Front populaire : la consécration de la culture

, par  DMigneau , popularité : 100%

Front populaire : la consécration de la culture

COLLECTION YLI/SIPA

Mille neuf cent trente-six. Voilà un moment de notre histoire qui se colore des délices improvisées des congés payés. On oublie en revanche un autre aspect : le Front populaire, ce fut aussi le triomphe d’une certaine France des arts et des lettres - une véritable « consécration de la culture  ».

Au milieu de passionnants ouvrages, comme la belle biographie que Pierre Birnbaum consacre à Léon Blum ou l’essai d’Alain Bergounioux, c’est ce que remémore la thèse de doctorat de l’historien Pascal Ory, rééditée en livre de poche pour le 80e anniversaire des grèves de 1936... Une somme de 1 040 pages, qui - osera-t-on le rappeler ? - nous rend un peu nostalgiques.

Nostalgiques d’un temps où, au sommet de l’Etat, une attention aussi soutenue était portée aux romans de Zola, aux chansons de Prévert ou aux toiles de Matisse qu’aux indices de croissance...

Comme le montre Ory, lorsque le très lettré Léon Blum (lui-même écrivain) devint président du Conseil de la IIIe République, trois gauches - aux orientations antinomiques - surent toutefois s’accorder sur un point : le pari sur l’action culturelle. Et ce sont des hommes comme Léo Lagrange (secrétaire d’Etat aux Loisirs et aux Sports) ou Jean Zay (ministre de l’Education nationale) qui prirent place aux avant-gardes de l’immense chantier.

Guidés par un impeccable volontarisme républicain, ils vont œuvrer, trois ans durant, à réaliser - enfin - le programme des Lumières. Oui, ce sont eux qui vont rendre les plus hautes œuvres accessibles à tous les citoyens et bousculer « les terrains sur lesquels les rigidités de ce vieux pays catholique et étatique [...] achoppent périodiquement ».

On comprend qu’en 1936, les vrais réformateurs ne furent pas, des jusqu’au-boutistes exaltés, mais des serviteurs de l’Etat qui, sans jamais succomber aux séductions de la démagogie, défendirent tout ensemble la philosophie de la laïcité et celle de la culture pour tous.

Drôle d’époque où un écrivain célèbre, Jean Cassou, possédait son bureau Rue de Grenelle juste à côté de celui de Jean Zay et où s’inventèrent les institutions et les dispositifs qui appartiennent au cours le plus intérieur du rayonnement culturel de la France :

- des institutions muséales en grand nombre,

- des maisons de la culture,

- les premiers Bibliobus et une manifestation, incontournable et populaire : le Festival de Cannes.

Toute cette belle effervescence prouve que, comme l’écrivait Carlo Rosselli, le socialisme peut être, avant tout, une « philosophie de la liberté ».

Alexis Lacroix

Marianne