Indépendance " suspendue " : le grand écart du président catalan, Carles Puigdemont

, par  DMigneau , popularité : 52%

Indépendance " suspendue " : le grand écart du président catalan, Carles Puigdemont

Carles Puigdemont a d’abord signé la déclaration d’indépendance avant de la suspendre. - LLUIS GENE / AFP

En signant puis suspendant l’indépendance, le président catalan a surpris Madrid comme les mouvements séparatistes. Mariano Rajoy a pour sa part annoncé la mise en œuvre de l’article 155 de la Constitution, celui suspendant l’autonomie de la Catalogne.

Au lendemain du discours du Président catalan, Carles Puigdemont, devant un parlement régional extrêmement tendu, la consternation règne en Espagne mais aussi en Catalogne.

Le chef de l’exécutif catalan a, en effet, réalisé un grand-écart digne du roi Salomon qui a laissé perplexe aussi bien les séparatistes que les défenseurs de la nation espagnole.

Puigdemont a réussi à suspendre la déclaration d’indépendance sans toutefois renoncer au défi séparatiste qu’il a lancé en début d’année.

Concrètement, le leader catalan a appuyé sur la touche « pause » pour gagner du temps. Après avoir signé un document proclamant l’indépendance le 10 octobre au soir, il a ajouté : " Le gouvernement catalan et moi-même proposons que le Parlement suspende les effets d’une déclaration d’indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue. "

Il espère ainsi inverser la tendance et mettre le gouvernement de Mariano Rajoy contre les cordes. Pour y parvenir, ce séparatiste de la première heure espère mobiliser une médiation internationale afin de « donner une chance au dialogue avec l’État espagnol ».

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« Ce que désire avant tout le camp indépendantiste, c’est d’obtenir une reconnaissance internationale de la Catalogne en tant que sujet politique et faire de cette question un conflit international et si possible une crise européenne », analyse l’historien et politologue Roberto Villa Garcia.

L’espoir des indépendantistes est d’obliger Madrid à négocier face à la pression internationale.

Représailles de Madrid et malaise chez les séparatistes

Mais le gouvernement central, qui a rejeté toute ouverture de dialogue, a opté pour la voie des représailles.

Après des semaines d’hésitation, l’exécutif de Rajoy a annoncé la mise en application prochaine de l’article 155 de la Constitution espagnole, permettant à Madrid de prendre le contrôle de la région en suspendant son autonomie.

Face à l’ambiguïté du discours du leader catalan, Rajoy a demandé aux séparatistes de confirmer si la Déclaration d’indépendance a eu lieu ou pas.

Le gouvernement conservateur, qui donne un ultime laps de temps aux séparatistes pour faire marche arrière, a désormais le soutien des " socialistes ", lesquels en échange de leur appui, ont sollicité une réforme de la Constitution d’ici les six prochains mois.

Au sein des mouvements séparatistes et notamment des alliés parlementaires " anti-système " de la CUP qui exigent une séparation immédiate avec l’État espagnol, le malaise est aussi présent.

Ces " anti-Espagne " ont donné un mois à Puigdemont pour négocier, durant lequel ils refusent de siéger au Parlement régional, bloquant ainsi la majorité parlementaire des nationalistes.

Dans ce contexte houleux, une seule certitude semble se confirmer : le gouvernement catalan n’a pas l’intention de convoquer de nouvelles élections alors que cette option est vivement souhaitée par Madrid.

Pendant ce temps, l’armée prépare sa logistique pour un possible déploiement en Catalogne en soutien des forces de police et de la Garde civile si jamais les séparatistes décident de déclarer haut et fort leur indépendance.

Diane Cambon,

correspondante en Espagne

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