Haïti : face au scandale sexuel qui touche l’ONG Oxfam, sa directrice adjointe démissionne

, par  DMigneau , popularité : 67%

Haïti : face au scandale sexuel qui touche l’ONG Oxfam, sa directrice adjointe démissionne

Le gouvernement britannique menace de couper les subventions allouées à l’ONG. - Andy Buchanan / AFP

Plusieurs employés de l’ONG auraient engagé des prostituées lors d’une mission à Haïti en 2011 consécutive au séisme qui avait ravagé le pays. Des pratiques que l’ONG aurait délibérément couvertes malgré une enquête interne.

Même les organisations humanitaires ont leurs scandales sexuels. Selon le quotidien britannique " The Times ", plusieurs employés de l’ONG britannique Oxfam auraient fait appel à des prostituées, dont certaines étaient mineures au moment des faits, en 2011 au cours d’une mission consécutive au séisme qui avait ravagé Haïti un an plus tôt.

Face à la polémique, le gouvernement britannique menace aujourd’hui de couper certains financements alloués à l’ONG. La directrice adjointe d’Oxfam, Penny Lawrence, qui dirigeait au moment des faits les programmes humanitaires à Haïti et au Tchad, a annoncé sa démission dans un communiqué.

Elle affirme endosser " l’entière responsabilité " du comportement de ses équipes.

D’après " The Times ", de jeunes prostituées étaient invitées par certains employés d’Oxfam dans les hôtels payés par l’organisation. Le quotidien cite même une source ayant vu une vidéo d’une orgie avec celles-ci portant des t-shirts marqués du nom de la structure humanitaire.

Un rapport très partiel

Des agissements qui sont remontés très vite aux oreilles des cadres d’Oxfam. En août 2011, après les dénonciations d’un lanceur d’alerte, l’ONG ouvre une enquête qui donne lieu à un rapport adressé à la « Commission caritative », l’organisation qui contrôle les associations caritatives.

Dans ses pages, des " comportements sexuels inappropriés ", des " faits d’intimidation " et de " harcèlement " sont évoqués. Mais aucune trace de " crimes sexuels impliquant des mineurs ", souligne le titre britannique.

Dans la foulée de cette publication, toujours en 2011, quatre employés sont licenciés sans qu’aucun autre motif que " faute grave " ne soit clairement communiqué publiquement.

Trois autres ont démissionné. Parmi eux, Roland van Hauwermeiren, directeur d’Oxfam à Haïti à cette époque-là, qui a récemment admis avoir engagé des prostituées.

La police haïtienne ne sera jamais prévenue alors que la prostitution est illégale dans le pays et que la majorité sexuelle est fixée à 18 ans. Ni même les autres ONG.

Employé recasé

Un silence qui a permis à Van Hauwermeiren de devenir « chef de mission » pour « Action contre la faim » au Bangladesh à partir de 2012 et jusqu’en 2014. Alors que, selon " The Observer ", le Belge aurait commis les mêmes faits au Tchad en 2006.

Une affaire qui rappelle celle qui avait touché des « casques bleus » de l’ONU en 2015. Plus de 230 Haïtiennes déclaraient avoir eu des rapports sexuels avec ces hommes contre de la nourriture, des téléphones portables, des médicaments ou de l’argent.

" J’aurais préféré que nous évoquions des mauvais comportements de nature sexuelle "

Aujourd’hui, Oxfam se défend tant bien que mal face à ce scandale. " Avec le recul, j’aurais préféré que nous évoquions des mauvais comportements de nature sexuelle, a confié samedi le PDG de l’organisation, Mark Goldring sur " BBC Radio 4 ". Mais je ne pense pas qu’il était dans l’intérêt de quiconque de décrire les détails de ce comportement, car cela allait vraiment attirer une extrême attention sur ce sujet. "

Une défense qui pourrait ne pas suffire pour conserver les financements alloués par le gouvernement britannique. En 2017, Oxfam a reçu près de 36 millions d’euros du ministère au Développement international. Sa secrétaire d’Etat, Penny Mordaunt a prévenu que ces subventions pourraient cesser face à cette " trahison absolue ". Une rencontre doit se tenir ce lundi entre elle et la direction d’Oxfam.

Un rendez-vous déterminant pour l’ONG.

Anthony Cortes

Marianne