Ingérences de l’Elysée sur le Parlement : tout le monde s’en fout ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Ingérences de l’Elysée sur le Parlement : tout le monde s’en fout ?

Capture d’écran elysee.fr

Ferrand " au Perchoir " parce que Macron en a décidé ainsi ?

L’Elysée qui interfère dans " l’affaire Benalla " ?

Des faits d’ingérence dont personne n’est dupe, qui passent comme " une lettre à la poste " et qui pose la question de la séparation des pouvoirs.

L’Elysée va-t-il trop loin dans l’ingérence avec le Parlement ?

Dis comme ça, on pourrait rétorquer que, de toute façon on est sous la Vème République alors, que le président de la République ait un " droit de regard " et de contrôle sur tout, ça n’est pas une surprise.

Et c’est vrai.

Depuis le général de Gaulle, " l’exécutif " domine le " législatif ", au point que l’Assemblée nationale et le Sénat sont bien souvent considérés comme de simples " chambres d’enregistrement ".

Avec Emmanuel Macron, pas de changement

Prenons l’élection du président de l’Assemblée.

Richard Ferrand, c’est " le choix du roi ". Il fut un des premiers à rallier Macron. Il n’a jamais affiché d’ambitions personnelles pouvant nuire à " la Macronie " contrairement à un Benjamin Griveaux qui " tweete " sur Paris tous les jours et il tient bon malgré les affaires.

Bref, Richard Ferrand, ce sera ce quatrième personnage de l’Etat " qui ne fait pas une vague ", l’homme idéal pour le job.

Enfin, pas pour tout le monde. Et tant pis pour la démocratie.

Votez Ferrand ou votez Richard

Le 6 septembre, au matin, Yaël Braun-Pivet, présidente LREM de la « Commission des lois », commentait ainsi la candidature Ferrand : « Notre Assemblée est prête à élire une femme à sa présidence […] Richard Ferrand […] n’incarne pas le renouvellement promis par Macron. »

Yaël Braun-Pivet espérait bien - elle - pouvoir incarner ce renouvellement. Sauf que, l’après-midi même, elle renonçait via un courrier envoyé au groupe LREM, dans lequel elle y écrit :

« Je choisis d’annoncer le retrait de ma candidature et mon choix personnel de voter pour Richard Ferrand. »

https://twitter.com/julienmuguet/status/1037676420007387137/photo/1

Aurait-elle reçu un coup de fil de pression ?

Non, assure-t-elle, alors que même certains de ses proches en doute auprès du journal " Marianne ".

Comme un air de déjà vu, c’est cette même Yaël Braun-Pivet qui avait acté la fin de la « Commission d’enquête » sur " l’affaire Benalla " au bout d’une semaine d’auditions.

Commission dont les oppositions avaient dû arracher la création à la majorité

Ingérence de l’Elysée ? Que nenni.

Même si parfois, un lapsus vaut tous les discours, n’est-ce pas Cendra Motin ?

Cette députée LREM - elle aussi candidate " au Perchoir " - a ainsi déclaré au micro de LCP à propos de l’élection de Ferrand :
« On a fait un choix de priorité, celle de faire confiance à la fois au président et au choix du président de la République. »

Mais le meilleur d’entre eux, ça reste le ministre de l’Intérieur.

Contrarié d’avoir entendu sur " France Inter " qu’il aurait une « préférence pour une femme », Gérard Collomb tweete : « J’ai rappelé mon amitié pour Richard Ferrand. Mais un ministre n’a pas à influencer un vote qui incombe à nos députés. »

Cette dernière phrase se passe de commentaire.

La réforme Benalla des institutions

Passons sur le fait qu’Alexandre Benalla disposait d’un badge d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée…

La « tempête dans un verre d’eau » continue en cette rentrée, notamment avec les auditions de la « Commission d’enquête » du Sénat, ce mercredi 12 septembre. Il n’aura donc pas fallu un jour pour que l’exécutif distille ses consignes dans les médias.

Sur " France Inter ", la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, lance : « Il ne doit pas y avoir d’interférence entre une commission d’enquête et une information judiciaire. »

Ce qui tombe plutôt bien, parce qu’une « Commission d’enquête parlementaire » n’a pas le même rôle qu’une information judiciaire et que les deux peuvent se tenir simultanément.

Ce fut le cas pour " l’affaire Cahuzac ".

Philippe Bas, sénateur LR et président de la « Commission d’enquête », ironise alors au micro de " Public Sénat " : « J’ignorais que la Garde des Sceaux était le conseil juridique de Monsieur Benalla. »

Benjamin Griveaux aussi y va de sa " petite pression ", moins subtil comme à son habitude. Le " porte-parole " du gouvernement a déclaré sur le plateau de " franceinfo ", toujours ce mercredi, qu’il « regrette une chose, c’est qu’au Sénat, la commission parlementaire ne soit pas présidée par quelqu’un qui puisse venir de LREM  ».

Et pour ceux qui aimeraient savoir ce que ça donnerait si son vœu était exaucé, voyez ci-dessous les propos de François Patriat, chef des sénateurs " en marche "...

https://twitter.com/publicsenat/status/1039845030049984513

Public Sénat

@publicsenat

Affaire #Benalla @f_patriat :" On voit bien que la commission du Sénat se transforme en juge, en accusateur et qu’elle cherche à atteindre le Président plutôt qu’à faire la lumière sur une affaire dont on connait tout aujourd’hui. "

15:55 - 12 sept. 2018

Plus tôt, lors de l’été, " l’affaire Benalla " avait déjà montré quelques « interférences » du Château.

Lundi 23 juillet, devant la « Commission des lois » du Palais-Bourbon, le patron de la direction de l’ordre public et de la circulation Alain Gibelin affirme qu’Alexandre Benalla a participé à des réunions de travail à l’Elysée entre le 4 et le 19 mai, période pendant laquelle il était censé être suspendu.

Le lendemain matin, l’Elysée diffuse un communiqué pour démentir l’info et, pis, Alain Gibelin finit par se dédire lui-même dans un courrier adressé à Yaël Braun-Pivet.

Il explique " avoir mal compris la question qui lui était posée " et qui lui a été posée à trois reprises.

" L’affaire Benalla ", c’est à cause d’elle que le projet de réforme constitutionnelle a été repoussé à la fin 2018. On aurait pu se dire que la majorité actuelle tiendrait compte des récents abus et dysfonctionnements au cœur des institutions de la Vè République.

Non.

Pire. La réforme vise à renforcer le " présidentialisme " et limiter le pouvoir législatif.

Au programme : une dose de proportionnelle à l’Assemblée, une baisse du nombre de parlementaires, une réduction du pouvoir d’amendement.

Enfin, faut-il encore que le gouvernement inscrive le projet de réforme dans l’agenda parlementaire. Et ça n’est pas gagné !

Loïc Le Clerc

regards.fr