Gare du Nord. « Ils vendent nos gares avant de vendre les cheminots »

, par  DMigneau , popularité : 0%

Gare du Nord. « Ils vendent nos gares avant de vendre les cheminots »

Crédit photo : AFP

Alors même que la réforme ferroviaire vient d’être signée, la SNCF a décidé de passer à l’offensive en annonçant la privatisation de la Gare du Nord ce lundi 9 juillet. Anasse Kazib, gréviste à Paris Nord et délégué Sud Rail, réagit.

La SNCF a lancé le coup d’envoi de ce qu’elle appelle une « transformation colossale » de la Gare du Nord pour 2024. Lors d’un conseil d’administration extraordinaire de « SNCF mobilités », il a été acté, pour la fin 2018, de la constitution d’une société commune détenue à 34 % par « SNCF Gares et connexions » et à 66 % par CEETRUS, une entreprise privée.

Ainsi, la Gare du Nord sera la première gare de France dont l’actionnaire majoritaire sera une entreprise privée pour une durée de 46 ans.

Le projet de rénovation, dont le coût approximatif des travaux s’élève à 600 millions d’euros, a pour but de transformer la Gare du Nord en un immense complexe où les arrivées et les départs de train seront un « service » parmi d’autres activités commerciales.

Ce projet, promettant de faire passer la superficie de la Gare du Nord de 36 000 à 100 000 m², sans pour autant que de nouvelles voies soient construites, s’inscrit dans le projet de suppression du service public du rail.

Une annonce qui tombe seulement quelques semaines après la signature de la réforme ferroviaire. Une réforme contestée massivement par les cheminots, dont les taux de grévistes rappellent ceux de 1995, qui sont mobilisés depuis trois mois.

La nouvelle parue dans les " grands médias " a été reçue comme une provocation par nombre de cheminots grévistes. Notamment celles et ceux de la Gare du Nord, qui a été l’un des centres névralgiques de la bataille du rail. Nous avons interviewé Anasse Kazib, gréviste de Paris Nord et délégué " Sud Rail ".

RP : Quelle est ta réaction face à cette annonce ?

Anasse K. : C’est scandaleux après trois mois de mobilisation, ça montre comme la direction de la SNCF nous piétine depuis le début et continue.

Ça avait commencé avec les retraits de repos pendant la mobilisation, le recours aux cadres pour remplacer les grévistes, la façon dont ils attaquent les accords locaux.

C’est une énième attaque qui montre clairement cette guerre que nous mène la direction.

Face à cela il va falloir répondre par une guerre avec l’ensemble des cheminots et continuer la bataille.

Ça montre à quel point cette réforme ferroviaire dont on nous racontait qu’elle allait apporter une " meilleure compétitivité ", des " meilleurs prix ", plus de trains, va simplement apporter des profits et des bénéfices pour une grosse entreprise comme " Auchan ", qui va avoir tous les jours dans son magasin à la Gare du nord 500 000 usagers à portée de main, prêts à consommer.

Voilà comment à travers le service public, ils vont réussir à faire du profit et cela sans améliorer la circulation ferroviaire, sans améliorer les prix.

Ils ne vont pas créer une seule voie. Ils vont même fermer des lieux pour les remplacer par des boutiques comme ils l’ont déjà fait, par exemple, avec un guichet qui a été remplacé par le restaurant l’Étoile du Nord ou encore une bulle d’information qui été remplacée par une boulangerie " Pierre Hermé ".

Demain, en cédant 70 % des parts à " Auchan ", ça va être un certain nombre d’espaces du service public ferroviaire qui vont être cédés.

RP : Quelle est la réponse des cheminots à cette attaque alors que la mobilisation contre le pacte ferroviaire se poursuit ?

Anasse K. : Pour ce qui est de la suite de « la bataille du rail », ça va être d’appeler le 13 et le 14 à des journées contre la vente de nos gares.

Ils vendent nos gares avant de vendre les cheminots.

Il va falloir se mobiliser rapidement suite à cette privatisation et suite à la dégradation des conditions de travail durant ces grands week-ends de départ en vacances.

On a pu le voir avec les agressions la semaine dernière à la Gare du nord, le débrayage-surprise à " Eurostar " rapport à la gestion de flux et contre la réforme ferroviaire qui est le nœud de tout ça, à savoir la casse du service public ferroviaire, des acquis sociaux.

Se mobiliser dès le 13 et le 14 et continuer à être mobilisé tout l’été pour faire la jonction avec la rentrée de septembre et repartir pour l’abrogation de la réforme ferroviaire !

Anasse,

délégué Sud Rail

revolutionpermanente.fr