Grèce : l’allégement de la dette renvoyé à 2018

, par  DMigneau , popularité : 64%

Grèce : l’allégement de la dette renvoyé à 2018

Si la Grèce recevra bien une nouvelle tranche de prêt à la suite de la réunion de l’Eurogroupe, les ministres des Finances de la zone euro ont en revanche décidé de renvoyer la mise en œuvre de l’allégement de la dette après 2018. Alors même qu’Athènes souffre d’une dette de 180 % de son PIB.

Pierre Moscovici, Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires et Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe. - Denis Closon/Isopix/SIPA

C’est une mesure sur laquelle beaucoup s’accordent. La Grèce, pour réellement pouvoir sortir la tête de l’eau avec un endettement estimé à 180 % de son PIB, doit impérativement bénéficier d’un allégement de sa dette.

Le 9 juillet 2015, Christine Lagarde, à la tête du FMI, affirmait déjà qu’une restructuration de la dette du pays était " nécessaire " : " La Grèce doit avoir une dette viable ". Las, ce mercredi 25 mai, à la suite de la réunion de l’Eurogroupe qui réunit l’ensemble des ministres de la zone euro, ces derniers se sont accordés pour mettre en place des " mesures progressives " afin d’alléger la dette d’Athènes mais les ont renvoyées à 2018…

Et encore, il a fallu que le FMI menace de se retirer de l’affaire pour y parvenir !

Dans la nuit de mardi à mercredi, les 19 ministres des Finances de la zone euro se sont entendus pour débloquer une nouvelle tranche d’aide à la Grèce d’un montant de 10,3 milliards d’euros. Dès juin, le gouvernement d’Alexis Tsipras recevra donc 7,5 milliards d’euros.

Il y a urgence : le 20 juillet au plus tard, Athènes doit faire face à une nouvelle tranche de remboursement de 2,2 milliards à verser à la BCE. Ou quand l’argent prêté par les instances européennes aux grecs sert essentiellement à rembourser… les instances européennes.

Pour le reste du prêt, il faudra attendre, ni les modalités ni les montants n’ayant été détaillés.

Les ministres de la zone euro se sont aussi mis d’accord sur un paquet de mesures destinées à alléger la dette grecque, la plus élevée de toute la zone euro. Ces mesures seront mises en œuvre " progressivement ", indique-t-on. Elles sont surtout renvoyées à 2018, sous la pression de l’Allemagne, les élections fédérales devant se tenir en 2017.

Pourtant, la Grèce d’Alexis Tsipras montre patte blanche. En 2015, elle affichait déjà un excédent primaire de 0,7 % du PIB, au lieu de l’objectif de 0,2 % fixé dans le Mémorandum. Et les arguments en faveur de moins d’austérité et d’un allégement de la dette ne manquent pas.

De l’aveu même du FMI, les politiques d’austérité en Europe ont été une grossière erreur. En janvier 2013, l’économiste Olivier Blanchard reconnaissait un peu gêné que finalement, les effets des cures d’austérité préconisées par le FMI étaient en fait néfastes. La faute à une erreur de calcul sur un coefficient multiplicateur (sic !). Dans un entretien accordé à " Marianne ", l’économiste Thomas Piketty, analysait en 2015 les enjeux du débat sur l’allégement de la dette :

« A vouloir absolument que les Grecs payent, on invente le paiement éternel, la pénitence éternelle. Alors même que les jeunes Grecs ne sont pas plus responsables que les jeunes générations d’Allemands des années 50-60 pour les " bêtises " bien plus grosses de leurs parents. Il faut être clair, cela ne se fera pas.

Ce que les Allemands veulent absolument éviter, on finira de toute façon par le faire : restructurer la dette grecque et avec elle l’ensemble de celles des pays de la zone euro. Car, pour que l’annulation des dettes pour certains soit acceptable pour les uns, il faudra aussi le faire pour les autres, comme le Portugal.

La leçon à tirer de ce triste épisode, c’est que la rigidité doctrinale sur le paiement des dettes est contre-productive et absurde. La dette est une question politique, citoyenne, pas technique. A trop la laisser à un petit groupe d’experts, de technocrates et de financiers, on arrive justement à des solutions idéologiques ! »

Il faut croire que les idéologues ont encore de la ressource...

Magazine Marianne