Grève aux " urgences " contre le néolibéralisme

, par  DMigneau , popularité : 0%

Grève aux " urgences " contre le néolibéralisme

La grève aux " urgences " s’étend de « l’AP-HP » à l’ensemble des " urgences publiques " en France.

Dans ce cadre, avec l’équipe soignante des urgences pédiatriques de « Robert Debré », nous avons souhaité à la fois interroger le mouvement dans sa globalité et faire un focus sur la grève en cours.

Emmanuel Macron a annoncé qu’il va peut-être revoir sa politique de réduction d’effectifs dans les services publics, mais le ministre « des comptes publics » a précisé aussitôt que ce ne serait sans doute pas nécessaire...

Il s’agit, en tous cas, toujours d’avoir un service public réduit, soit par simple vision comptable, soit pour inciter au développement du secteur privé.

Sans trop se soucier de ceux qui travaillent et qui " trinquent ", ni de la satisfaction des besoins de publics désargentés.

Et il n’est pas de sanctuaire.

En France, la règle néolibérale s’applique même aux « urgences pédiatriques », comme celles de « l’hôpital Robert Debré ».

Contre elle, les soignants des " urgences " sont entrés ce week-end dans la grève qui touche désormais 17 services d’urgences de « l’AP-HP » (13 d’entre eux comptent 80 % de grévistes, selon " Sud ", le 24 avril).

Bien entendu, chez des agents mus par l’intérêt général, la prise en charge des enfants est assurée. Elle sera d’ailleurs la même car l’effectif minimal requis en temps de grève est le même qu’en temps normal : c’est dire le manque de personnels.

L’activité des " urgences " croit de 3 % par an depuis 15 ans mais les effectifs ne suivent pas. « L’AP-HP » prévoit - au contraire - de supprimer 800 postes par an jusqu’en 2023.

Dans ce contexte, Laurent, Juliette, Penda, Taruna, Christelle et Edwige, soignants " aux urgences " à « Robert Debré », se sentent pris dans une déshumanisation du soin, car ils-elles n’ont pas le temps de prendre soin ni de l’enfant, ni des parents.


Le travail les saisit pour ne plus les lâcher durant tout leur service, sans le temps d’une pause, d’aller aux toilettes ou de manger et donc, a fortiori, d’expliquer ou de rassurer.

Faute de parole, la violence reprend ses droits, du fait du temps d’attente qui s’allonge.

La situation s’aggrave en cas de problèmes psychologiques chez l’enfant ou la nuit, en l’absence de pédopsychiatres et de structures d’aval pour placer ces enfants.

Pas de réponse possible non plus pour les demandes plus spécifiques d’aide sociale d’hébergements, de prise en charge des mineurs isolés.

Les parents doivent même suppléer le manque de personnels, ces derniers n’étant pas assez nombreux pour réaliser un binôme " infirmier/aide-soignant " : « Pourriez-vous tenir votre enfant pendant le soin s’il vous plait ? ».

Au lieu de les accompagner, on inflige aux parents une douleur morale, à deux doigts de la mal-traitance.

Les soignants des " urgences " sont malheureux de ce type de prise en charge bâclée, d’agir comme des robots, en flux tendu, avec la peur au ventre des conséquences graves, voire du risque de décès de l’enfant.

En fin d’année, ils cumulent un nombre d’heures supplémentaires supérieur à la norme : entre 80 et 150 h supplémentaires, rémunérées à un taux horaire inférieur à la norme, sans prise en compte de la prime de nuit (1, 07 euros par heure, la " prime de risque " étant à 15, 45 euros brut mensuel…).

Depuis 2005, ils-elles n’ont pas eu d’évolution de salaire.

Dans les hôpitaux - comme ailleurs - la masse salariale est la variable d’ajustement au détriment de la prise en charge des soins les plus élémentaires.

Ce mouvement « atypique », selon les termes de la direction, est la juste réponse à la mal-traitance des professionnels et des patients.

Ce sont les agents qui ont été chercher les syndicats, mis en place un « collectif inter-urgences », créé une caisse de grève.

C’est un noyau dur de néophytes qui tient " les manettes ".

Ce sont des jeunes qui font grève, bien représentatifs du personnel des urgences, des " primo-grévistes ", un peu comme les " gilets jaunes ".

Ils font l’expérience du rapport de force, mais les réserves ne sont pas épuisées : ici et là, d’autres " urgences " débraillent.

Pour une humanisation des soins et une augmentation des salaires, contre le néolibéralisme.

Ivan Sainsaulieu,

sociologue, avec des soignants des urgences pédiatriques de « l’hôpital pédiatrique Robert Debré »

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