" Grand débat " : la moitié des contributions spontanées passées à la trappe dans la restitution

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Grand débat " : la moitié des contributions spontanées passées à la trappe dans la restitution

Le Premier ministre, Edouard Philippe, et le co-animateur du grand débat, Sébastien Lecornu, lors de la restitution du grand débat lundi. - PHILIPPE LOPEZ / AFP

Seules 24 183 contributions au " grand débat " hors questionnaire Internet ont été traitées, sur les 44 975 numérisées par la BNF, ont révélé " Les Jours " ce mercredi 10 avril.

Le gouvernement avait fixé trois objectifs à son " grand débat " : " transparence ", " pluralité " et " exhaustivité ".

Au moins sur ce troisième point, le compte n’y est pas.

Comme l’a rapporté le média " Les Jours " ce mercredi 10 avril, seulement la moitié des contributions spontanées des Français ont été prises en compte. Un " détail " qui n’a pas empêché Edouard Philippe de présenter, lundi, sa " restitution " avec une formule récurrente : " Ce que les Français nous disent... ".

46,2 % DE " CONTRIBUTIONS LIBRES " IGNORÉES

En réalité, le volume de données à traiter dans les délais impartis par le gouvernement ne permettait pas que les contributions de l’ensemble des participants à la consultation soient numérisées et prises en compte, expliquent nos confrères.

En fin de compte, comme l’indique le rapport final des prestataires chargés de l’analyse des résultats, seules 24 183 contributions au " grand débat " hors questionnaire Internet ont été traitées, sur les 44 975 numérisées par la « Bibliothèque nationale de France » (BNF).

Dans le détail : la restitution présentée lundi ne tient compte que de 5 058 des 16 874 " contributions libres " (lettres ou emails) enregistrées, de 5 481 des 9 454 synthèses de " réunions d’initiatives locales " et de 13 644 des 18 647 " cahiers citoyens " numérisés par la BNF.

Capture d’écran du rapport final sur les contributions libres au fg

Les entreprises chargées de l’analyse des remontées du " grand débat ", " Cognito ", " Roland Berger " et " Bluenove ", " ont dû arrêter leur corpus au 22 mars, pour avoir le temps de faire tourner leurs logiciels d’analyse lexicologique et d’élaborer des " arbres de la connaissance " permettant de regrouper les idées des contributeurs ", expliquent " Les Jours ".

A cette date, la BNF n’avait pourtant pas eu le temps de numériser tous les documents envoyés par les Français. Ainsi, alors que Laurent Benarousse, directeur associé chez " Roland Berger ", citait lundi le chiffre de 27 000 courriers envoyés, seuls 16 874 avaient été numérisés par la BNF - qui continue toutefois ce travail - au moment d’arrêter les résultats.

MASSE CRITIQUE

Les résultats produits en début de semaine restent " représentatifs ", assure néanmoins le gouvernement : " La volumétrie (380 000 pages) des documents traités à date assure la quasi-stabilité du référentiel de propositions obtenues à ce stade ".

Comprendre : le nombre de documents traités a atteint une masse critique suffisante pour que les grandes lignes des résultats restent les mêmes. Ce qui revient, notent " Les Jours ", à " calculer les résultats d’un scrutin alors qu’une partie seulement des bulletins ont été dépouillés ".

La crédibilité du " grand débat " en prend encore " un coup ".

Lundi, " Le Monde " révélait déjà que la portée des contributions sur la plateforme numérique dédiée à l’exercice était à relativiser. Sur les 1 364 000 réponses aux questions fermées et 569 020 réponses aux propositions ouvertes, " plus de la moitié des textes rédigés sont en fait des doublons ou des champs vides " et " plus de la moitié des textes rédigés comportent moins de dix mots ".

« Certains contributeurs ont " copié et collé " des dizaines (voire des centaines) de fois leur texte », expliquait notamment le quotidien.

Louis Nadau

Marianne