Guerre interne à l’UPR : " l’affaire Asselineau " prend une tournure judiciaire

, par  DMigneau , popularité : 0%

Guerre interne à l’UPR : " l’affaire Asselineau " prend une tournure judiciaire

Voilà, ça y est, c’est fait : un ex-employé de l’UPR a porté plainte le 5 mai 2020 contre François Asselineau, président de l’UPR, le parti qui réclame le " Frexit " depuis 2007. Les chefs d’accusation : " harcèlement et agression sexuelle ".

Un énorme poids se libère donc désormais des épaules de l’UPR : le parti n’aura pas à juger cette affaire en interne, la justice ayant désormais cette charge.

Sans ce dépôt de plainte, l’UPR aurait été plongée dans une situation ardue : François Asselineau n’aurait jamais accepté d’être jugé par un tribunal improvisé par le « Bureau National » de l’UPR. Ce dernier n’a pas la légitimité statutaire pour le faire. Et il n’a d’ailleurs certainement pas non plus les compétences pour juger d’affaires aussi sensibles, qui sont plutôt du ressort de magistrats professionnels.

Paradoxalement, ce dépôt de plainte pourrait donc donner une meilleure chance à l’UPR pour que la guerre interne se transforme en un dialogue constructif.

Il se pourrait même que le parti ait une opportunité historique d’évolution fructueuse, c’est ce thème que je développerai dans les dernières sections de cet article.

1° / Mathieu

« Mathieu » est le pseudonyme donné au plaignant dans l’article publié par le journal " Libération " le 9 mai 2020.

Outre " Libération ", " L’Obs " a également publié un papier, et ces deux articles cumulés donne les informations suivantes sur cet ex-employé de l’UPR.

Mathieu, âgé aujourd’hui de 26 ans, a travaillé en usine et en " Ephad " et a été également " menuisier " et " peintre en bâtiment ".

Il rencontre pour la première fois François Asselineau en 2017 au " Sommet de l’élevage " de Clermont-Ferrand.

Au fil des rencontres, les deux hommes deviennent amis.

Ils se tutoient, « un privilège très rare quand il s’agit de François Asselineau », selon un membre du parti.

Ils se promènent ensemble dans Paris, François Asselineau faisant découvrir à Mathieu divers lieux comme le « Père Lachaise », les " arènes de Lutèce ", etc.

Mathieu voyage également à travers la France avec François Asselineau.

Les deux hommes passent des week-ends ensemble.

Leur relation amicale est « très forte ».

Mathieu présente François Asselineau à ses parents, à sa grand-mère, à ses amis.

Puis il est embauché par l’UPR le 16 septembre 2019 comme " attaché de presse " et " chauffeur ". D’après " Libération ", cette embauche est pilotée en solitaire par François Asselineau et « l’embauche du jeune homme à un poste aussi proche du président, sans qualifications, sur la foi de son bagou, n’a pas été vue d’un bon œil en interne  ».

Mathieu s’installe dans un studio de 17 m2 à Paris, François Asselineau s’étant " porté garant " pour lui.

Visiblement, François Asselineau et Mathieu ont une relation assez singulière. La remarque du Secrétaire général de l’UPR à ce sujet est assez représentative : « Cela fait penser à une relation socratique, sans la dimension sexuelle  ».

Et effectivement, que ce soit l’article de " Libération ", ou celui de " L’Obs ", toutes les péripéties que l’on découvre, racontées pourtant du point de vue de Mathieu, font penser à un théâtre des sentiments tout à fait classique dans n’importe quelle relation " émotionnellement intense " qui connaît des hauts et des bas.

Évidemment, les évènements relatés dans ces articles de presse ne sont que des bas : jalousies, volonté de faire enrager l’autre, menaces grandiloquentes, etc.

A priori, ce cas de figure ne correspond pas à des affaires de harcèlement classiques entre un patron et un employé : ici, le plaignant est engagé dans une intimité émotionnelle de longue date avec celui qu’il accuse. C’est un point essentiel car, comme je le disais dans mon article précédent, lorsque les faits incriminés s’inscrivent « dans le cadre de relations de familiarité réciproques » cela peut exclure totalement toute notion de « harcèlement sexuel » (jurisprudence).

Concernant le chef d’accusation « agression sexuelle », Mathieu le motive de la façon suivante : François Asselineau lui aurait caressé la main alors qu’il conduisait la voiture du parti et il l’aurait embrassé sur la bouche un jour où Mathieu dormait sur le siège passager.

« A chaque fois, je lui dis d’arrêter, mais ça le fait marrer. » déclare Mathieu.

Le fait qu’Asselineau prenne les choses à la rigolade pourrait laisser penser, par exemple, que lui aussi voulait faire « enrager » son jeune compagnon de route. La « finalité sexuelle » des contacts physiques, en admettant que ces derniers aient bien eu lieu, reste donc à démontrer.

De plus, apparemment, Mathieu savait en devenant salarié de l’UPR qu’il pouvait s’attendre à une relation pas forcément évidente avec François Asselineau, puisque l’un des amis de Mathieu, à qui ce dernier s’est confié, témoigne à " Libération " : « Il m’a dit très tôt ses craintes de travailler avec une personnalité pour le moins complexe, dont les sentiments pourraient franchir les bornes de la simple amitié. Tout bien pesé, il a fait le pari qu’une relation tant amicale que professionnelle avec François Asselineau était possible, et qu’il saurait, dans tous les cas, la contenir dans des limites du raisonnable. »

2° / Démarrage d’une procédure judiciaire, quelle conséquence pour l’UPR ?

Dans son communiqué du 9 mai 2020, qui a suivi la sortie de l’article de " Libération " révélant que Mathieu avait porté plainte, François Asselineau déclare :

« Je nie bien évidemment avec force les accusations qui sont portées à mon encontre et me tiens à la disposition des enquêteurs pour leur apporter tous les éléments nécessaires à démontrer mon innocence. Mon avocat déposera, par ailleurs, dès lundi une plainte en dénonciation calomnieuse à l’encontre de celui qui tente, par vengeance ou sous influence, de salir mon nom. (...)

Soyez assurés du fait que je ne laisserai pas détruire mon honneur, mon intégrité, ma famille et l’œuvre que je bâtis avec vous depuis treize ans. »

Il est clair que François Asselineau n’a pas l’intention de démissionner de son poste de président de l’UPR.

L’avenir de François Asselineau se jouera dont sûrement lors du prochain Congrès de l’UPR, qui se réunit cette année et au cours duquel les adhérents de l’UPR voteront pour renouveler la direction du parti, c’est à dire la présidence et le « Bureau National ».

Logiquement devraient se présenter au moins deux listes :

- celle de François Asselineau avec un « Bureau National » renouvelé et expurgé des cadres contestataires.

- celle des « cadres contestataires », avec par exemple à leur tête, au hasard, les sympathiques Charles-Henri Gallois ou Zamane Ziouane.

Lors de ce vote, dans quelle mesure les adhérents vont-ils être influencés par l’existence de cette plainte de Mathieu ?

Les adhérents vont-ils faire comme les contestataires, c’est à dire juger François Asselineau coupable avant même que la justice ne se soit prononcée ?

Il est difficile de répondre à cette question avec une certitude absolue.

Mais quel crédit peut avoir la plainte de Mathieu aux yeux des adhérents, alors que lui-même savait en acceptant le poste à l’UPR qu’il se mettait dans une situation complexe, ayant déjà une relation « très forte » avec François Asselineau ?

Les adhérents ne vont-ils pas penser qu’il eût été logique, une fois que Mathieu avait constaté que son « pari » de concilier une relation à la fois amicale et professionnelle avec François Asselineau avait échoué, qu’il présente tout simplement sa démission et quitte son poste à l’UPR ?

Les adhérents de l’UPR vont-ils considérer a priori que Mathieu est une « victime », comme il est devenu à la mode de le faire à notre époque, en faisant fi de la « présomption d’innocence » de l’accusé ?

Difficile de répondre à ces questions.

Pour le moment, la seule chose claire qui peut être éventuellement retenue contre François Asselineau est qu’il a engagé à l’UPR un ami " très proche " sans l’approbation des membres du « Bureau National », Mathieu manquant d’expérience pour un poste " d’attaché de presse ".

Mais est-ce suffisant pour que les adhérents votent pour la liste des contestataires ?

3° / Une guerre interne stérile

Rappelons que les cadres contestataires ont été fort maladroits au démarrage de leur action.

J’évoquais dans mon article précédent comment les cadres contestataires s’étaient engagés sur le registre du " bras de fer " stérile, plutôt que celui d’une discussion fructueuse.

Notamment, dans la lettre envoyée le 18 avril 2020 à François Asselineau, les cadres indiquaient que sa démission était jugée « inéluctable » et « nécessaire » à la bonne marche de l’UPR.

Envoyer ce type de message à l’homme qui a fondé l’UPR et pour qui la promotion du " Frexit " est LE combat de sa vie était à la fois le meilleur moyen de ne pas engager un dialogue serein et se faire passer aux yeux de tous pour des « putschistes » complètement déconnectés du réel : on ne demande pas à un " Everest " de rentrer sous terre simplement en affirmant que sa démission paraît inévitable, et encore moins avant même d’avoir effectué une enquête digne de ce nom et mis en place un débat contradictoire.

Il faut noter tout de même que les cadres contestataires ont singulièrement manqué de chance.

Lorsque François Asselineau leur renvoie sa réponse le 19 avril 2020, cette réponse se retrouve publiée et " fuitée " dans la presse deux jours plus tard !

Probablement l’un des destinataires de la lettre de François Asselineau a fait " fuiter " ce message de réponse.

De plus, le « Bureau National » émet un communiqué le 24 avril que l’on découvre relayé sur le compte " twitter " d’un journaliste du " Figaro ".

Nouveau manque de chance.

Notons également que le communiqué du « Bureau National », au lieu de se montrer plus diplomate que la première lettre envoyée à François Asselineau, fait encore preuve d’un autoritarisme déplacé, « convoquant » le président comme s’il devait se rendre à un tribunal, et faisant fi de la proposition de François Asselineau de se réunir une quinzaine de jours plus tard, après la fin du confinement dû au " coronavirus ".

Cette attitude achève de mettre " le feu aux poudres " : François Asselineau parle dès lors des cadres contestataires comme de forbans sans foi ni loi.

Et pour le moment, la dynamique de guerre interne semble intacte :

Le communiqué du 9 mai 2020 de François Asselineau fait l’hypothèse voilée que Mathieu puisse être l’instrument des cadres contestataires : Mathieu « apparaît désormais comme l’instrument de tous ceux qui ont intérêt à me nuire » déclare le président.

François Asselineau reprend ainsi une thématique déjà développée dans son message du 25 avril 2020, où il parle d’une «  conjuration emmenée par quelques individus désireux d’accaparer pour leur compte le mouvement politique que nous avons collectivement construit depuis 13 ans, et par d’autres emmenés par le seul désir de nuire pour venger des différends personnels  ».

Bref, il est probable que, du point de vue de François Asselineau, la solution à la crise soit que les collaborateurs en qui il ne peut plus avoir confiance quittent la direction du parti.

Regardons maintenant du côté des cadres contestataires.

Si l’on se réfère, par exemple, à ce fil de discussion sur " Twitter " : tweets

https://archive.is/c3x9V

ou encore à cette vidéo " Youtube " :

https://www.youtube.com/watch?v=isfsJ2tl4hM

ansi que les interventions sur " Twitter " des contestataires, par exemple ceci :

https://archive.is/g2gGl

il est facile d’en déduire également que l’humeur du moment n’est pas à la recherche de solutions constructives mais simplement à la critique du chef et à la construction d’une liste alternative à proposer aux adhérents lors du Congrès.

Bref, il semblerait que le divorce soit consommé et que la seule issue soit de départager les " frères ennemis " par un vote des adhérents réunis en Congrès, qui désignera le président de l’UPR et le « Bureau National » pour les trois prochaines années.

Mais la partie n’est pas tout à fait finie et il existe encore quelques espoirs que l’UPR sorte de la crise " par le haut ", comme je l’expliquerai dans les derniers chapitres de cet article.

Mais pour l’instant, faisons une petite pause détente.

Je vous propose de tirer " à boulets rouges " sur la presse nationale.

C’est un exercice facile et cela vous permettra - je l’espère - de reprendre des forces pour la suite.

4° / Petit commentaire sur la presse

La photo de François Asselineau qui a été choisie par le journal " Libération " pour illustrer son article a une portée symbolique assez navrante.

En effet, la photo choisie rappelle les bonnes vieilles recettes nazies de propagande " anti-juive " et " anti-communiste " qui consistaient à représenter les personnes visées sous des traits repoussants :

La photo de François Asselineau, choisie par " Libération ", le fait ressembler à un tueur de vieilles dames dans un film noir allemand des années 1930 :

Notons que Mathieu, le plaignant, se retrouve donc ainsi placé dans une opération aux relents si nauséabonds - ou si comiques pour ceux qui considéreront ce grossier artifice journalistique pour ce qu’il est - que son histoire risque de ne guère " faire pleurer dans les chaumières " UPR.

Il faut remarquer, par ailleurs, que " Libération " et " L’Obs " ont enquêté à l’occasion de cette histoire de « harcèlement » et qu’ils n’ont jamais enquêté pour savoir si les analyses de l’UPR étaient pertinentes : ce n’est pourtant pas bien difficile, puisque les " journalistes " n’ont qu’à lire les articles des traités européens dont l’UPR donne les numéros pour vérifier que les bases des raisonnements de l’UPR sont solides.

Ainsi, " Libération " et " L’Obs " font figure ici de simple " presse à scandale ", après avoir oublié de se comporter en organes essentiels au bon fonctionnement de la démocratie : en principe, ils devraient fournir les informations nécessaires pour que les électeurs puisse avoir un vote « éclairé ».

Et connaître le fonctionnement de « l’Union européenne » est à ce titre fondamental.

5° / Le compteur d’adhérents

Dans son allocution du 8 mai 2020, François Asselineau annonce qu’une réunion du « Bureau National » de l’UPR aura lieu le 6 juin 2020, et qu’au cours de cette réunion, toutes les questions soulevées par les cadres contestataires seront abordées.

Donc, la question du « compteur d’adhérents » présent sur le site de l’UPR, dans le bandeau supérieur sur toutes les pages du site, sera à l’ordre du jour.

Il serait peut-être bon que l’UPR en profite pour clarifier ses statuts.

Ceux-ci indiquent :

« Toute personne n’ayant pas renouvelé sa cotisation pendant deux années consécutives perd sa qualité d’adhérent, sauf décision contraire prise par le Bureau national et dûment motivée. »

Il faudrait voir si la formulation n’est pas source d’ambiguïtés qui pourraient causer des conflits dans la façon de comptabiliser les adhérents.

Je m’en explique ci-dessous, mais vous pouvez sauter cette explication technique, qui n’est pas utile à la compréhension pour la suite de l’article.

Logiquement, une personne qui adhère pour la première fois à l’UPR, par exemple, le 15 février 2017, et qui ne paye qu’une seule cotisation, le 15 février 2017 et pas par la suite, perd sa qualité d’adhérent le 15 février 2020.

En effet, il aurait dû renouveler sa cotisation lors de la seconde année en tant qu’adhérent, c’est à dire entre le 15 février 2018 et le 15 février 2019.

Puis il aurait dû renouveler sa cotisation lors de sa troisième année en tant qu’adhérent, entre le 15 février 2019 et le 15 février 2020.

N’ayant pas renouveler sa cotisation deux années de suite, il perd sa qualité d’adhérent le 15 février 2020.

Ou bien alors, il faut compter deux années à partir de la dernière date à laquelle il aurait versé sa cotisation ?

Dans ce cas, il n’aurait plus la qualité d’adhérent dès le 15 février 2019 ?

Et s’il paye une première cotisation le 15 février 2017 lorsqu’il adhère, puis qu’il paye une autre cotisation - par exemple, en décembre 2019 - comment fait-on ?

Est-ce que la cotisation versée en décembre 2019 vient payer sa seconde année d’adhérent, celle du 15 février 2018 au 15 février 2019 ? (première option)

Ou bien considère-t-on que l’UPR fait " grâce " à l’adhérent de payer une cotisation pour l’année du 15 février 2018 au 15 février 2019 ?

Si oui, alors sa cotisation de décembre 2019 vient régler l’année en cours, c’est à dire l’année du 15 février 2019 au le 15 février 2020. Cela reporte donc au 15 février 2022 son éventuelle perte de qualité d’adhérent en cas de non paiement de cotisation après décembre 2019.

Alors que dans la première option, son éventuelle perte de qualité d’adhérent se situera le 15 février 2021.

Bref, il serait bon que le règlement intérieur de l’UPR vienne préciser très exactement comment tout cela fonctionne.

6° / Un conflit possible sur la détermination de la date du prochain Congrès

Il y a fort à parier que, vu les relations exécrables entre François Asselineau et les cadres contestataires, que François Asselineau cherche à se débarrasser au plus vite des « conjurés ».

Pour François Asselineau, il pourrait donc paraître nécessaire que les adhérents passent le plus vite possible au vote pour désigner la nouvelle direction de l’UPR (président + « Bureau national ») pour les trois prochaines années.

De leur côté, les cadres contestataires ont intérêt à ce que le vote soit reporté le plus longtemps possible, afin d’avoir le temps de s’organiser pour convaincre les adhérents du bien-fondé de leurs positions.

La date du prochain Congrès va donc probablement être l’objet d’un nouveau conflit.

Des traces sur " Twitter " et " Facebook " semblent prouver que le conflit est même déjà en cours.

Par exemple :

Tentons d’y voir clair.

Les statuts de l’UPR stipulent que le Congrès « est convoqué par le Président, après consultation du " Conseil national ", au moins trente jours avant sa tenue » (article 11.3).

Et par ailleurs, il est indiqué dans les statuts que le « Conseil National » de l’UPR « fixe la date et les modalités de convocation du Congrès » (article 12.2).

Tout cela donne le sentiment que la procédure normale est que le président demande au « Conseil National » de se prononcer sur la date et les modalités du Congrès, puis qu’il applique les décisions prises par le « Congrès ».

Pour l’instant, rien ne dit que François Asselineau s’opposera à la volonté du « Conseil National », qui est tout de même composé d’environ au moins 150 cadres de l’UPR.

Mais admettons qu’il le fasse tout de même.

Comment pourrait-il le justifier ?

C’est assez simple :

Il est indiqué dans les statuts de l’UPR que le « Congrès » " est convoqué par le Président, après consultation du Conseil national, au moins trente jours avant sa tenue. "

Dans la langue française « consulter » veut dire « demander un avis, un conseil ».

Il n’y a aucune notion de contrainte.

François Asselineau pourra argumenter que si les statuts avaient voulu indiquer que l’avis du « Conseil National » était contraignant, ils auraient été rédigés, par exemple, comme ceci :

« Le Congrès est convoqué par le Président, conformément à la date et aux modalités fixées par le Conseil national, au moins trente jours avant sa tenue ».

On pourra objecter que même si le président n’est pas contraint de tenir compte de l’avis du « Conseil National », il lui faudra donner tout de même une bonne raison pour ne pas suivre les recommandations des 150 et plus cadres de l’UPR.

Mais cette raison pourrait être vite trouvée.

Il suffit de lire ce message posté sur " Twitter " par le responsable de secteur UPR à Libourne :

« J’ai reçu un texto me disant que j’étais " Partisan " et qu’à la prochaine réunion serait proposé au vote ma suspension de responsable secteur. En gros, fallait que je soutienne le putsch ou que je sois neutre et me taise ( ce qui revient à acquiescer, en sommes). »

Si les contestataires enveniment la situation, participent à un " embrasement guerrier " tel que pourrait le suggérer le message ci-dessus, le président pourrait estimer que le conflit interne à l’UPR prend des proportions inquiétantes et qu’il a donc toute légitimité pour ne pas suivre l’avis du « Conseil National ».

Les cadres contestataires ont probablement tout intérêt à jouer l’apaisement, plutôt qu’une éventuelle aggravation des conflits. L’idéal serait même qu’ils reviennent sur leur lettre du 18 avril 2020, où ils disent souhaiter la démission du président, une posture qui a mené à un clivage délétère entre « partisans d’Asselineau » et « putschistes ».

Si le « Bureau National » aborde sa prochaine réunion le 6 juin 2020 dans un état d’esprit " guerrier ", ressassant les amertumes du passé, avec accumulation de griefs à l’encontre de François Asselineau, cela n’est pas forcément la voix idéale pour une réforme de l’UPR.

Abandonner toute idée de « dégager Asselineau » serait recréer un climat propice au dialogue.

En ce temps de crise, la multiplication des réunions du « Bureau National » paraît indispensable.

Logiquement, il devrait en ressortir que c’est à l’ensemble des adhérents de l’UPR de décider s’ils veulent continuer avec un président empêtré dans une affaire de mœurs.

Il n’y a pas de raison que cela soit décidé en " petit comité " : n’importe quel adhérent peut juger de cette question.

Et rappelons que si les cadres contestataires décidaient d’une « Commission de Discipline » pour François Asselineau, cette « Commission », qui pourtant a le pouvoir statutaire de le juger, serait suspectée de « conflit d’intérêt » alors que se joue une guerre dont aucun adhérent ne peut savoir si elle ne cache pas des ambitions personnelles.

D’ailleurs, il faudrait peut-être que soit indiqué dans les statuts que les cadres " supérieurs " du mouvement ne peuvent pas être jugés en « Commission de Discipline », justement afin que celle-ci ne puisse jamais être instrumentalisée par des factions malveillantes.

Pour ma part, j’estime que les " affaires de mœurs " concernant François Asselineau doivent être jugées par la justice, et qu’il vaut bien mieux profiter de la crise actuelle pour discuter des problèmes de fond concernant le fonctionnement de l’UPR.

En fait, il est probable que François Asselineau ait énormément à gagner à ce que démarre une réflexion de fond à ce sujet, quitte à reporter le prochain Congrès à l’an prochain, s’il le faut.

Si au final, après avoir réussi une refonte structurelle de l’UPR, François Asselineau est reconduit par les adhérents, et avec le même « Bureau National », et non un Bureau remanié, cela serait une énorme source de prestige pour lui, puisqu’il prouverait qu’il est ce qu’on lui reproche de ne pas être : un conciliateur.

Et, inversement, s’il sort de la crise par un simple changement de « Bureau National », il lui sera reproché une épuration politique du genre « Nuit des Longs Couteaux » ou « Terreur rouge », surtout s’il doit également " faire le ménage " jusqu’au niveau de chaque département français.

Les conséquences pourraient en être effroyables pour l’UPR, tant en interne qu’en externe où le parti serait désormais vu, à juste titre cette fois, comme une épouvantable secte.

7° / La sortie de crise idéale

Rappel de la section précédente : on peut comprendre que François Asselineau soit pressé de se séparer de collaborateurs en qui il n’a plus confiance. Et, si on se rapporte à ce fil de discussion sur " Twitter ", plus longtemps dureront les dissensions internes, et plus le climat en interne risque de devenir délétère, donnant toute légitimité à François Asselineau pour adopter des mesures d’urgence.

Un apaisement permettrait - au contraire - de se pencher sur des questions de fond concernant le fonctionnement de l’UPR.

Notons que le problème soulevé par les cadres contestataires concernant le « compteur d’adhérents » présent sur le site de l’UPR incite à penser qu’il existe à l’heure actuelle un véritable dysfonctionnement au sein de l’UPR.

Le « Bureau National » est censé s’occuper de la gestion quotidienne de l’UPR et le problème du compteur aurait donc dû, a priori, être résolu bien avant que ne survienne la crise provoquée par les " AsselineauLeaks ".

Il suffisait de se mettre d’accord sur la méthode de comptage des adhérents, puis ensuite demander à un informaticien de programmer une requête qui mette le compteur à jour de façon automatique, sans aucune intervention humaine.

La programmation de ce type de requête ne présente a priori aucun problème particulier.

Il ne devrait donc y avoir aucun litige possible à ce sujet à l’heure actuelle.

S’il y en a un, c’est qu’il y a un problème dans le fonctionnement de l’UPR.

Ceux qui ont fait partie de l’UPR constatent en général que le fonctionnement de l’UPR est « vertical », avec des prises de décision dépendant essentiellement du président. Quelques témoignages à ce sujet peuvent être trouvés deci delà sur internet. J’avais moi-même remarqué lorsque je militais au sein de l’UPR qu’il était difficile, voire impossible, de proposer des améliorations, ce dont m’ont témoigné également des cadres de l’UPR, et dont on retrouve des échos sur " twitter " en ce moment, par exemple sur ce fil de discussion.

https://archive.is/XoihK

Le problème de fond pourrait se situer au niveau des statuts de l’UPR.

D’une part, les membres du « Bureau National » ont été choisis par le président, qui les a mis sur sa liste lors des élections du Congrès, et ce n’est pas forcément évident pour un membre du « Bureau » de s’opposer à celui à qui il doit sa place au « Bureau National ».

D’autre part, le « Bureau National » est animé par François Asselineau lui-même, ce qui pose la question de l’autonomie de ce « Bureau ».

Logiquement, il faudrait que le « Bureau National » soit coordonné et animé par une personne spécifique, qui ne soit pas le président, et dont l’objectif soit uniquement d’organiser les débats.

C’est un travail important car il faut d’abord identifier les objectifs, organiser des groupes restreints de réflexion sur des problèmes précis, rédiger des documents synthétiques des travaux effectués dans les groupes restreints, envoyer ces synthèses à chaque membre du « Bureau National », préparer les réunions à l’avance, hiérarchiser les questions abordées, " cadrer " les débats pendant les réunions, faire des " tours de table " pour voir s’il n’y a pas des oppositions argumentées, reporter certaines décisions tout en identifiant les points à éclaircir, refaire passer ces points en « commission restreinte », faire circuler à nouveaux les informations, etc, etc, etc.

Il est nécessaire que la personne qui s’occupe de tout cela le fasse dans l’optique d’un fonctionnement le meilleur possible du « Bureau National », et non pas dans l’optique de mettre en place ses propres idées de ce qu’il faut faire au sein de l’UPR.

En outre, séparer les pouvoirs, d’un côté le président et de l’autre, le « Bureau National », relève d’une gestion pertinente quant à l’utilisation des capacités de François Asselineau : pourquoi celui-ci perdrait-il du temps à gérer le parti au quotidien, alors que tout le monde sait que ses points forts sont la pédagogie, les conférences, les vidéos pour UPR TV, les passages en radios, etc ?

Par ailleurs, un fonctionnement autonome de « l’appareil militant » de l’UPR pourrait avoir une importance vitale.

L’UPR, dont l’accès aux " grands médias " est quasiment impossible, ne pourra percer que par des méthodes militantes innovantes, qui permettraient de diffuser les analyses concernant « l’Union européenne » dans une grande part de la population française.

Il est évident que le tractage et l’affichage sont clairement insuffisants pour un tel objectif, car les analyses de l’UPR ne peuvent se résumer à quelques slogans.

François Asselineau le reconnaît, puisqu’il a déjà plusieurs fois déclaré qu’il lui faudrait une émission de deux heures sur une chaîne de télé nationale pendant laquelle il ne soit pas " coupé " pour que ses analyses puissent être comprises par le grand public.

La seule solution désormais est que l’UPR se structure pour faire remonter toutes les idées militantes innovantes de ses membres, les évaluer par le biais de tests, puis mettre en pratique les plus prometteuses au niveau national, tout en continuant à en contrôler l’efficacité.

Dans cette optique, une des tâches essentielles du « Bureau National » devrait être de superviser ce processus.

Remarquons que François Asselineau n’a pas grand-chose à perdre à déléguer totalement la gestion du militantisme au « Bureau National » : au pire, les militants continueront uniquement à tracter sur les marchés et coller des affiches, ce que n’importe quel « Bureau National » devrait pouvoir réussir à gérer.

Notons également que « l’industrie » a depuis très longtemps repérer combien il peut être profitable de responsabiliser ses salariés, " autonomisés " en petites cellules auto-gérées.

Un processus de décentralisation au sein de l’UPR pourrait réveiller une intelligence collective pour l’instant étouffée, ainsi que le formidable enthousiasme qui existe chez certains adhérents, et qui ne demande qu’à pouvoir se manifester si on leur en donne l’occasion.

Au contraire, les exemples abondent de personnes talentueuses et motivées qui se sont éloignées de l’UPR.

Et si vraiment le président craint qu’une " autonomisation " du « Bureau National » ou même un processus de décentralisation lui ôte le contrôle sur certains choses vitales pour lui, il faut envisager de lui offrir des garanties sur certains points cruciaux en modifiant les statuts de l’UPR si nécessaire.

Quoiqu’il en soit, même si François Asselineau devait être défait lors du prochain vote des adhérents, alors, sans changement préalable des statuts de l’UPR, l’avenir du parti risque bien de ressembler à son passé : un homme fort émergerait, deviendrait le « leader suprême », et rien ne changerait vraiment.

8° / Synthèse

En réalité, dans la crise interne de l’UPR actuelle se joue peut-être aujourd’hui une formidable opportunité pour le parti.

En principe, l’impossibilité d’accès aux grands médias condamne l’UPR à végéter.

Il faudrait un miracle pour sortir de cette impasse.

Et d’où pourrait provenir le miracle autrement que d’idées militantes géniales et d’une organisation géniale pour les mettre en pratique ?

Pour cela, il n’y a qu’une seule solution : que l’UPR modifie son fonctionnement interne.

C’est tout l’enjeu véritable des semaines et mois qui vont venir.

Eric Rivoire

AgoraVox