Jean Tirole : " Je n’ai jamais traité personne d’hurluberlu "

, par  DMigneau , popularité : 64%

Jean Tirole : " Je n’ai jamais traité personne d’hurluberlu "

Le professeur d’économie persiste et signe. Débattre de l’économie serait réservé aux " scientifiques " et ceux qui pourraient égratigner le monopole de la pensée néolibérale n’en seraient pas. S’il ne traite pas ouvertement les opposants à sa doctrine " d’hurluberlus ", il le pense si fort que cela en deviendrait presque audible...

Confronté aux auditeurs de France Inter ce matin, Jean Tirole, défenseur de l’orthodoxie économique, a choisi une défense usée jusqu’à la corne... Lorsque Michel, lecteur de Marianne, appelle la station, celui-ci a bien préparé sa question. Car Michel rappelle au Prix Nobel son opposition à la création d’une chaire d’économie politique à l’université qui serait une alternative à ce que l’on appelle la pensée (économique) unique ou l’orthodoxie néolibérale.

En effet, en 2014, dans une lettre révélée par Marianne adressée à Geneviève Fioraso, alors secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, Tirole traitait « d’obscurantistes » les tenants de la tendance alternative. Dans son courrier, il écrivait ainsi qu’il était tout simplement « impensable que la France reconnaisse deux communautés au sein d’une même discipline. »

Argument principal avancé sur les ondes d’Inter ? Il y aurait déjà bien assez de débat comme cela et « ce débat se passe au sein de l’économie » — sous-entendu la vraie — « et pas entre des blocs qui ne se parlent jamais ». Mais si ces « blocs » ne se parlent jamais, c’est peut-être justement à cause de la domination pure et simple de l’économie libérale dans le débat économique, dénoncée à maintes reprises, notamment dans les colonnes de Marianne, par les Economistes atterrés.

Mais non, Jean Tirole continue d’avancer sur France Inter qu’une pensée alternative sur l’économie, ce serait « mauvais pour le débat scientifique ». Circulez, y’a rien à voir !

S’il précise dès le départ n’avoir jamais traité personne « d’hurluberlu », le discours qu’il tient reviendrait presque à le faire. Car « l’économie, assène l’invité de Patrick Cohen, est une science, qui a des tests, des hypothèses ». Comprenez qu’elle ne peut donc pas être enseignée par n’importe qui. Les débats se déroulent donc « par les séminaires, dans les revues par les paires et la publication dans les meilleurs revues scientifiques ». Jean Tirole ne voit donc aucune utilité d’ouvrir un débat qu’il considère d’avance comme impossible.

Et puis, ajoute-t-il, « l’économie a énormément changé depuis trente ou quarante ans ». Elle s’est ouverte, nous explique-t-il, aux sciences sociales. Lui même parle désormais économie et pyschologie à ses étudiants toulousains. Toulouse où, comme l’a montré une enquête parue dans le magazine Marianne en juillet dernier, le business Tirole tourne à plein régime...

Mathilde Régis

Marianne