Hors du vote, point de salut !

, par  DMigneau , popularité : 0%

Hors du vote, point de salut !

Il suffit d’annoncer que l’on va s’abstenir lors du vote pour « les européennes », pour aussitôt être " voué aux gémonies " ou à tout le moins interdit de parole.

L’affirmation « tu ne votes pas, donc tu n’as pas le droit de parler » est relativement fréquente, de même que celle « abstention = vote Macron » ou bien encore « voter, c’est plus citoyen que de rester chez soi ».

On découvre également des choix pour le RN qui se font en dehors de toute considération programmatique, uniquement, dans le cas d’espèce, pour " donner une leçon à Macron ".

Le vote est donc un vote " défouloir " et non un vote d’adhésion.

Enfin, il faut parler de l’obsession du vote, avec la sempiternelle affirmation « il y en a qui sont morts pour ça… » ou bien encore - et cela peut être compris - la peur du " qu’en dira-t-on " dans les petites communes où une forme de contrôle social existe encore et qui se traduira par un " vote nul " ou " blanc " noté en bas de colonne.

Revenons sur le " vote blanc " puisque sa reconnaissance (" blanc ", c’est exprimé) faisait partie des revendications des " gilets jaunes ", notamment, et qui a été " balayé d’un revers de main " par M. Macron pas pressé de reconnaître que les élections se gagnent aujourd’hui avec une majorité de 20 % des inscrits ou moins, selon les cas.

Donc, voter " blanc ", c’est comme " pisser dans un violon " dans la mesure où les commentateurs diront qu’untel ou un autre a " gagné les élections " avec 51 % des suffrages exprimés.

Enfin, on me dit qu’avec 34 listes, j’ai le choix…

Entendons-nous, les élections européennes sont l’occasion pour des petits partis ou rassemblements divers et variés d’obtenir une visibilité télévisuelle étant entendu qu’on ne verra jamais leurs affiches sur les panneaux électoraux et qu’on ne trouvera pas de bulletin de vote à leur nom le jour du scrutin.

C’est aussi l’occasion de constater que « la gauche » - ou supposée telle - est tellement éparpillée façon " puzzle " qu’on est en droit de prédire la fin du PS après quelques tentatives d’acharnement thérapeutique.

La juste conclusion des « directives » de " Terra Nova " qui avait conseillé à ce parti d’abandonner les classes populaires pour s’intéresser aux classes " moyennes ".

Résultat, les classes populaires défilent avec les " gilets jaunes " ou ont rejoint le RN et les classes " moyennes " sont chez Macron, pour l’instant (tout dépend de la définition de « classes moyennes »).

Vous aurez remarqué, qu’à ce stade du débat, on ne parle pas - ou très peu - « d’Europe » et de programmes. Tout a été fait pour polariser le débat entre Macron et Le Pen qui - au passage - ne sont pas candidats.

Alors, bien sûr, on a vu revenir des deux côtés le débat habituel sur l’immigration et l’affirmation d’un combat entre « populistes et progressistes » sans qu’on nous donne une définition précise de cette expression et des conséquences de l’élection majoritaire des uns ou des autres à Bruxelles.

Nous avons eu droit également à une petite dose de laïcité et d’une dose plus significative de « défense européenne » sans qu’on nous explique qui était notre ennemi.

Etrangement, mais ce n’est pas un hasard, on parle très peu de « l’Europe sociale » sauf pour un pseudo " Smic européen " ou de fiscalité, ni de la présence au sein de « l’Europe » de " paradis fiscaux " comme l’Irlande, le Luxembourg ou Malte… qui faussent la fameuse " libre concurrence " et la " libre circulation " et favorisent " l’optimisation fiscale ".

On ne parle pas non plus des « travailleurs détachés » (près de 520 000 en France) qui concurrencent directement les travailleurs français et participent au déséquilibre de notre système de protection sociale aussi sûrement que les primes et heures supplémentaires « désocialisées » et/ou « défiscalisées ».

On ne parle pas non plus de la fameuse règle de l’unanimité nécessaire à l’adoption d’une politique commune, ce qui explique, par exemple, que les promesses sur la biodiversité et l’écologie ou la renégociation des traités n’engagent que ceux qui les écoutent.

Enfin, pas d’analyse critique sur les conséquences de l’élargissement passé de l’Europe aux pays de l’Est en matière de délocalisation d’activités industrielles ni sur le caractère concurrentiel en matière d’emplois.

" Cerise sur le gâteau ", la pantalonnade du " Brexit " et les délais successifs accordés pour des raisons pas toujours très claires : à côté d’un Macron, figure un peu forcée de l’intransigeance, Merkel, qui ne souhaite pas plus que cela la sortie de la Grande Bretagne pour des raisons économiques qui lui sont propres, nous donne une image très individualiste de cette Europe qui devient un peu du " chacun pour soi ".

Alors, on nous parle des « apports » de «  l’Europe  », à savoir " qu’elle garantit la paix du continent ", qu’elle " facilite la libre circulation des personnes ", que le rapprochement des normes facilite l’intégration commerciale que la politique " redistributive " favorise les territoires les moins développés et que « l’Europe » repose sur un ensemble de valeurs qui sont celle de la démocratie et de « l’Etat de droit ».

Sauf que tout cela semble aujourd’hui un peu usé et très partiel surtout depuis que « la Finance », la « mondialisation », « l’optimisation fiscale » et l’accès au « marché européen » par des pays qui se contrefichent de nos normes juridiques et de notre engouement pour nos « valeurs » et qui " les battent en brèche " un peu plus chaque jour se sont mis en tête que « l’idéalisme » n’était pas une valeur " cotée en bourse ".

Alors voyez-vous, je ne vois aucune perspective de changement dans le débat imbécile et stérile qui cherche à nous endormir et nous faire oublier les véritables enjeux.

Je m’abstiendrai le 26 mai prochain parce que les résultats, quels qu’ils soient, n’ont aucune chance de déboucher sur une transformation de l’Europe.

Michel DROUET

AgoraVox