Grand stade de Lille : le président de la métropole mis en examen

, par  DMigneau , popularité : 28%

Grand stade de Lille : le président de la métropole mis en examen

Nouveau rebondissement dans l’affaire du Grand stade de Lille avec la mise en examen du président de la Métropole européenne lilloise, Damien Castelain, accusé de " favoritisme " et " corruption " ce mercredi 5 avril dans le cadre du partenariat " public-privé " signé avec le groupe Eiffage chargé en 2008 de la construction du stade.

L’attribution du marché du Grand Stade de Lille au groupe Eiffage en 2008 s’est-elle faite dans les règles ?

La question se pose plus que jamais avec la mise en examen ce mercredi 5 avril du président de la Métropole européenne de la ville (l’ancienne Communauté urbaine), Damien Castelain, pour " favoritisme " et " corruption ". L’affaire, qui a éclaté fin 2012 à la suite d’une plainte d’Eric Darques, un ancien élu (RPF) de Lambersart dans le Nord, ne cesse depuis d’interroger le rôle des différents acteurs du dossier.

Après la mise en examen de deux fonctionnaires de l’ancienne Communauté urbaine en mai 2014 pour " faux et usage de faux ", après la mise en examen de la Métropole européenne de Lille en tant que personne morale pour " favoritisme ", après que l’enquête a été élargie en décembre dernier aux faits de " corruption " et " trafic d’influence ", les enquêteurs s’intéressent donc désormais aux responsabilités du président de la Métropole européenne lilloise.

De quel poids Damien Castelain a-t-il pesé dans la validation de l’offre présentée par Eiffage, en lice à l’époque face à Bouygues-Norpac et Vinci, alors même que, selon l’ex-élu Eric Darques, celle-ci se distinguait par un surcoût de " 108,5 millions d’euros " par rapport à l’offre de Norpac-Bouygues ?

Pis, l’un des rapports envoyé aux élus de l’ancienne Communauté urbaine, afin de les aider à choisir entre les trois concurrents dans l’attribution du marché, a-t-il été truqué ?

C’est ce qu’affirme Eric Darques : d’après lui, le second rapport d’analyse adressé aux élus de la Communauté le jour du vote - le 1er février 2008 - aurait été " rédigé postérieurement ".

Problème : ce second rapport notait plus favorablement Eiffage bien que les conclusions du premier, rendu quelques jours plus tôt le 23 janvier 2008, privilégiaient à l’inverse l’offre de Norpac-Bouygues.

La question du surcoût, " dénuée de sens "

Que s’est-il donc passé en coulisses entre la présentation de ces deux avis divergents ?

Seule la suite est pour l’heure établie.

Par délibération, Eiffage est désigné le 1er février 2008 comme le grand gagnant. Le partenariat " public-privé " entre la Métropole européenne de Lille et le groupe - le premier du genre pour un complexe sportif - est signé sept mois plus tard, en septembre 2008.

Coût de l’opération pour la Métropole : 314 millions d’euros sur 27 ans. Une somme ramenée ensuite à 306 millions. " La structure Eiffage " avec " sa forme simple " a fait " l’unanimité ", ont alors expliqué les élus.

Le Grand stade de Lille, ou " Stade Pierre Mauroy ", d’une capacité de 50 263 places, a dans la foulée été implanté à Villeneuve-d’Ascq et inauguré à l’été 2012.

La Métropole, mise en cause depuis lors, dément les accusations. Si elle ne conteste pas le surcoût, elle justifie sa décision par le fait que cette comparaison (des prix) est - selon elle - " un exercice dénué de sens, puisque les projets sont par essence différents ".

De son côté, le président de la Métropole, Damien Castelain rappelle par la voix de son avocate " qu’à l’époque de l’attribution du marché, il n’était qu’un des très nombreux élus communautaires, il n’était pas aux commandes ".

Magazine Marianne