" J’ai toujours voulu bien faire " : du " sursis " requis contre Benalla, sa défense plaide " la relaxe "

, par  DMigneau , popularité : 0%

" J’ai toujours voulu bien faire " : du " sursis " requis contre Benalla, sa défense plaide " la relaxe "

Le « Parquet » de Paris réclame finalement une modeste peine de 18 mois de prison avec " sursis " à l’encontre d’Alexandre Benalla et… 500 euros d’amende. AFP

Après trois semaines d’audience et trois ans de " feuilleton judiciaire ", le procès Benalla se termine par des réquisitions de 18 mois avec " sursis " contre Alexandre Benalla et une demande de " relaxe " de la défense. Le tribunal va délibérer sur cette impression de " baudruche dégonflée ".

Tout ça pour : des demandes de " relaxe " quasi générale des avocats ce vendredi 1er octobre. La veille, au terme d’un réquisitoire de quatre heures, pour clore l’affaire la plus tonitruante du quinquennat, le « Parquet » de Paris réclame finalement une modeste peine de 18 mois de prison avec " sursis " à l’encontre d’Alexandre Benalla et… 500 euros d’amende.

" Honnête et juste ", a glissé en sortant l’un des proches de l’ancien " chargé de mission ".

Si le tribunal, lors de son délibéré, devait confirmer ces réquisitions, l’ancien " gorille " à la démarche de John Wayne de la campagne présidentielle, devenu " l’incontournable adjoint " du chef de cabinet de « l’Élysée », pourra ressortir du maelström avec un sentiment du pire évité

Mais devant un « Tribunal correctionnel », rien n’est jamais certain, comme ont pu le mesurer dans cette même salle d’audience les prévenus de " l’affaire Bygmalion " contre lesquels le « Parquet » avait réclamé des " sursis " et qui sont ressortis avec de l’emprisonnement ferme.

Sur le papier, dans ce procès commencé voilà trois semaines, Alexandre Benalla risque sept ans d’emprisonnement pour une ribambelle d’infractions pénales, allant de " violences volontaires en réunion " à " immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique ", en passant par " port d’arme de catégorie B " ou encore " faux et usage de faux ".

Un dossier aux allures de " bric-à-brac ", dans lequel la marge théorique du tribunal, entre les 18 mois sursis réclamés et les sept ans ferme possibles, est grande.

Chargé " au nom du peuple français " de soutenir l’accusation, le procureur Yves Badorc commence par un préambule.

Il annonce avec un brin d’emphase vouloir s’en tenir, " aux faits, pas aux commentaires ".

Il insiste doctement sur son souhait de ne pas se laisser " polluer par le tribunal médiatique " qui aurait - selon lui - " déjà jugé cette affaire ".

" Ni par les réseaux sociaux " et leurs " fers rouges ".

" Cette affaire a fait couler beaucoup d‘encre et inspire beaucoup de commentaires ", semble se désoler le « Parquet » qui, dans ce dossier, a pourtant toujours été " à la remorque " des révélations de la presse.

Que ce soit via la vidéo de la place de la Contrescarpe révélée par " Le Monde ", celles du Jardin des Plantes (" Libération ") ou la photo d’Alexandre Benalla dans un café de Poitiers déclenchant des poursuites pour " absence de port d’arme " (" Mediapart ").

Icare et Janus à la fois

Passé ce préambule convenu, Yves Badorc se désole aussi que " Monsieur Benalla n’ait pas reconnu et assumé ses erreurs ". Avec comme un brin d’affection dans la voix, le procureur campe un jeune Benalla, " âgé de 26 ans à l’époque ", à la " personnalité janusienne ".

" D’un côté un professionnel reconnu et compétent ", mais aussi un garçon " sans filtre, dont la volonté n’a d’égale que l’audace, rattrapé par son tempérament " …

Un " Icare " qui s’est " brûlé les ailes " en " repoussant les limites de ce qui est autorisé ", résume le procureur emporté dans sa veine mythologique.

Il campe aussi un homme " ambitieux ", " à l’ascension fulgurante, qui n’a pas les codes et préfère la ligne droite aux arcanes de l’administration ".

Un portrait sympathique.

Pour le « Parquet », premier constat, les violences de la journée du 1er mai 2018 sont " constituées ". Ce jour-là, Alexandre Benalla et son comparse, Vincent Crase, ont " agi avec des policiers, comme des policiers et parfois à la place des policiers ", alors qu’ils n’étaient que des observateurs.

" C’est l’État, la puissance publique, dont l’émanation est la police, qui détient l’usage de la force ", rappelle-t-il.

Selon le « Parquet », pas de doute, les deux comparses ont bel et bien commis des " violences illégitimes " qui " ne peuvent s’effacer comme par magie derrière l’article 73 ".

À la barre, pendant trois semaines, Alexandre Benalla et son acolyte se sont abrités derrière cet article 73 qui autorise tout citoyen à interpeller un individu en train de commettre un crime ou un délit et à le remettre à l’officier de police judiciaire le plus proche.

Le « Parquet » balaye cette défense, comme tous les professionnels qui ont témoigné, y compris l’ancienne patronne de l’IGPN, selon laquelle les CRS présents place de la Contrescarpe n’avaient nullement besoin d’assistance.

" On n’avait pas besoin d’eux ", a même admis le commissaire Maxence Creusat, qui commandait les CRS présents sur la place.

" Ces dispositions de l’article 73 n’ont pas vocation à permettre à tout citoyen de se substituer aux forces de l’ordre ", évacue Yves Badorc.

Selon le procureur, le couple interpellé sur la place « était plus près de figurer sur une photo de Robert Doisneau que d’être des " Black blocs " », même si pour avoir jeté une bouteille et un cendrier en direction des CRS, ils ont été condamnés à 500 euros d’amende chacun.

D’où l’amende de 500 euros réclamés par le « Parquet » contre Alexandre Benalla

Pas un " pistolet à eau "

Le « Parquet » estime aussi le tandem Benalla-Crase coupable de violences volontaires dans le jardin des Plantes, où un manifestant a été interpellé et un autre couple a été molesté sans véritable raison.

Une jeune femme se plaint d’avoir été plaquée contre un arbre, que son téléphone lui a été arraché pour effacer la vidéo qu’elle tournait. Quant au jeune homme, plaqué au sol, il s’est retrouvé 48 heures en « garde à vue »… pour rien.

Pour le « Parquet », Vincent Crase n’aurait jamais dû se rendre à la manifestation du 1er-Mai armé, avec sur lui le " Glock " de " la République en marche ".

Yves Badorc réclame une condamnation pour " absence de port d‘arme ".

Le procureur estime aussi Alexandre Benalla coupable d’avoir porté une arme sans autorisation en avril 2017 à Poitiers après un meeting de campagne d’Emmanuel Macron.

Contrairement à ce que soutient l’ancien homme de confiance du candidat, « il ne s’agissait pas d’un pistolet à eau, mais bien d’un pistolet " Glock " », affirme le « Parquet ».

Autre volet, dans ce dossier " à tiroirs " sans aucun rapport les uns avec les autres, celui dit des " passeports ".

Le « Parquet » réclame aussi une condamnation à l’encontre d’Alexandre Benalla pour avoir utilisé, après son licenciement de l’Élysée, deux passeports diplomatiques lors de onze voyages, en Afrique, au Maroc ou aux Bahamas.

Autre grief contre l’ancien " chargé de mission " de l’Élysée, les soupçons de faux pour avoir obtenu un " passeport de service " auprès du ministère de l’Intérieur.

" C’est une condamnation en forme de reçu, en solde de tout compte ", a conclu le procureur, qui souhaite que " l’affaire Benalla " s’efface devant " un jugement ".

Rien de grave ?

Contre l’ancien gendarme réserviste Vincent Crase, si mal à l’aise à la barre, sorte " d’antithèse " d’un Benalla ayant réponse à tout, le « Parquet » sollicite un an de prison avec " sursis " et quinze ans d’interdiction de port d’armedix contre Benalla.

Enfin, à l’adresse des deux policiers présents à cette audience pour avoir sorti illégalement de la préfecture de police des images vidéo de la place de la Contrescarpe et les avoir confiées à Benalla pour sa défense, le « Parquet » réclame des peines légères.

Quatre mois avec " sursis " à l’encontre de l’ancien « contrôleur général » de la préfecture de police Laurent Simonin, et deux mois, sans inscription au casier judiciaire, à l’encontre du commissaire Maxence Creusat.

" Aucun fait dans tout ça n’est vraiment grave ", réplique maître Thibault de Montbrial, l’avocat du commissaire Creusat, plaidant le premier.

" Maxence Creusat est né pour servir, il a été suspendu trois mois et demi, a été obligé de quitter la préfecture, un job qu’il adorait ", insiste l’avocat réclamant " la relaxe " du commissaire.

Maître Montbrial suggère même une formule : " le tribunal vous relaxe, mais ne recommencez pas… "

Dans la foulée, maître Maisonneuve dresse aussi un portrait exemplaire de son client, le contrôleur général Laurent Simonin, " un des meilleurs spécialistes du maintien de l’ordre " et plaide lui aussi " la relaxe ".

" Il assume totalement sa part de responsabilité ", commence l’avocat concernant l’invitation d’Alexandre Benalla comme " observateur " à la manifestation du 1er mai.

" Mais ce n’est pas parce qu’on assume tout qu’on doit assumer tout ce qui a été fait ".

Crase, " le pauvre type "

Maître Christian Saint-Palais, pour Vincent Crase, ironise d’entrée sur les " parties civiles ", raillant leur dénonciation de violence alors qu’ils avaient fait le choix de se rendre à une manifestation " musclée ".

" Il faut un peu assumer son militantisme ", tance l’avocat.

Facile.

Plus difficile, en revanche, la justification de l’arme portée par son client sans autorisation, qui - l’avocat le sait - reste une infraction.

«  Vincent Crase se dit, on ne sait jamais, peut être qu’un terroriste va déclencher une attaque, et j’aurais pu intervenir utilement… ", pondère l’avocat.

Les interpellations ?

" Tout citoyen a qualité pour appréhender un auteur de délit ", assure maître Saint-Palais qui demande une série de " relaxes " concernant les différents manifestants arrêtés et molestés par son client.

L’avocat dresse lui aussi le portrait d’un homme " sans tapage ", " le pauvre type " de ce casting, qui dormait dans les lits de camp les nuits de campagne électorale, corvéable à souhait par " En Marche " et qui subitement, n’a plus été connu par personne.

" Il a reconstruit seul une vie qui lui plaît, conclut l’avocat, n’oubliez pas que ce comportement illégal du port d’armes de ce 1er-Mai est une faiblesse de quelques heures dans un parcours sans faute ".

Maître Jacqueline Laffont, l’avocate de l’ancien " chargé de mission ", commence sa plaidoirie en remerciant le procureur pour sa " nuance " étant " revenu au droit ".

" Alexandre Benalla était l’homme à abattre. Pour lui, en mai 2018, tout a basculé. Il était perdu, dans un grand désordre familial. Il était dans un cataclysme, un tsunami. Sa femme et lui n’ont pas eu d’emploi du jour au lendemain. Il a été placé en garde à vue le jour de son mariage, avec un bébé de 18 mois. "

L’avocate revient sur son parcours.

" Il a cherché à servir la France ", insiste-t-elle. Elle dénonce dans le texte du " Monde " ayant révélé l’affaire " un article tronqué, biaisé ". Puis elle essaie d’éteindre une à une les " guirlandes de charges " qui pèsent sur son tonitruant client.

Une défense classique " d’homme politique " ne lâchant rien, martelant ici " l’absence de preuve ", là dénigrant les juges d’instruction ou " taclant " la presse.

Elle aussi réclame " la relaxe ".

Il est 21 heures lorsque la présidente du tribunal propose aux prévenus une dernière déclaration.

Alexandre Benalla prend la parole, pour remercier les juges et son avocate, d’abord. Puis, visiblement ému, il admet avoir " menti " au sujet du téléphone portable qu’il avait affirmé avoir " perdu " lors de sa première « garde à vue ».

" J’ai toujours voulu bien faire, j’ai eu une volonté de rendre service, d’être au service, [mais] je ne me suis jamais servi ", assure-t-il, reconnaissant une " erreur de jugement ".

Le tribunal a mis sa décision " en délibéré ".

Laurent VALDIGUIE

Marianne.fr