Grève dure chez Latécoère

, par  DMigneau , popularité : 69%

Grève dure chez Latécoère

130 ouvriers de l’usine Latécoère (Toulouse et Gimont) sont en grève illimitée. C’est la première fois depuis 1972.

Au capital de cette entreprise historique (endettée) sont entrés le 30 avril 2015, à hauteur de 25 % deux fonds d’investissement anglo-étasuniens : Apollo Global Management (5ème au monde, 22 milliards de dollars en cinq ans) et Monarch Alternative Capital (5 milliards de dollars en 2015), dont l’objectif officiel est de secourir les entreprises en détresse !

Ces fonds ont apuré une dette de 320 millions d’euros. Quant à Apollo, il se qualifie d’« anticonformiste », apte à « libérer les potentialités ».

Les premières décisions prises par les nouveaux actionnaires ont mis le feu aux poudres : augmentation de la rémunération des membres du conseil d’administration, attribution d’actions gratuites aux dirigeants pour un montant d’environ 10 millions d’euros.

Dans le même temps, les salaires ont été gelés deux fois en cinq ans (la CGT demandait une augmentation générale – phénoménalement scandaleuse – de 50 euros) alors que l’usine tournait à plein régime et que les finances du groupe étaient en très bonne voie d’assainissement.

Dans cette entreprise, un ouvrier gagne 1 400 euros net par mois après dix ans d’ancienneté. De nombreux emplois ont été délocalisés au Mexique et au Maroc. Aucun nouveau projet d’avion n’est prévu avant dix ans dans ce bijou de l’industrie française, n° 1 au monde pour les portes d’avions.

Le dialogue social a été complètement interrompu, la « mobilité  » est encouragée et les travailleurs doivent respecter des « objectifs » dont ils ne comprennent pas le sens. La baisse du pouvoir d’achat est réelle, tout comme les humiliations subies par les employés.

FO, syndicat majoritaire, ne s’est pas associé au mouvement (quoique « en colère »), préférant attendre les négociations de début 2016. En 2015, FO, en compagnie de la CGC, avait accepté un gel des salaires « afin de faciliter l’opération de restructuration du capital ».

Bernard Gensane

Le Grand Soir