Génocide cambodgien : Khieu Samphân, ex-chef khmer rouge, à nouveau devant les juges

, par  DMigneau , popularité : 0%

Génocide cambodgien : Khieu Samphân, ex-chef khmer rouge, à nouveau devant les juges

Khieu Samphân est le dernier haut dirigeant khmer rouge encore en vie. AFP

Condamné à la prison à vie en 2018, Khieu Samphân est le dernier haut dirigeant Khmer rouge encore vivant. Ce lundi 16 août s’ouvre son procès en appel, alors qu’il nie toute responsabilité dans les exterminations massives commises par le régime " communiste " au Cambodge entre 1975 et 1979.

Qui dit " Khmers rouges " dit souvent Pol Pot. Chef de ce mouvement ultranationaliste et " communiste " radical, ancien « Premier ministre » de 1976 à 1979, il est en général cité comme principal instigateur du génocide qui a coûté la vie à un quart des Cambodgiens.

Si le leader bien connu est mort en 1998 sans être jugé, il reste encore un haut dirigeant en vie parmi les " Khmers rouges " : Khieu Samphân. Ce lundi 16 août, s’ouvre le troisième procès de l’ex-chef d’État du « Kampuchéa démocratique », le nom officiel du pays sous le régime des " Khmers rouges ".

Lui et Nuon Chea, le " Frère numéro 2 " décédé en 2019, avaient été condamnés dans deux procès différents, en 2014 et 2018.

Tous deux avaient été reconnus coupables de « crimes contre l’humanité », de « génocide » ainsi que d’une longue série de crimes comme des mariages forcés et des viols.

Les deux hommes étaient également accusés d’avoir participé aux massacres des Cham, une minorité musulmane qui vit au Vietnam et au Cambodge. Aujourd’hui âgé de 90 ans, Khieu Samphân a fait appel de sa seconde condamnation à la prison à vie pour son rôle dans l’extermination de près de deux millions de Cambodgiens.

Entre 1975 et 1979, le régime " communiste " dirigé par Pol Pot a tenté de mettre en place une utopie agraire autarcique, dépouillée des influences « capitalistes » et de la religion. Pour cela, il a contraint des centaines de milliers d’habitants des villes - hommes, femmes et enfants - à s’exiler à la campagne pour travailler dans des conditions proches de l’esclavage, tandis que nombre d’entre eux mouraient de faim, de fatigue ou étaient tout simplement exécutés.

FROID ET DÉNUÉ D’EMPATHIE

Khieu Samphân, l’un des rares visages publics des " Khmers rouges ", a toujours rejeté la faute sur Pol Pot. Il jure de son côté ne pas avoir joué de rôle, alors même qu’il était le président du « Présidium d’État » - le pouvoir exécutif du " Kampuchéa démocratique " - dans le processus génocidaire.

Un argumentaire qui n’avait pas du tout convaincu les juges. Ce lundi 16 août, ses avocats ont - quant à eux - dénoncé une " approche sélective " des témoignages recueillis par le tribunal. Selon eux, les " potentiels " éléments en faveur de Khieu Samphân n’ont pas été pris en compte, ce qui légitime « l’appel ».

Leur client devra prendre la parole jeudi 19 août, jour de la clôture de l’audience.

Généralement considéré comme une personnalité froide et sèche, Khieu Samphân avait pourtant perdu son sang-froid à l’énoncé de son second verdict, il y a trois ans.

Il avait laissé éclater sa colère devant la cour, en niant être un " meurtrier " et en rejetant une fois de plus les accusations portées contre lui. Néanmoins, les juges avaient estimé qu’il était parfaitement au courant de " l’attaque systématique et généralisée […] dirigée à l’encontre de la population civile du Cambodge ", pour reprendre l’expression de Marie Nicolas-Greciano, maître de conférences en droit privé et " sciences criminelles " à l’université de Clermont-Auvergne.

" Aux yeux des juges, Khieu Samphân a clairement adhéré au projet commun et, de surcroît, il l’a publiquement soutenu lors de rassemblements de masse et séances d’endoctrinement destinées à recueillir l’adhésion de la population ", ajoutait-elle.

Pour juger les criminels " Khmers rouges ", un tribunal hybride, qui utilise le droit cambodgien et le droit international, a été créé en 2006 avec l’appui des Nations unies.

À ce jour, seules trois personnes ont été condamnées.

Le « Premier ministre » Hun Sen, l’homme fort du pays et lui-même ancien cadre des " Khmers rouges ", s’est d’ailleurs prononcé contre tout nouveau procès, y compris contre lui de Khieu Samphân, en affirmant que cela plongerait le pays dans l’instabilité.

Magazine " Marianne "