" Gilets jaunes " : les blindés reviennent dans Paris samedi, équipés de leurs " disperseurs " de lacrymo

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Gilets jaunes " : les blindés reviennent dans Paris samedi, équipés de leurs " disperseurs " de lacrymo

Ces blindés vont être déployés pour la deuxième fois de leur existence dans Paris. - Emma PROSDOCIMI/SIPA

Dans les rues de Paris ce samedi 15 décembre, les habitants auront de nouveau l’occasion de croiser ces blindés bleus de la gendarmerie qu’ils ont vus lors de " l’acte 4 " des " gilets jaunes " samedi dernier.

Des véhicules équipés d’un dispositif capable de projeter sur 4 ha " un lacrymogène hautement concentré, l’équivalent de 200 grenades d’un coup ".

En prévision d’un « acte 5 » des " gilets jaunes ", la préfecture de police de Paris annonce pour ce 15 décembre la reconduction du dispositif de samedi dernier.

Quelque 8 000 fonctionnaires devraient être déployés dans la capitale face aux manifestants, aux casseurs et aux pilleurs de fin de journée.

Il faut y ajouter " les chevaux " de la garde Républicaine et de la préfecture, mais aussi… les 14 blindés de la gendarmerie. Ces engins à roue, datant de 1969, vont être déployés pour la deuxième fois de leur existence dans Paris.

Comme la semaine dernière, c’est le Premier ministre en personne qui a dû valider la présence de ces blindés dans Paris. Un texte prévoit en effet que le préfet ne peut « autoriser » l’entrée dans la capitale que de deux blindés.

Au delà, il doit obtenir l’approbation de « Matignon ».

Les blindés équipés d’un puissant disperseur de lacrymogène

Comme la semaine dernière également, sur instruction du préfet de police, Michel Delpuech, ces 14 blindés seront équipés du « dispositif du dernier recours » (« un disperseur de poudre lacrymogène », selon le « Sirpa Gendarmerie ») dont l’existence a été révélée par " Marianne " lundi.

Ce dispositif, « si une foule importante était amenée à forcer les barrages du périmètre de sécurité, serait utilisé en dernier ressort dans le but de les stopper », nous précise un proche du préfet de police.

Début décembre, pour cette première utilisation éventuelle de « disperseur » en plein Paris, un colonel de la gendarmerie est spécialement venu briefer le préfet de police.

Le colonel Richard Carminache, spécialiste du maintien de l’ordre au sein de la « gendarmerie nationale », a expliqué à Michel Delpuech que les « disperseurs » ne devaient être utilisés qu’« en ultima ratio ».

La locution latine utilisée par le militaire, et régulièrement reprise depuis par le préfet lors des briefings, signifiant « en dernier argument », autrement dit en « dernier rempart ».

« Les disperseurs n’ont jamais été utilisés en métropole à ma connaissance, confie le Colonel Carminache à " Marianne ". Ils sont conçus pour protéger le véhicule s’il était pris d’assaut par des assaillants. S’ils devaient être actionnés dans Paris, ce ne serait qu’après sommations d’usage. »

Trois endroits dans Paris pour utiliser le dispositif

En 10 secondes, selon le manuel des engins, les deux bouteilles de plongée équipant chaque blindé peuvent « épandre » leur produit sur une surface équivalente à « 4 hectares », précise le colonel.

« Nous sommes convenu de ne pas utiliser ce dispositif dans les rues parisiennes mais, uniquement en cas de nécessité, à trois endroits suffisamment spacieux : la place de la Concorde, la place de l’Etoile et le rond-point des Champs-Elysées », nous détaille une source " haut placée " à la préfecture.

Dans le " briefing opérationnel " de six pages du préfet de Police, diffusé depuis la salle de commandement le vendredi 7 décembre à 17 heures, Michel Delpuech a précisé en toute lettre que ce dispositif ultime « ne pourra être utilisé » que sur son « autorisation expresse ».

« S’il doit l’employer, le préfet parlera préalablement au ministre de l’Intérieur », admet-on dans son entourage.

Lors de ses " briefings ", Michel Delpuech a évoqué à plusieurs reprises « un gaz au poivre » contenu dans les blindés mais le colonel Carminache assure à " Marianne " qu’il s’agit en fait d’« un lacrymogène hautement concentré, l’équivalent de 200 grenades d’un coup ».

« Si vous vous retrouvez dans un nuage de lacrymogène de 10.000 m2, il vaut mieux courir pour en sortir », résume le militaire.

« Nous avons dû envisager cette éventualité après avoir vu la foule du 1er décembre faire tomber une grille du jardin des Tuileries. Si le barrage de la Concorde était par exemple amenée à céder, le " disperseur " des blindés serait utilisé en direction d’une foule marchant sur l’Elysée », admet une source à la préfecture.

En « utlima ratio »…

Le dispositif opérationnel du 8 décembre, qui devrait être reconduit ce samedi, prévoyait la présence de deux blindés à l’Etoile, de deux autres au rond-point des Champs-Elysées, et de deux autres encore à la Concorde.

Les six autres blindés étaient disposés, par binôme, à Bastille, Opéra et Saint Augustin.

Le nouveau « dispositif d’action rapide » maintenu

La préfecture, pour ce 15 décembre, envisage également de renouveler les DAR, le nouveau « dispositif d’action rapide », un acronyme de plus inventé la semaine dernière à la préfecture de police (PP) pour désigner les groupes de policiers mobiles en charge de procéder à des arrestations.

Ce sont ces DAR, de vingt à trente fonctionnaires, casqués et en tenue de ville, qui ont interpellé les trois-quarts des 978 personnes placées « en garde à vue » le 8 décembre.

Un record.

Cette semaine, les DAR devraient également accentuer leur vigilance en fin de journée, notamment quand les « pilleurs » de magasin entrent en action.

« Samedi dernier à Passy, la brigade canine est elle aussi intervenue et a même lâché des chiens sur des jeunes en train de dévaliser une boutique », confie-ton à la préfecture.

Le préfet a prévu de maintenir aussi ses consignes de « mobilité et de réactivité », ainsi que son dispositif opérationnel de « quadrillage » de Paris en secteurs.

« J’ai confiance en vous, j’ai confiance en votre professionnalisme. Faites preuve de sang-froid et de la fermeté nécessaire face aux fauteurs de trouble. Je serai à vos cotés », a conclu Michel Delpuech face à ses troupes le vendredi 7 décembre.

Ce vendredi soir, il devrait leur tenir le même discours.

Laurent Valdiguié

Marianne