Hypothèses d’école ou École de la République ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Hypothèses d’école ou École de la République ?

Quand les valeurs de l’école et de la démocratie s’effacent sur le tableau noir du “ volontariat “ et de la gouvernance par hypothèses injonctives… L’égalité et la lutte contre les fractures sont le préambule des déclarations ministérielles… Il n’en est rien. L’école est sacrifiée sur la base d’ “ hypothèses “ creusant les inégalités entre les élèves et niant ce qu’est " l’École Républicaine "...

Paul Devin, dans un blog de " Mediapart " daté (déjà) du 15 avril titrait : « Réouvrir les écoles par promesse d’égalité : Peut-on croire que l’égalité est la motivation première de la réouverture des écoles le 11 mai ? ».
 C’était le 15 avril, tout va très vite en ces temps médiatiques, malgré le confinement.

L’égalité et la lutte contre les fractures sont le préambule des déclarations ministérielles… Il n’en est rien.

C’était le 15 avril et, 10 jours après, malgré cet emballement de déclarations aux 3 plus hauts niveaux de « l’État », déclarations parfois contradictoires, force est de constater que rien n’a changé.

Le Sénat lui-même a émis des réserves quant à la communication du Ministre et sa méthode de décision (cf compte-rendu du groupe de travail “ retour des élèves dans les classes “ du 23 avril, réf en note de fin).

Pire, les quelques consultations annoncées ont été ignorées.

Aucun syndicat ne sait aujourd’hui s’il a été entendu et qu’elle est la mesure de la-dite " concertation ". Les maires ont été conviés pour très peu d’entre eux a une réunion virtuelle " au sommet " pour un résultat encore plus virtuel (n’en déplaise à " La Provence " et à ses titres fallacieux comme celui d’hier).

Le Ministre lors de son audition devant « l’Assemblée », a présenté des “ hypothèses “ nouvelles mais ces précisions, ce calendrier et ces schémas n’ont jamais été présentés aux organisations syndicales représentatives des personnels.

Déclarations incohérentes, désinformation, conditionnel pris pour de l’injonctif, recherche qui stagne après l’enthousiasme qui a du conduire aussi à la déclaration du 13 avril... rien ne correspond ici ni à l’état de droit qui devrait être celui de la République Française, ni aux principes de l’École de cette même République.

Pire (encore) ! Sous l’objectif de " réduire la fracture scolaire et sociale " dues au confinement, nous dit-on, les déclarations (des hypothèses bien sûr) associant la reprise des classes au volontariat tendent à creuser ces inégalités qui prévalaient avant la crise sanitaire, arrachant de notre École la notion d’assiduité et « d’obligation scolaire » dès lors qu’on est inscrit.

Ces deux notions sont par essence antinomiques dans notre « Système Scolaire » codifié constitutionnellement dans un esprit citoyen.

" Reprise des classes " ne peut pas s’accorder avec volontariat !

Comment considérer, pour exemple, cette situation lors d’une rentrée " ordinaire " ?

A moins de valider l’affirmation selon laquelle des parents, sur la base du volontariat, accepteraient de faire prendre de graves risques sanitaires à leurs enfants ?

Mais alors, seraient-ils inconscients quand les autres seraient de " bons parents " qui confinent leurs enfants dans la sécurité du foyer, nonobstant les difficultés économiques qui ne peuvent être niées, légitimes par ailleurs ?

Pour tenter de minimiser l’absurdité d’une telle option, il est mentionné l’obligation de continuer l’école à la maison, par une inscription au CNED notamment.

Comment cela pourra-t-il être contrôler ? Il n’en est pas fait état.

Comme pour toute autre " hypothèse " émise, lâchée médiatiquement, par nos " vertueux " dirigeants (un chef de cabinet du Premier Ministre insistait sur l’emploi du conditionnel), rien n’est jamais proposé comme piste d’accompagnement.

Ici encore tout se passe comme si Ministre, Premier Ministre ou Président avaient choisi d’émettre des “ hypothèses “ et de les laisser se développer, mûrir ou non, créer des anti-corps, les laisser migrer sur les « réseaux sociaux », puis, comme des " laborantins thésards ", en tirer confirmations ou infirmations et se bâtir peut-être une “ doctrine “ (terme employé par le Ministre de l’Éducation Nationale, cf en note les définitions surprenantes de ce terme antinomique au fait démocratique, CQFD)…

Hypothèses…

A ce sujet, je citerai un syndicat d’enseignants en date du 22 avril :

« Certes, ce sont des hypothèses, certes elles ont été présentées au conditionnel, certes le ministre a rappelé que le dialogue avec les syndicats, les représentants de parents d’élèves, les élus locaux et les lycéens n’était pas fini et que donc tout n’était pas calé.

Certes… mais il a donné des précisions, des schémas qui n’ont jamais été présentés aux organisations syndicales représentatives des personnels. […]
Ce faisant le " dialogue social " est mis à mal [ce qui n’est pas nouveau alors que le Président annonçait un changement de paradigme à chacun de ses discours].

C’est bien la méthode ici qui pose problème.

Dans la période que nous traversons, qui est éprouvante, nous avons collectivement besoin de préparer les évolutions […]. Cela suppose que les partenaires soient non seulement écoutés mais associés étroitement au processus de décision. » 
(cf réf en note de fin)

Pour le sujet présent, les " vertueuses " annonces de condition d’inscription au CNED ne sont que " poudre de perlin-pimpin " : si les familles qui ne reviendront pas seront parfois celles qui justement ne se sont pas connectées, elles ne vont pas s’inscrire au CNED.

En outre, comment refaire classe en renouant tous les fils épars si plusieurs manquent à l’écheveau ? Il a été dit à de nombreuses reprises que “ l’école à la maison “ est un terme fallacieux…
 l’école n’est pas " à la maison ".

L’école est “ ENSEMBLE “, dans le lieu sacré au sens anthropologique et axiologique du terme (et non religieux, cf en note la référence), lieu protégé et privilégié, dédié à cet “ acte “ d’être « l’École », avec la constitution d’un groupe de pairs autour d’un catalyseur.

Ce catalyseur selon les méthodes, les modes, les situations, le type d’apprentissage, peut être à la fois un guide, un professeur (celui qui enseigne), un “ instituteur “ (celui qui fonde), un révélateur... Bref, un enseignant, actif et bienveillant, rigoureux et adaptable…


Or, rien de tout cela n’est possible “ à la maison “.

Le CNED n’est qu’une aide proposée aux familles dans des situations particulières (santé, voyage à long terme, etc…), ne mentionnait pas les volontés légales mais qui n’ont pas lieu ici de fuite de l’école en tant que telle, rarement adossées au CNED (instruction à la maison, répondant à des conditions précises, et nullement à des enfants régulièrement inscrits sur les registres de l’école).


En aucun cas le CNED, malgré toutes ses qualités, ne peut prétendre remplacer l’école à l’école

L’école elle-même ne serait-elle alors qu’une “ hypothèse “ dans les grandes orientations de " la lutte contre ce virus " ?

Une " variable d’ajustement " en fonction d’une part des desiderata des grands employeurs quant à la décision, de « l’opinion publique » d’autre part quant aux flou de la mise en œuvre ?


Il n’y a aucune honte à vouloir que son pays ne souffre pas trop économiquement de toute crise, fut-elle « sanitaire » ; il est beaucoup plus répréhensible de présenter l’hypothèse des fondamentaux de « l’École » comme la raison de sa reprise et de l’habiller de " belles paroles " quant à " l’égalité républicaine ", " la lutte contre la fracture scolaire " et " la fracture sociale "…

Sacrifier les élèves sur l’autel du libéralisme, voilà une belle formule qui n’est pas une nouveauté ; mais sacrifier en plus les élèves sur les friches d’une crise sanitaire, imposant par “ hypothèses “ des inégalités entre ces mêmes élèves, imposant par “ hypothèses “ la négation même de ce qu’est « l’École Républicaine », voilà une responsabilité dont il faudra peut-être répondre…


Il semble évident, de même que le signalent de nombreux syndicats, que le Ministre, comme d’ailleurs l’ensemble du gouvernement depuis son avènement, n’écoutera ni nos arguments, ni nos récriminations, quant à sa méthode (Paul Devin évoque l’imposition d’une doxa) ou quant à sa stratégie (hypothèses présentées dans le cadre de “ doctrines “, quel pied de nez à la sémantique !).

Il ne tiendra pas compte de nos avis, remarques ou suggestions.

Il continuera à distiller des “ hypothèses “ dans les médias, espérant peut-être que les parents prendront celles-ci pour " argent comptant ", nonobstant leur aspect anxiogène et contradictoires bien souvent…

Le Ministre continuera à faire comme s’il ne savait pas ce qu’était une école primaire (maternelle et/ou élémentaire), à l’instar de cette exigence demandant de respecter la distanciation humaine, mission impossible au sein d’une école où, même avec des demi-groupes, des dizaines d’enfants en mal de contacts sociaux et de " vivre ensemble " sont amenés à s’ébattre.

A noter que les recommandations (cf réf en note de fin) de « l’Académie de Médecine » du 23 avril à ce sujet montrent la méconnaissance totale par ces " pontes " de ce qu’est une école et de ce que sont des élèves au sein d’une école, physiquement et psychologiquement ; sans compter la méconnaissance de la topographie des classes.

Espacer les tables de 1m ne va pas laisser beaucoup de possibilités d’accueil, en effet, dans des classes de 50-55m2 en moyenne (soit au maximum 7x8m, en comptant le mobilier !...

On comprend dés lors la base du " volontariat " : quelle hypocrisie !

La « distanciation humaine » dans l’enceinte de l’école est un leurre, les parents doivent le savoir.

Il est à ce sujet hors de question de demander aux directions d’École d’en assumer la responsabilité !

Soit la situation sanitaire est sûre, et l’école ouvre comme telle, soit il y a danger, et ce n’est pas l’école de la République que l’on ouvre, mais au mieux une garderie améliorée, au pire une expérimentation d’immunisation

Que ce soit rangé dans la catégorie des commentaires annexes, il semble essentiel de ne pas se taire et de répéter fortement que dés lors que l’on parle « d’Ecole républicaine », dés lors qu’il est motivé que la reprise de l’école est essentielle pour limiter la fracture scolaire et la fracture sociale, cette obligation d’assiduité, correspondant au régime général de droit de la " frexpérimentation d’immunisationéquentation " scolaire, doit s’appliquer.


On ne pourrait pas comprendre une reprise “ à la carte “… sauf à considérer que la fréquentation de l’école est soumise à crainte et doute en terme de sécurité sanitaire, auquel cas, l’école NE doit PAS ouvrir, ou à tout le moins en tant « qu’École », mais bien comme lieu d’accueil d’enfants sans garantie ni pédagogique, ni sanitaire, ni égalitaire…


L’avenir jugera…

« Tous les instants étant à jamais marqués par nos actions, il est bon de ne jamais oublier d’employer, dés à présent, ceux qui nous sont accordés, avec sagesse, pour faire le bien »

Marc BURLAT

MediaPart

NOTES :

- Extraits de l’article du Blog de Paul Devin quant à la communication gouvernementale et à l’engagement des enseignants :

« […] Non, la réaction enseignante aux propos présidentiels [et ministériels] ne témoigne pas d’un égoïsme mais d’un doute sur les motivations de la reprise. Il faut dire qu’une crise de confiance profonde existe qui a été installée par la surenchère d’une communication institutionnelle basée sur l’énoncé d’éléments de langage. Tant de fois, ces discours n’ont eu d’autre but que l’imposition d’une doxa, refusant des débats qui seraient légitimes au vu de la complexité. Cette communication dont bien des analyses médiatiques ont montré la répétition quasi propagandiste, a produit un doute constant sur sa sincérité. »

« [...] La réponse nous la trouverons dans l’attitude des enseignantes et des enseignants pendant les quatre dernières semaines, une attitude qui a révélé sans ambiguïté leur engagement.

Jamais il n’a manqué de volontaires pour accueillir les enfants de soignants alors que les conditions étaient loin d’être réunies pour offrir la meilleure sécurité et que parfois même les gestes barrière les plus élémentaires ne pouvaient être garantis...

Quant à la continuité pédagogique, elle a tant mobilisé les énergies que des familles ont parfois dit que trop d’activités étaient proposées aux enfants ! Et dans la volonté à maintenir le lien, les enseignantes et enseignants ont accordé une attention particulière aux familles les plus éloignées. »

Réf " Mediapart " de l’article cité :

https://blogs.mediapart.fr/paul-devin/blog/150420/reouvrir-les-ecoles-par-promesse-d-egalite

- Ref Syndicat cité : SGEN-CFDT, " Retour sur l’audition du ministre de l’Éducation nationale par les députés ", publié le 22 avril 2020 :

https://www.sgen-cfdt.fr/actu/retour-sur-laudition-du-ministre-de-leducation-nationale-par-les-deputes/

- Ref Sénat : “ Préconisations du Groupe de Travail relatives aux modalités du retour des élèves en classe

http://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/Images/communication/Culture/GT_enseignement_scolaire_retour_des_eleves_en_classe_synthese-1.pdf

- Ref " Recommandation de l’Académie de Médecine " (du 23 avril 2020) :

http://www.academie-medecine.fr/communique-de-lacademie-nationale-de-medecine-mesures-sanitaires-pour-la-reouverture-des-ecoles-colleges-lycees-et-creches/

- SACRÉ : « Le sacré est une notion d’anthropologie culturelle permettant à une société humaine de créer une séparation ou une opposition axiologique entre les différents éléments qui composent, définissent ou représentent son monde : objets, actes, espaces, parties du corps, valeurs, etc.

Le « sacré » fait signe vers ce qui est mis en dehors des choses ordinaires, banales, communes ; il s’oppose essentiellement au profane, mais aussi à l’utilitaire. » source wikipedia)

- DOCTRINE : « Ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action. » et aussi en droit « Ensemble de notions qu’on affirme être vraies et par lesquelles on prétend fournir une interprétation des faits, orienter ou diriger l’action (opposé à législation et à jurisprudence). » Sources Wiki, Larousse, et autres)