement le lui a retiré pour le remettre aux mains de ce même pays.

C’est invraisemblable.

C’est pour cela que Moreno invente des excuses qui ne tiennent pas une seule seconde. Il prétend qu’il ne savait pas qu’il y avait un mandat d’extradition états-unien à son encontre.

Tout a été négocié depuis la visite de Mike Pence, le vice-président américain, en Équateur, il y a un an et demi. Ils ont ensuite signé des accords militaires.

Le prêt du FMI s’inscrit dans un contexte plus large.

Marianne : Assange est malgré tout controversé. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Suède dans une affaire d’agression sexuelle. Dans ces conditions pouvait-il continuer de bénéficier d’une protection de l’Équateur ?

Il faut être plus précis.

Assange fait bien l’objet d’un mandat d’arrêt européen. Mais parce qu’il est convoqué en tant que témoin dans le cadre d’une enquête, pour laquelle il n’est pour le moment pas accusé.

Après six ans, cette affaire a été classée " sans suite ". Je doute qu’elle puisse se rouvrir. Mais surtout, cette histoire existait au moment où l’Équateur a donné l’asile à Assange.

A ce moment, le pays considérait qu’il était persécuté par les États-Unis. C’est pour cela que l’asile lui a été donné.

Marianne : Certains accusent Assange d’être responsable de la victoire de Trump, à cause de ses révélations sur Hillary Clinton. Qu’en pensez-vous ?

C’est le fruit d’une panique morale du camp " progressiste " américain qui refuse d’assumer sa défaite inédite et inconcevable contre un " bouffon ".

Ils ont essayé de trouver des boucs émissaires pour justifier cet échec. Mais même Barack Obama, dans sa dernière déclaration avant de partir de « la Maison-Blanche », a expliqué que le problème n’est pas " WikiLeaks " mais l’hystérisation des informations révélées par " WikiLeaks " par l’espace médiatique américain.

" Wikileaks " n’a fait que son travail, en publiant des informations sourcées. D’ailleurs, nous voyons bien aujourd’hui que Trump n’apprécie pas plus " WikiLeaks ".

Marianne : La France devrait-elle prendre position dans cette affaire ?

La France doit accueillir Julian Assange.

Il a un enfant en France, pays où il a créé " WikiLeaks ".

Il nous a aussi rendu des services immenses en révélant l’espionnage du président de la République et des grandes entreprises françaises.

Il a risqué sa vie pour le faire.

Si nous avons encore un minimum de dignité, nous devons l’accueillir.

Marianne : Comment la France peut-elle l’accueillir ?

Elle doit intervenir auprès du Royaume-Uni afin de donner l’asile à Julian Assange.

Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire

Marianne