Inondations sur la Côte d’Azur : et si on regardait ailleurs plutôt que vers le ciel ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Inondations sur la Côte d’Azur : et si on regardait ailleurs plutôt que vers le ciel ?

Photo " Creative Commons "

Les violentes intempéries qui se sont produites sur la Côte d’Azur, entre vendredi et dimanche 24 novembre, ont provoqué de graves inondations et fait quatre morts et deux disparus selon le dernier bilan établi par les autorités.

Si de nombreux élus municipaux ou départementaux accusent le ciel de tous les maux, on oublie trop souvent que si ce type d’épisode méditerranéen ou " cévenol " fait autant de ravages, c’est surtout parce que d’autres facteurs importants se conjuguent à une météo exécrable...

Victimes d’un épisode méditerranéen, deux départements de la Côte d’Azur, les Alpes-Maritimes et le Var, ont été touchés par des pluies diluviennes assorties de vagues impressionnantes sur le littoral.

De nombreux cours d’eau ont débordé et dans certains endroits du Var, il est tombé l’équivalent de deux à trois mois de précipitations en 24 à 48 heures.

Toute la zone avait été placée en " vigilance rouge " par " Météo France " et les sirènes ont même retenti à Nice pour que les habitants restent chez eux. La situation actuelle, explique " Météo-France ", est notamment due à un vaste système de basses pressions, positionné sur l’océan atlantique, qui autorise la remontée de l’air chaud chargé d’humidité en provenance de la Méditerranée.

Mais « aucune preuve solide ne vient actuellement étayer l’hypothèse du réchauffement climatique » estime plusieurs spécialistes du climat. D’ailleurs, le nombre de jours ayant connu de très fortes précipitations n’a pas subi d’évolution au cours du demi-siècle écoulé.

La " loi Defferre " sur la décentralisation du 2 mars 1982 largement en cause

Les chaînes de télévision donnent surtout la parole aux habitants et reprennent " en boucle " les images des voitures inondées, des maisons et des sous-sols dévastées provoqués par la brusque montée des eaux mais peu de médias parlent des véritables causes de ces catastrophes régulières.

La loi sur " la décentralisation ", initiée par Gaston Defferre en 1982, a partagé le pouvoir entre « l’État » et les « collectivités territoriales » ou locales.

Par ce processus, « l’État » a délégué un certain nombre de ses compétences aux « collectivités locales », qui se sont dotées de leurs propres organes de décision et de ressources propres.

Les « collectivités territoriales » ont acquis ainsi depuis cette époque davantage d’autonomie, notamment dans la délivrance des permis de construire, la délimitation des zones à " urbaniser ", le " plan d’occupation des sols ", etc.

La plupart des élus locaux ont alors mené des politiques foncières délirantes en faisant disparaître chaque année de nombreuses terres agricoles ou " zones vertes ".

Entre 2006 et 2014," l’artificialisation " des sols par le bétonnage ou le goudronnage a supprimé 500 000 hectares dont 2/3 de terres vouées à l’agriculture, réduisant quasiment à néant leur capacité d’absorption des eaux de pluies.

Tracé de nouvelles routes, construction de parkings, dispersion des zones d’habitats, création de nombreux lotissements inondables, mise en place d’un urbanisme commercial ou canalisation excessive des petits fleuves côtiers ont ainsi décuplés la force destructrice des pluies violentes ou d’orages exceptionnels.

Cela a renforcé les dégâts dans les zones les plus basses où aucun permis de construire n’aurait dû avoir été accordé, pour les habitations individuelles comme pour les implantations industrielles ou pour les « grandes surfaces ».

Aujourd’hui, les élus du Var et des Alpes-Maritimes ont donc d’écrasantes responsabilités dans deux départements en proie à la " folie immobilière " et où la densité atteint 300 habitants au km² et parfois bien plus contre une moyenne de 114 pour toute la France métropolitaine.

Ces élus ont facilité " l’artificialisation " de territoires entiers au nom de leurs « valeurs foncières » et oublient aujourd’hui dans leurs commentaires éplorés aux médias, que le " taux d’artificialisation " est trois fois supérieur dans les zones littorales de la région " Paca " que dans le reste de la France.

Toutes les statistiques du ministère de l’Écologie et du ministère de l’Agriculture le confirment.

La « " décentralisation » et les pouvoirs absolus accordés aux maires ont ainsi permis de faire des choix urbanistiques contestables, trop souvent liés à la pression des « milieux immobiliers » qui règnent " depuis des lustres " sur la région Paca...

Albert Ricchi

AgoraVox