Jeudi, c’est « Thanksgiving Day » aux États-Unis

, par  DMigneau , popularité : 65%

Jeudi, c’est « Thanksgiving Day » aux États-Unis

Aux États-Unis, le repas de « Thanksgiving » est traditionnellement composé d’une dinde, un gros volatile découvert par les premiers européens aux « Nouvelles Indes », les autres éléments du menu étant secondaires et adaptés aux pratiques culturelles habituelles des convives présents.

Depuis l’époque des pères pèlerins, " Thanksgiving " est, pour les familles américaines croyantes ou non, pratiquantes ou non, une manière de remercier Dieu ou son substitut symbolique, d’avoir permis à leurs ancêtres de s’installer dans ce territoire hospitalier et généreux et des bonnes relations nouées avec les populations indigènes.

Or, pour les peuples premiers en question, ce jour représente le point de départ de la destruction de leur territoire et de guerres génocidaires.

Le tableau de Jean Léon Gérôme Ferris ci-dessus montre comment la plupart des américains se représentent le premier « Thanksgiving » : un repas d’amitié mutuelle partagé entre des pèlerins souriants et un groupe d ’« indiens » indigènes.

Cette interprétation de la réalité est le résultat d’une campagne de relations publiques conçue par Abraham Lincoln pour promouvoir l’unité du pays en proie à la guerre civile, une initiative remplie de bonnes intentions qui a donné à la population une occasion de faire la fête, mais qui donne une version pour le moins enjolivée d’un passé violent et constitue une injustice pour les millions de descendants actuels des peuples autochtones des États-Unis.

La véritable histoire a commencé en 1614, alors que des marins anglais transportaient dans leur navire un groupe d’Indiens Patuxet. Quelques-uns se sont échappés, mais ils avaient contracté la variole qui les a presque tous éliminés.

Plus tard, quand les « pères pèlerins » sont arrivés sur le Mayflower dans la baie du Massachusetts, ils ont trouvé le seul rescapé Patuxet, un homme nommé Squanto qui possédait des rudiments de langue anglaise et leur a appris à cultiver le maïs et à pêcher.

Il a aussi négocié un traité de paix entre les pèlerins et la nation Wampanoag.

Pour le premier anniversaire de leur « débarquement » qui coïncidait avec la fête du maïs célébrée par les autochtones, les pèlerins ont organisé une grande fête « œcuménique » en l’honneur de Squanto et des Wampanoags.

Mais au fur et à mesure que la découverte d’un « paradis retrouvé » dans le nouveau monde se répandait en Angleterre, les puritains arrivaient par bateaux entiers. Ne trouvant aucune clôture sur le territoire, ils ont considéré que tous les terrains étaient du domaine public.

Rejoints par d’autres colons britanniques, ils se sont approprié les terres, ont capturé de jeunes autochtones forts pour les faire travailler et ils ont tué le reste. Or, la nation Pequot n’avait pas accepté le traité de paix que Squanto avait négocié et ils ont résisté.

La guerre des Pequot a été l’un des épisodes les plus sanglants de la conquête.

En 1637, près de Groton, dans le Connecticut, plus de 700 hommes, femmes et enfants de la tribu des Pequot s’étaient rassemblés pour leur fête annuelle du maïs.

Dans les heures précédant l’aube, les Indiens endormis ont été cernés par des « mercenaires » anglais et hollandais qui leur ont ordonné de sortir. Ceux qui sont sortis ont été abattus ou tués à coups de matraques pendant que les femmes et les enfants terrifiés étaient brûlés vifs dans le bâtiment qui les abritait.

Le lendemain, le gouverneur de la colonie de la baie du Massachusetts a instauré " A Day Of Thanksgiving " (actions de grâce) pour célébrer l’extermination de 700 hommes, femmes et enfants non armés.

Encouragés par leur « victoire », les courageux colons accompagnés de leurs alliés indiens ont ravagé les villages les uns après les autres. Les femmes et les enfants de plus de 14 ans ont été vendus comme esclaves tandis que les autres ont été exécutés.

Des bateaux chargés de 500 esclaves quittaient régulièrement les ports de la Nouvelle-Angleterre. Des primes récompensaient les trophées de cuirs chevelus indiens afin d’encourager l’hécatombe.

Après à un raid particulièrement réussi contre les Pequot dans ce qui est aujourd’hui Stamford (Connecticut), les églises ont instauré un deuxième jour de " thanksgiving " pour célébrer la victoire sur les sauvages païens.

Pendant le festin, dans les rues, les têtes coupées des autochtones servaient de ballons de football. Même les « amis » Wampanoag n’ont pas échappé à cette folie. Leur chef a été décapité et sa tête a été empalée sur un poteau à Plymouth (Massachusetts) où elle est restée exposée pendant 24 ans.

Puis les tueries sont devenues de plus en plus frénétiques, accompagnées de jours de fêtes d’action de grâce après chaque massacre.

George Washington a finalement suggéré qu’un seul jour de " Thanksgiving " par an soit consacré à la célébration de tous les massacres.

Plus tard, pendant la guerre de sécession, Abraham Lincoln a décidé que « Thanksgiving Day » était une fête nationale légale. Ce même jour, il ordonnait à ses soldats troupes de « combattre » les Sioux du Minnesota déjà décimés par une famine organisée.

Cette histoire n’est pas celle qui est racontée par le tableau de Ferris, mais c’est l’Histoire

Jeudi prochain, certaines familles américaines penseront peut-être à ceux qui voulaient seulement vivre leur vie et élever leurs propres familles. Ceux qui n’ont pas eu le temps de dire " merci " au Créateur pour tous ses bienfaits.

Jeussey de Sourcesûre

AgoraVox