Fusion " Suez – Véolia " : tous esclaves des spéculateurs de l’eau

, par  DMigneau , popularité : 0%

Fusion " Suez – Véolia " : tous esclaves des spéculateurs de l’eau

La tentative de rachat de " Suez " par " Véolia " défraie la chronique depuis quelques semaines.

Le groupe " Véolia " qui est le premier distributeur d’eau en France veut racheter son concurrent pour s’assurer un quasi-monopole en France et ainsi continuer d’augmenter ses marges pour le plus grand bonheur de ses actionnaires.

Bien évidemment « l’État » laisse faire et la plupart des journaux félicitent cette prise de contrôle par des " requins " de la finance de l’eau, notre bien le plus indispensable.

Dans cet article, on va revenir sur ce que sont " Véolia " et " Suez ".

On verra le danger de laisser le contrôle de l’eau au marché financier avec la bénédiction de « l’État ».

On verra enfin qu’une fois de plus la CFDT a été en dessous de tout en validant cette fusion au détriment de tous les français et même des salariés qu’elle fait semblant de défendre.

" Suez " a été nationalisée en 1982 après l’élection de François Mitterrand sur un programme " socialo-communiste " et privatisé en 1987 toujours par Mitterrand après son virage " libéral ".

" Véolia " c’est à peu près la même histoire que " Suez ".

La « Compagnie des eaux de Paris » est née à la fin du XVIIIe siècle à la fin du règne de Louis XVI qui avait lancé plusieurs réformes libérales sous les conseils de Turgot, par exemple.

Pour ceux qui aiment l’Histoire, au XVIIIe siècle, le roi décidait du prix du grain. Les " physiocrates " (qui étaient un peu les ancêtres des néolibéraux) ont convaincu Louis XVI de laisser libre le prix du grain parce que le marché allait le réguler tout seul.

Louis XVI qui avait 20 ans s’est laissé convaincre et a validé l’Edit de Turgot qui a " libéralisé " le prix du grain.

Évidemment, ce sont ces mêmes " physiocrates ", qui étaient des nobles et des bourgeois, qui ont tout de suite spéculé sur le grain, fait des réserves pour le vendre plus cher et déclenché les grandes famines qui ont mené à la « Révolution française ».

Finalement, c’est Louis XVI qui s’est fait couper la tête. Les " physiocrates " - eux - continuent de diriger toute la pensée économique depuis plus de 2 siècles en évoluant vers le « libéralisme » et le « néo-libéralisme ».

La privatisation de l’eau ce n’est qu’une des nombreuses idées stupides mises en œuvre sous le conseil des « libéraux ». Après Louis XVI, l’ancêtre de " Véolia ", la « Compagnie des eaux » a continué à se développer avec la bénédiction de Napoléon III en obtenant un contrat extrêmement juteux de la ville de Lyon.

Elle est alors devenue la « Compagnie générale des eaux ». La suite, on la connaît, l’Histoire de " Véolia " comme de " Suez " a été ponctuée de nombreux rachats sur les domaines de la distribution de l’eau, du traitement des déchets et de l’énergie.

Ces 2 groupes détenus par des financiers ont quasiment fini de créer le but ultime de la finance : devenir un monopole.

En éliminant toute concurrence, on peut fixer le prix que l’on veut et faire un maximum de bénéficies.

Concernant la distribution de l’eau en France, il n’y a aujourd’hui plus que " Véolia " qui a 40 % du marché de la distribution de l’eau, " Suez " qui en a 20 %, la " Saur " (qui est aussi détenu par des financiers) qui en a 10 % et les " régies de l’eau " des communes et des intercommunalités qui gèrent les 30 % restant.

Si " Véolia " et " Suez " fusionnent ils auront 60 % des contrats et la quasi-totalité de ce qui n’est pas " en régie ". Autant dire qu’ils seront quasiment libre de faire ce qu’ils veulent.

La création d’un monopole financier dont les citoyens seront prisonniers

" Véolia " a lancé ce que l’on appelle une « Opération Publique d’Achat » sur son concurrent " Suez ".

Une OPA, c’est quand un groupe annonce qu’il va acheter les actions d’un autre groupe. Il prévient qu’il va acheter plus cher que le prix du marché. Il espère ainsi en rafler suffisamment pour devenir majoritaire et prendre le contrôle de son concurrent.

" Véolia " espère ici rafler les parts de " Suez " détenus par " Engie ". Le problème d’une OPA, c’est qu’il s’agit toujours de " casser la concurrence ". On a plusieurs entreprises et après l’OPA, on n’en a plus qu’une seule.

Normalement, c’est le moment où intervient « l’État » et même « l’Europe » pour interdire ces fusions au nom de la " Sainte concurrence ".

Rappelons que c’est toujours au nom de la concurrence que sont privatisés les « secteurs publics ». On voit bien que pour privatiser, on dit qu’il faut mettre fin aux " monopoles publics " pour faire de la concurrence, mais là quand il s’agit de " requins de la finance " qui vont créer un monopole pas de problème.

On voit le gouvernement changer de vocabulaire pour parler de " géant de la transition écologique " et tout cela est bien gentiment repris par la presse française toujours au garde-à-vous pour le pouvoir.

Il faut avoir en tête que la distribution de l’eau potable ce n’est pas vraiment un marché concurrentiel.

Personne en France n’a le choix pour sa distribution de l’eau et c’est normal. Il n’y a pas 25 tuyaux différents qui arrivent jusque chez vous et sur lesquels vous pouvez brancher votre robinet.

Ce serait juste complètement stupide.

Dans 30 % des communes françaises, c’est la commune ou « l’inter-communalité » qui gère l’eau.

Ce sont donc les citoyens élus qui décident du prix de l’eau, du nombre de personnes qu’il faut pour s’occuper du réseau de tuyaux, de l’entretien, des réparations, des nouveaux raccordements et du reste.

Dans ces 30 % de communes, les habitants ne dépendent pas d’une stratégie financière, mais peuvent définir la politique à tenir.

Pour tout le reste, ce sont les maires ou les présidents « d’inter-communalités » qui délèguent à l’un des 3 groupes du marché (" Véolia ", " Suez " ou la " Saur ") la distribution.

Ensuite, tous les habitants sont obligés de passer par ce groupe pour avoir accès à l’eau potable. Quand vous voyez les milliards que " Véolia " est prête à mettre sur la table pour racheter " Suez ", vous vous rendez compte des bénéfices colossaux que ce marché engendre.

Tout simplement parce que personne ne peut se passer d’eau potable.

Dès qu’un groupe remporte « un marché » sur une « inter-communalité », il a l’assurance d’avoir obligé tous les habitants à souscrire à un contrat.

L’attribution d’un « marché » à l’un des 3 groupes est sensé être régi par le « Code des marchés publics ». Dans les faits, les 3 groupes se sont faits " épingler " de nombreuses fois pour leurs activités de " lobby " à « l’Assemblée nationale ».

Bien évidemment, les députés sont aussi des élus locaux et si ces groupes dépenses des centaines de milliers d’euros tous les ans en organisant des petits séjours bien sympathiques appelés " séminaires " avec des bons repas et des activités sympas, ce n’est pas pour " la beauté du geste " ou " la grandeur de la République ", mais bien pour gagner des « marchés ».

Donc, il n’y a déjà quasiment aucune concurrence puisqu’il n’y a plus que 3 groupes tous détenus par des " requins de la finance " qui ont bouffé tous les autres tout au long du 20e siècle avec la bénédiction du pouvoir.

Aujourd’hui, le gouvernement se félicite de la fusion des 2 plus gros pour créer un monopole privé, alors qu’ " en même temps ", il privatise tout pour casser les « monopoles publics ».

Cela révèle une fois de plus que le gouvernement se cache derrière l’idéologie libérale pour permettre à une caste de financier de prendre le contrôle sur les biens publics.

Pour l’eau, c’est ce qu’on peut faire de plus grave, car c’est la ressource la plus vitale qui tombe aux mains de « la Finance ».

Un rachat public validé par la CFDT

Pour acheter les actions de " Suez ", " Véolia " va faire appel à des " fonds d’investissements ", autrement dit le groupe va emprunter les milliards à des banques privées.

C’est autant d’argent qu’il faudra bien évidemment rembourser et qui se répercutera sur les prix.

Un monopole augmente mécaniquement ses prix parce qu’il le peut, mais en plus un monopole endetté pourra facilement se justifier en disant qu’il en a besoin.

En plus, en fusionnant, le nouveau groupe va pouvoir se séparer de tous les salariés qu’il a en " doublon ". Il n’y a aucune raison de garder les " services de paye ", les services RH, ou même " les antennes " sur les territoires en double.

Le total des suppressions d’emploi du nouveau groupe devrait avoisiner les 10 000 postes dont 4 000 en France. La fusion ce sera donc un endettement pour acheter les actions qui va profiter à des " requins de la finance ", une augmentation des prix au détriment des usagers qui va profiter encore à « la Finance » et de très nombreuses suppressions de postes qui va faire perdre des emplois pour augmenter les marges et encore profiter à « la Finance ».

« La Finance » est gagnante partout, les citoyens nulle part.

Avec cette fusion, la CFDT rajoute une ligne de plus dans l’Histoire de toutes ses trahisons de « la République » et des salariés en général.

En effet, le « Conseil d’administration » d’ " Engie " a approuvé la vente avec sept voix " pour " face à quatre voix " contre " et deux abstentions.

Les deux abstentionnistes sont les 2 représentants de la CFDT qui par leur départ de la salle, valident la vente au détriment de tous.

La CFDT reste conforme à son positionnement depuis la « 2e guerre mondiale » qui consiste utiliser le collectif pour défendre son intérêt personnel.

Si on remonte un peu en arrière, après la « 2e guerre mondiale », syndicalement, c’est la CGT qui tient tout.

La CGT a une conception politique du syndicalisme. Ils ont non pas un projet de défense des individus mais un projet de société.

Ils utilisent la puissance du collectif des travailleurs pour mettre en place un projet de société.

À cette époque, de envoyés spéciaux de la CFDT vont aux États-Unis en pleine « guerre froide » pour convaincre les mécènes américains de financer leur syndicat pour lutter contre la CGT qui pour eux représente le communisme.

Vous pouvez consulter les archives de la CFDT en ligne, ils se vantent d’avoir ramené " plein de fric " dans les années 60-70.

Ce " fric " a permis de financer des campagnes de la CFDT qui sont allés partout en France monter des sections syndicales dans les boîtes où il n’y en avait pas en promettant aux salariés de les défendre individuellement et ainsi petit à petit devenir le syndicat majoritaire non pas en nombre d’adhérents mais en nombre de sections syndicales dans les entreprises.

Le but de la CFDT n’est pas de faire des lois universelles pour défendre tout le monde sur la même base, mais au contraire de les limiter au maximum pour permettre de " négocier " entreprise par entreprise " les avantages " qu’on peut pour " les copains ".

Ils pratiquent en plus ce qu’on appelle le " syndicat jaune ", dans les entreprises où il n’y a pas de section syndicale, le patron désigne quelques copains qui valideront toutes ses décisions.

La CFDT accepte toujours d’accompagner ces fausses sections syndicales ce qui lui permet d’avoir plein de sections partout.

Chez " Engie ", les salariés savent maintenant de quelle " couleur " sont les élus syndicaux.

En conclusion, la seule manière d’être libre en France concernant l’eau potable, c’est de s’engager pour créer une régie de l’eau dans sa commune.

Si votre commune dépend d’un des 3 groupes tenus par des financiers, vous savez que votre facture d’eau sert à engraisser le « monde de la Finance ». Vous êtes déjà perdant et la fusion " Véolia-Suez " va empirer les choses.

Sachez qu’il y a aussi certainement quelque part quelqu’un qui reçoit " des cadeaux " de la part de ces " lobbys " et que ça va être une bataille pour changer.

Enfin, si vous êtes syndicaliste CFDT, soit vous cautionnez toute la « casse sociale », les privatisations et les " passe-droits pour les copains " depuis 50 ans, soit rendez enfin votre carte.

Si vous voulez vous syndiquer, vous avez plein d’autres choix.

azyx1986

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